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Burkina-Economie-Conjoncture
Le Premier ministre Tertius Zongo analyse le contexte mondial et dénonce les déviations du marché

Ouagadougou, 26 mars (AIB) - Le Premier ministre burkinabè Tertius Zongo a donné une analyse critique du contexte mondial marqué par des crises énergétique, alimentaire et économique « durement ressenties» par les économies fragiles dont celle du Burkina Faso, et dénonce la perversion des règles du marché, jeudi soir à Ouagadougou.

Ces crises, et malgré l'option d'une gestion rigoureuse et la bonne gouvernance appliquée dans la distribution des ressources disponibles au Burkina Faso, ont contrarié les efforts du gouvernement dans la lutte contre la pauvreté, a expliqué le Premier ministre.

A l'origine de la crise financière muée en crise économique mondiale, le Premier ministre indexe la politique « trop expansionniste » aux Etats-Unis au cours des dernières décennies.

De l'avis de cet économiste et ancien ministre de l'Economie et des finances, cette option américaine a « encouragé le développement anarchique de nouveaux produits financiers peu suivis et une prise de risque parfois irresponsables de la part des banques » le tout dans un contexte d'insuffisance de régulation.

Le Premier, qui avant sa nomination était ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis, n'avait jamais auparavant critiqué autant le système américain, désormais mis en cause à travers le monde.

L'Europe n'est pas en reste et se serait refusée selon le chef du gouvernement burkinabè à pratiquer des ajustements nécessaires, se contentant de l'émission des bons du trésor afin de permettre aux Etats de « financer leurs déficits ».

Sur cette crise, Tertius Zongo dénonce aussi des « excès d'épargne » des pays émergents et des pays pétroliers ayant profité de la flambée des prix du pétrole.

« Cette crise a provoqué un assèchement des revenus des pays pauvres », a-t-il déploré.

Dans une démarche méthodique, il a abordé chaque crise par ses origines et ses répercussions sur le développement des pays pauvres. Ainsi, la crise énergétique, née de la hausse des prix des produits pétroliers, est due à une forte demande des pays émergents, exacerbée par la dépréciation du cours du dollar et la baisse des taux d'intérêts réels.

Ce qui a eu pour conséquence de réduire le pouvoir d'achat des populations des pays fragiles, « précipitant des millions de personnes dans la pauvreté », a-t-il dit. Au niveau macroéconomique, cette crise a provoqué de fortes tensions inflationnistes et a réduit la croissance économique.

Au Burkina Faso et dans bien d'autres pays pauvres, l'Etat s'est vu obligé d'accorder des subventions et de prendre des mesures d'urgence en renonçant à certaines recettes fiscales, pour atténuer les effets de la flambées des prix.

Malgré une baisse relative du prix du baril sur le marché international, les produits pétroliers coûtent encore cher et dans la définition des stratégies des pays, mieux vaut à son avis supposé que le pétrole restera cher, de même que l'alimentation.

« La cherté des aliments doit désormais être considérée comme des constantes », a-t-il dit.

Pour lui, la crise alimentaire, la crise la plus rude et la plus spectaculaire en Afrique notamment, est « la résultante » des effets du sous-investissement prolongé dans l'agriculture, de l'augmentation de la demande des pays émergents, du faible niveau des stocks mondiaux et de l'arrivée de fonds spéculatifs sur le marché de l'agro-business.

« Elle est en plus aggravée par la crise énergétique, les intempéries climatiques, l'augmentation de la production des biocarburants au détriment des produits alimentaires et l'insuffisance accumulée des politiques alimentaires dans le monde », a expliqué M. Zongo.

Pour le chef du gouvernement burkinabè, cette crise a contraint ménages les plus démunis à se focaliser sur la nutrition de leurs progénitures au détriment de l'éducation des enfants, « sapant » ainsi les bases de développement à long terme.

Elle a aussi compromis les négociations de Doha et a renversé la tendance « positive et encourageante » de l'évolution vers l'atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.

Selon ses analyses, la hausse comparative du coût des aliments au Burkina Faso, malgré l'excédent céréalier s'explique par le fait que la baisse de ces mêmes coûts au niveau mondial, n'a pas eu de répercussion au niveau des pays et de ménages.

AMK/

     
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