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21è édition du Fespaco (27 février - 8 mars 2009)  

Burkina-Cinéma
« Le cinéma africain souffre d'un manque de volonté politique de nos Etats » (Gustave Sorgho, président de l'Association burkinabé des comédiens de cinéma)

Ouagadougou, 06 mars (AIB) - Après 40 de soutien et de valorisation aux productions africaines, le cinéma du continent vit toujours des difficultés recurrentes. Pour Gustave Sorgho, président de l'Association burkinabé des comédiens de cinéma, la volonté politique n'est pas encore suffisamment exprimée en faveur du septième art.

Par Boureima Lankoandé

Quand est-ce l'association burkinabé des comédiens de cinéma a-t-elle été créée ?

L'association est une création d'un de nos doyens, émérite comédien Sotigui Kouyaté, depuis les années 77, 78. Il y a eu plusieurs bureaux, jusqu'au nôtre qui a été renouvelé. Actuellement, nous sommes en instance de récupération ; après le FESPACO, il y aura un renouvellement des instances.

Comment fonctionne cette association et quels sont les objectifs principaux ?

Nous sommes tous des comédiens issus de la formation sur le tas. Au niveau de l'association, on estime qu'il faut organiser des ateliers pour former les membres. Notre objectif est surtout de nous organiser, de former les membres ; en plus d'essayer d'aller à un bon niveau en ce concerne les syndicats pour voir dans quelle mesure les conditions de l'artiste, de l'acteur, du comédien seront pris en compte, ne serait-ce que par le Bureau burkinabé des droits d'auteurs (BBDA), le ministère de tutelle et que les comédien, les réalisateurs, à l'instar des musiciens et autres, reçoivent des ristournes.

Quels sont les rapports qui existent entre votre association et les réalisateurs et même d'autres promoteurs de cinéma ?

Disons que depuis longtemps, nous avons essayé de toujours mettre un pont, parce que nous estimons que tous les maillons de la chaîne doivent pouvoir concourir, être ensemble. Que l'on soit réalisateur, scénariste, ingénieur de son, comédien et autres, c'est tous qui se forment pour faire le film. On garde un bon contact même si de façon sporadique, il y a beaucoup d'eau qui coule sous le pont. Mais on fait tant bien que mal pour qu'ensemble, on reste unis et dans la même dynamique pour pouvoir faire le cinéma.

Vous avez personnellement côtoyé Sembène Ousmane, chantre du cinéma et père fondateur du FESPACO. Que retenez-vous de cet homme-là ?

Ce que je retiens de cet homme, c'est toute une vie. En quelques mots, on ne peut pas parler de ce qu'on retient de Sembène. Sembène, c'est un Etre exceptionnel. Sembène, c'est un Etre humain qui a ses qualités et ses défauts. Mais Sembène, c'est quelqu'un qui aimait le travail bien fait, c'est quelqu'un qui était méticuleux ; c'est quelqu'un qui pense que tout Etre a une mission à remplir sur terre. Quelqu'un qui a ses propres convictions, très généreux, très fidèle ; parce que moi je l'ai côtoyé depuis les années 78, 79, 80, simplement parce qu'il m'a vu dans une bousculade des gens qui venaient pour voir un film. Il m'a demandé : qu'est-ce que tu fais ici ? Je lui ai dit que je viens voir un film. Il m'a demandé : tu aimes le cinéma ? Il a attrapé ma main et dit : suis moi ! C'est depuis ce temps que je le côtoie. Même dans le silence, on apprend avec Sembène. Et j'avais appris beaucoup de choses avec lui. On sait qu'en Afrique, les vieux (ce sont des bibliothèques), ce sont des gens avec l'expérience qui arrivent à insuffler une certaine ligne de conduite, une certaine vision. En tant que réalisateur, écrivain, il est et reste une conscience pour les générations futures.

Est-ce facile de travailler avec lui, Sembène Ousmane ?

Il avait ses principes. Il est facile de travailler avec lui quand vous pensez comme lui que le travail, c'est ça la vie. Il faut travailler et toujours travailler. Seul le travail libère. Mais quand on est paresseux, bien sûr on ne peut pas travailler avec lui. Alors, à partir du moment où on pense qu'on peut poser des actes pour faire en sorte qu'on se retrouve soi-même, je crois qu'on peut bien travailler avec lui. Il aimait bien le bon travail ; c'est un bourreau du travail. Il faut s'y mettre pour travailler avec lui.

Vous avez été acteur dans ''Le camp de Thiaroye'' de Sembène Ousmane ; quel rôle incarniez-vous dans ce film-là ?

Au départ, je devrais faire un rôle de trois semaines où je devrais mourir et je jouais le rôle de caporal Ouédraogo. Peut-être parce que j'étais bien encadré par lui, il estimait que je devais enterrer tous les autres et j'ai fait tout le film. C'est une belle expérience et on apprend toujours sur un plateau de Sembène. On apprend toujours avec lui. J'ai tourné encore dans ''Moolaade''. Je suis resté deux ans sans me raser pour jouer un rôle ; et il me suivait pas à pas. C'est au bout d'une année après le tournage, que j'ai su que je devais jouer le rôle de Ben Laden. C'est pour dire quel est le cheminement de l'homme. Il ne fait rien au hasard, il prend son temps. Il disait toujours que tout film est à féliciter. Tout réalisateur qui arrive à réaliser est à féliciter, parce que c'est un travail comme une grossesse de 9 mois.

Sembène avait entrepris de réaliser un film sur Samory Touré ; parlez-nous de ce projet malheureusement inachevé.

Oui, j'ai même été plus ou moins capté parce qu'il m'avait dit ''commence à appendre la langue Bambara'' . En 1987, il m'a remis le scénario de Samory qui est l'ouvre de sa vie. Il a dit : '' même si je ne le réalise pas, si je meure, quelqu'un d'autre va le réaliser'' . Mais ce qui est sûr, personne d'autre ne peut réaliser Samory comme l'aurait voulu Sembène Ousmane. Sembène avait sa touche particulière qu'aucun cinéaste ne pourrait avoir. Chacun peut faire l'épopée de Samory mais pas dans le même entendement ; de toutes les façons, chacun a sa façon de voir les choses. Pour Sembène Ousmane, réaliser Samory est un truc assez pédagogique pour toute l'Afrique. C'est une référence malgré les tares, malgré ce qu'on pensait de Samory, un sanguinaire et autres ; il savait s'y prendre, il a regroupé pratiquement cinq à six pays africains (la Guinée, le Sénégal, le Mali, le Burkina, ..). Il a sillonné tous ces pays. C'est un noyau. Et Sembène, dans ses démarches a toujours essayé de réunir l'Afrique. Par exemple ''Le camp de Thiaroye'' n'avait pas moins de 17 à 18 nationalités qui sont venues jouer dans ce film qui parlent de tirailleurs sénégalais qui venaient de pratiquement de toute l'Afrique. Sembène, en réalisant ce film a essayé de prendre dans chaque pays, un à deux représentants pour réaliser ce film.

De nos jours, le cinéma africain n'est pas à ses beaux jours. Alors, quel est l'écueil majeur qui empêche le cinéma africain d'être bien promu ?

Je pense que le cinéma africain souffre d'un manque de volonté politique de nos Etats. Parce que simplement, si le Burkina, en 1968 - 1969, n'avait eu cette volonté politique, le FESPACO ne serait pas là. Il faut que chaque pays, individuellement, ait la volonté politique de faire du cinéma parce que le cinéma a aussi un gain économique. C'est un vecteur de conscientisation de nos peuples ; et nos peuples ont besoin de nos images. Je ne veux pas qu'on casse nos cases pour construire des gratte-ciels. On reste avec nos images, avec nos us et coutumes pour que les cinéastes puissent faire en sorte que les générations futures sachent d'où elles viennent pour savoir où elles doivent aller.

Certains cinéastes parlent de manque de têtes d'affiche, partagez-vous cette idée ?

Les têtes d'affiche, il faut les créer. Certains réalisateurs comme Boubacar Diallo commence à intégrer des comédiens qu'on ne connaît pas. Dans ''Le fauteuil'', j'ai vu une bonne dame avec une certaine prestance. Je pense c'est ça les têtes d'affiche. Et puis il ne faut pas toujours rester avec les mêmes comédiens, sinon il faut savoir les reprendre afin qu'ils puissent donner le meilleurs d'eux. (.). Il est également nécessaire d'avoir un casting formidable, cela contribuerait à construire ces têtes d'affiche, qui contribuent énormément à la promotion des films.

Dans beaucoup de films notamment burkinabé, vous avez souvent joué des rôles qui ne sont pas bien, comme le violeur dans ''Ina''. Est-ce facile d'interpréter des rôles du genre ?

Un viol, c'est quelque chose qui n'est pas bien ; c'est un rôle qu'on interprète. Mais justement, les gens pensent que ce sont des rôles faciles. Aucun rôle n'est facile. Quelque soit le rôle, il faut ressortir ce que l'on ressent ; il faut aller à l'école. Il faut observer et voir comment rendre ce rôle dans des conditions réelles. N'est pas violeur qui veut ; mais il faut essayer de rentrer dans la tête de quelqu'un qui pense qu'il peut violer pour pouvoir le faire, et ce n'est pas facile. Si vous devez jouer un rôle dans un scénario, vous lisez tout le scénario de A à Z, vous composez le personnage avant de commencer. J'en ai joué plusieurs. Ce ne sont que des rôles que j'incarne. Maintenant, il appartient aux comédiens de savoir se départir du rôle qui peut les garder dans un carcan. Vous avez joué un rôle, on a dit coupez et roulez, c'est fini ; ce personnage est passé et vous rentrez dans votre propre personnage ; quitte à attendre un autre pour se mettre dedans.

Un appel ?

Je souhaite que les gens aillent toujours au cinéma. Je pense que, ce que nous produisons actuellement, même avec le boom du numériques, c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Nous avons des images, mais c'est le public qui peut amener le réalisateur à donner le meilleur de lui pour faire de belles productions à telle enseigne qu'elles seront vues ailleurs. Je pense que l'Afrique est riche et l'Afrique va gagner, aujourd'hui, peut-être demain, mais il faut qu'on sache partir d'où nous venons pour vraiment grandir.

Boureima Lankoandé

     
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