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| 21è édition du Fespaco (27 février - 8 mars 2009) |
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Burkina-Culture-Cinéma-Crise
«Il faut miser sur les films commerciaux pour financer les longs métrages'', dixit Gohou
Ouagadougou, 18 mars (AIB) - Le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, tenu du 28 février au 7 mars 2009, a connu la présence de nombreux comédiens et acteurs de cinéma. A l'occasion, nous avons rencontré le célèbre acteur ivoirien, Michel Gohou. Dans l'interview qui suit, il nous parle de sa vie d'acteur, du FESPACO 2009, de l'avenir du cinéma africain, du malentendu avec la productrice de la série ivoirienne «Ma famille».
AIB : Acteur très prisé des Burkinabè, qu'est-ce qui se cache derrière Michel Gohou ?
Michel Gohou (M.G) : Je suis à la fois tristesse, joie, beaucoup d'amour, de travail, de déception, beaucoup d'intimité et de timidité ; tout à la fois.
AIB : Particulièrement, la timidité semble ne pas être vue ! On ne vous sent pas timide. La tristesse non plus !
M.G : Pour ceux qui savent exactement les signes de la timidité, dès qu'ils me voient, ils savent déjà que je suis timide, très timide. Il a fallu même le théâtre pour combattre un peu cette timidité mais on dit qu'à beau chasser l'habitude, il revient au galop. Je fais des efforts pour la battre mais on est toujours ensemble. La tristesse fait partie de la vie, voilà ! Il n'y a personne qui puisse vraiment vous dire qu'il vit sans tristesse. Elle est notre quotidien, on vit avec. Tout n'est pas rose en même temps.
AIB : Beaucoup de cinéphiles n'ignorent pas votre talent en tant qu'acteur et comédien (talent cinématographique, voudrais-je dire). D'où vient ce talent et comment l'avez-vous forgé ?
M.G : D'abord, c'est la volonté. Et le reste vient après. A côté de cette volonté là, il y a le courage, l'amour de la chose et puis la force de surmonter les difficultés que tu auras à rencontrer dans ton parcours. La force de dépasser les attaques, les peaux de banane, parce que ce métier est un peu bizarre. La force de se mettre au-dessus de toute considération et se mettre au travail. Le travail et encore le travail.
AIB : Michel Gohou, acteur ivoirien, acteur burkinabé aussi. Comment vous sentez vous ici au Burkina Faso quand vous y venez ?
M. G : Je me sens chez moi. Je me sens chez moi à tel enseigne que lorsque j'arrive ici au Burkina, je suis tellement à l'aise que les jours passent vite. Même si c'est un mois que je passe à Ouagadougou, les jours passent tellement vite que le jour de mon départ, je me demande si j'ai pu passer au moins deux jours à Ouagadougou parce qu'il y a beaucoup à faire encore ; il y a le plaisir ou la volonté de rester encore pendant quelques semaines. Mais bon, quand le devoir t'appelle, tu es obligé de partir. Sinon quand je suis à Ouagadougou, au Burkina en général, je me sens chez moi, très à l'aise.
AIB : On constate que vous avez joué dans beaucoup de films ivoiriens comme burkinabé. Avez-vous joué aussi dans des films d'autres pays ou avez-vous l'ambition de jouer dans des pays étrangers, particulièrement européens ou américains?
M.G : Oui, j'ai joué certes dans des films burkinabé, j'ai joué dans des films béninois, j'ai également un projet avec des cinéastes français et dans deux à trois mois (avril-mai-juin), on va passer à la phase active de la chose. Donc, voilà un peu ce qu'il y a comme activités en dehors de la Côte d'Ivoire. Je pense que ça va encore s'étendre sur d'autres horizons avec la volonté de Dieu. Aujourd'hui nous appartient, demain appartient à Dieu et on ne sait jamais de quoi demain sera fait.
AIB : Vous êtes dans la musique, le théâtre et également dans le cinéma. Est-ce qu'il est facile pour vous de gérer ces trois domaines ensemble ?
M.G : Facile, rien n'est facile dans ce monde. Mais il faut oser. Le métier de comédien englobe tout à la fois. Parce qu'en tant que comédien, tu dois apprendre à danser, apprendre à faire des mimiques, des gestuelles. Tu dois apprendre également à dessiner, tu dois apprendre tout ce qu'on peut utiliser comme facteur pour pouvoir véhiculer un message. Donc, dans ce métier de comédien, il y a tout à la fois. C'est un métier assez compliqué, difficile, noble mais quand on aime ça passe. Moi, je suis un comédien (comédien de planche qui est différent d'un acteur qui vient jouer juste dans un film ou un téléfilm). Et j'ai pratiqué les planches depuis 1985. On a un peu appris dedans et c'est ce qu'on appelle l'expérience.
AIB : Vous avez de l'expérience, car depuis 1985 ça fait plus de vingt ans. Vous avez joué dans la série ''Ma famille'' que les Burkinabé aiment beaucoup et c'est à partir de ce feuilleton que beaucoup vous ont connu au Burkina. Mais, il semble que vous n'êtes plus dans la série (ou en tout cas dans les saisons à venir). On ne sait pas exactement ce qu'il y a eu.
M.G : Il n'y a rien eu. En fait, ça a été une incompréhension que les gens ont récupérée pour en faire un problème d'Etat. D'abord, je tiens à dire qu'ici au Burkina, j'ai été connu à travers «Les Guignols d'Abidjan ». Les Guignols ont été créés depuis 1996 et on a véhiculé nos films à travers l'Occident et de là, ils se sont répandus sur l'Afrique parce que notre public premier était l'Occident. C'était une manière de ramener nos frères de la diaspora qui sont partis depuis belle lurette et qui ont eu à faire des enfants là-bas, coupés un peu de leur terre, leur culture parce que n'étant pas revenus au bled (au pays, ndlr). Pour nous, dans un premier temps, il fallait faire ces films et aller à leur rencontre. C'est ce que nous avons fait et ces films ont commencé à rejaillir vers l'Afrique. Et les premiers pays en Afrique qui ont découvert «Les Guignols d'Abidjan», sont les pays de l'Afrique centrale, c'est-à-dire le Gabon, le Congo, la Centrafrique et ensuite l'Afrique de l'Ouest au Burkina, au Bénin, au Togo, avant que la Côte d'Ivoire même ne découvre «Les Guignols d'Abidjan». Vous voyez, au Burkina, quand je venais déjà, j'avais plein d'amis qui me connaissaient déjà à travers «Les Guignols d'Abidjan», notamment Anatole Bayala qui était un grand ami à moi (paix à son âme) ! C'est pour dire que ce n'est pas à travers ''Ma famille'' que j'ai été connu au Burkina. Peut-être que ça contribué après. Revenons maintenant à ''Ma Famille''. Bon, qu'est-ce qui s'est passé? C'est vrai, on a eu à travailler ensemble. Mais en toute chose, il y a toujours une fin ! Quand on commence quelque chose, il faut prétendre arriver à une fin ! Voilà, nous avons commencé ensemble une belle aventure avec Akissi Delta. Aventure qui a duré six ans. Et six ans, je n'avais pas de contrat. Donc on travaillait dans l'informel. Après six ans, vous-même vous remarquez, les sujets étaient devenus un peu faibles et on ne faisait que des répétitions. Elle-même l'a remarqué et elle était un peu bloquée au niveau de la créativité et tout. C'est ainsi qu'elle a décidé d'arrêter avec ''Ma famille''. «Le secret d'Akissi», c'est un autre projet qu'elle était en train de mettre sur pied. Elle a même organisé une réception chez elle pour fêter la fin de ''Ma famille''. Et quand ''Ma famille'' est finie, on s'est retrouvé tous sur le carreau ! Nous avons donc été approchés par une structure qu'on appelle «Le Studio 225 production» basée à Paris (France) sous le nom de Rox Africa, dirigée par un Français et un Ivoirien. C'est là qu'ils nous ont approchés pour faire une proposition de contrat. Nous avons vu que c'était quand même bon à prendre, surtout que nous étions déjà sur le carreau. Il fallait prendre donc cette proposition et c'est ce qu'on a fait. Quand on a pris, la productrice de ''Ma famille'', qui était arrêtée déjà, a vu mal le fait de signer ce contrat. Elle a crié au scandale pour faire croire au monde que nous l'avons abandonné ; qu'au moment où elle avait besoin de nous, nous sommes partis, nous avons vu de l'argent. Ce n'est pas une fin en soi. Il n'y a pas eu de problème, c'était une incompréhension au départ mais après on s'est compris. Aujourd'hui, il n'y a pas de problème entre nous. Après notre départ, elle a fait appel à d'autres personnes pour la continuité.
AIB : Vingt cinq ans d'expérience, combien peut-on estimer les films dans lesquels vous avez joué ?
M.G : Les téléfilms, il y en a une multitude, mais les longs métrages, trois ou quatre. Le cinéma même dans son ensemble ne se produit pas beaucoup. Le cinéma grand écran ne se produit pas beaucoup, il n'y a que les téléfilms. En Côte d'Ivoire, les salles de ciné sont entrain de fermer pour faire place aux églises. Les cinéastes ne se bousculent plus.
AIB : Justement, dans la plupart des pays africains, les salles de cinéma se ferment ; ce qui suppose que le cinéma est confronté à des difficultés. Quels peuvent être ces maux qui empêchent le cinéma africain d'être promu ?
M.G : Il y a beaucoup de choses à la fois. Pêle mêle, je peux citer d'abord l'implication de nos réalisateurs. C'est eux qui ont conduit le cinéma à la fermeture parce que s'ils avaient bien tenu ce flambeau-là, il l'aurait passé tranquillement en bonne et due forme à la génération suivante. Mais, le pot était cassé et brisé quand ils le mettaient dans la main des jeunes. C'est dû au fait qu'ils ne voulaient pas vraiment vieillir, ils ne voulaient pas se faire remplacer et combattaient donc les jeunes qui montaient, qui s'essayaient à la réalisation. Et c'est ça qu'on ne comprend pas en Afrique. A côté de cela, il y a que le cinéma africain n'est plus financé ou alors, pour le financer, l'Occident nous impose beaucoup ou refuse carrément de le faire. Parce que nos premiers réalisateurs ont complètement bousillé le terrain, en n'utilisant pas à bon escient les octrois et aides qu'ils ont reçus pour la réalisation de films. Par exemple, quand tu demandes une aide à la création et qu'on octroie 100 millions, tu utilises 75 millions pour ton utilisation personnelle en achetant de belles voitures, en construisant de beaux châteaux et les 25 millions, tu les mets dans le travail, il n'y aura pas de résultats. Comprenez, c'est ce qui fait que les gens ont tourné dos au cinéma africain. Moi, je lance un appel aux jeunes cinéastes et réalisateurs de beaucoup promouvoir les téléfilms. Si au niveau des films grand écran, il y a problème, qu'on se rabatte sur les films commerciaux, là on peut se faire des sous et partir sur de nouvelles bases. Voilà ce qui mine le cinéma africain.
AIB : Certains cinéphiles parlent de manque de nouveaux sujets et certains réalisateurs de manque de têtes d'affiche, même s'il y a quelques-uns néanmoins. Quelle est votre appréciation ?
M.G : Non, les sujets il y en a. Il y a plein de sujets. Et les têtes d'affiche, c'est nous-mêmes qui les tuons. Si on ne fabrique pas de tête d'affiche, il ne peut pas en avoir. J'étais entrain de décrier cela hier au cours d'une autre interview, parce que quand je suis rentré dans les locaux du FESPACO, je n'ai vu aucune tête d'affiche, aucun acteur, aucun poster d'acteurs, aucun. Il n'y avait que les réalisateurs, que des posters de réalisateurs. Alors, ce sont ces réalisateurs qui sont les têtes d'affiche ? Je ne comprends pas ; on fait la fête du cinéma, ce n'est pas la fête des réalisateurs. Quand on parle de cinéma, ce sont les acteurs qu'on vient voir, pas les réalisateurs. Comment voulez-vous qu'on s'occupe des têtes d'affiche si ceux-là qui devraient fabriquer des têtes d'affiche, se fabriquent eux-mêmes ? Il faut donc essayer de mettre en exergue les acteurs. Quand on fait un film, il faut promouvoir les acteurs, afin qu'on puisse demain avoir des têtes d'affiche.
AIB : M. Gohou Michel, votre vision du FESPACO !
M.G : Ma vision, c'est que cette année, il y a eu beaucoup de ratés. C'est vrai, c'est notre marché, notre tremplin, notre panel, notre affaire à tous parce que quand on dit cinéma, c'est nous tous, les comédiens, les techniciens, les réalisateurs, les producteurs, etc. On se doit donc de soutenir ce festival ; c'est tout ce qu'on a. J'ai eu assez de remords quand j'ai vu tous ces ratés. En 40 ans de cinéma, on ne devrait plus balbutier. On ne devrait plus dire qu'il n'y a pas de moyens. Il est intolérable de voir qu'après trois jours du commencement, des festivaliers n'aient toujours pas leurs badges. Moi, je n'avais pas de badge trois jours après le début du FESPACO. Quand tu vas au siège, on dit qu'il n'y a pas d'encre. Le FESPACO manque-t-il de l'argent pour acheter de l'encre et alimenter les imprimantes ? Il faut beaucoup de têtes pensantes et de mains pour soutenir ce festival. Il y a aussi le facteur logement. A ce niveau également, il y a eu beaucoup de ratés. Pareil en ce qui concerne la programmation des films. J'ai déposé un téléfilm appelé «Cour commune» ici depuis décembre, mais nulle part dans les programmes, il n'a été programmé ! Alors qu'on est en compétition. Quand on est monté au créneau, on nous a dit qu' «on ne voit pas vos films là». Pourtant, ça a été déposé et on a même eu l'accusé de réception. Où sont passés les films ? On était obligé de faire d'autres copies et d'aller les déposer. On le fait aussi et le premier épisode des quatre déposés est introuvable. Je ne comprends pas ! Et on a vraiment bousculé pour que ce film soit programmé au moins deux fois au Centre culturel français et au ciné Patte d'oie. On ne vient pas forcément pour gagner un prix. Mais l'objectif premier, c'est de participer à la fête, faire des rencontres, échanger avec des gens et à ce niveau, c'est vraiment une réussite totale.
AIB : Est-ce que la Côte d'Ivoire produit plus des séries télé ou des documentaires, que de longs métrages ?
M.G : Les documentaires sont moins. On produit plus de séries télé. Le cinéma, alors n'en parlons pas. Je ne sais pas en quelle année on a tourné un film 35 mm en Côte d'Ivoire. Mais comme le cinéma est en train de devenir un cinéma nucléaire, je ne sais pas s'il y a encore d'autres technologies pour remplacer les 35 mm mais je vois rarement les 35 mm en Côte d'Ivoire. Au Burkina ici, le cinéma est devenu une industrie et il n'y a pas de repos ; les gens se donnent vraiment à cour joie pour tourner des films 35 mm . Chez nous, ce n'est pas le cas. La preuve en est qu'à une rencontre comme le FESPACO, il n'y a aucun film 35 mm qui soit venu de Côte d'Ivoire, tout est téléfilm. Les documentaires, il n'y a n'en pas beaucoup.
AIB : Certaines personnes souhaiteraient qu'il n'y ait pas de vide entre deux éditions du FESPACO. Qu'il y ait d'autres activités pour combler ce vide et éviter que le cinéma «dorme». Est-ce vraiment une solution pour promouvoir le cinéma africain ?
M.G : Non ! Non! Déjà avec les deux ans d'écart, on n'arrive pas à contenir ce qu'on a déjà comme activités, ce serait vraiment insoutenable s'il faut combler ce vide. Ce serait une manière d'éparpiller les énergies. Or, un an considéré comme vide permet à la direction du FESPACO de bien préparer l'édition à venir, de sorte qu'il n'y ait pas de ratés. Mettre tout et chacun à la place qu'il faut. Je pense qu'il faut le maintenir comme tel et se mettre plus au travail. Cela permet également aux cinéastes qui travaillent de ne pas s'éparpiller. Un long métrage ne se prépare pas en deux mois, même un téléfilm. Il faut un long temps. Ce serait vraiment un cafouillage que d'insérer d'autres activités entre deux éditions.
AIB : Que voulez-vous que les cinéphiles retiennent ? Qu'est-ce qui vous tient à cour ?
M.G : Je voudrais lever le voile sur ce que les gens pensent déjà. D'aucuns disent que nous sommes emprisonnés, cloîtrés dans un contrat qui ne nous donne aucune ouverture. Non ; au préalable nous étions dans l'informel, maintenant, nous sommes dans un secteur formel. Notre carrière est gérée par une structure bien assise. Et dans cette écurie, on trouve Bohiri Michel, Digbé Cravate, Abass, Nastou, Houpo, Marie Laure. Nous sommes tous dans cette structure qui s'appelle ''Studio 225'' basée à Abidjan et qui est gérée par Rox Africa à Paris. Désormais, celui qui a besoin des services de ceux que j'ai cités, devra s'adresser à cette maison de production. Ce n'est plus comme avant où on s'en va voir directement ces acteurs. Nous nous sommes entourés d'un minimum de professionnalisme.
Interview réalisée par BL
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