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21è édition du Fespaco (27 février - 8 mars 2009)  

Burkina-Culture-Cinéma
Du haut des 40 années du Fespaco, les films africains tutoient les toits du 7è art

Par Aimé Mouor Kambiré

Ouagadougou, 4 mars (AIB) - Dans les années 60, le cinéma de l'Afrique fraîchement indépendante était essentiellement utilitaire avec des documentaires destinés au monde rural. Mais le « cinéma africain » enregistre de nos jours de nombreuses ouvres de diverses tonalités et prennent part désormais à des compétitions de haut niveau.

Les ouvres de fictions ou de documentaires fictionnarisés, étaient généralement mises en scène dans des villages. Comment pouvait-il en être autrement, avec des capitales dont le stade d'urbanisation restait embryonnaire. Ainsi est né le cinéma « calebasse ».

Les films produits par l'Ex-Haute-Volta n'étaient que des documentaires axés principalement sur l'hygiène, les méthodes culturales, la santé et la géographie physique. Cette production était destinée au monde rural

En Afrique de l'Ouest, le Sénégal fait figure de pionnier. La première ouvre est un court-métrage « Afrique-sur-Seine » réalisée en 1955 par le Sénégalo-Béninois, Paulin Soumanou Vieyra . Il est imité quatre ans plus tard par son compatriote, Ousmane Sembène avec « Borom Sarret ».

Ousmane Sembène, celui que les autorités burkinabé et le monde de la culture ne cessent de vanter les mérites va réaliser dès 1962 le premier long métrage africain : « La noire de. ».

« Korogo », le premier long métrage ivoirien est signé en 1964 par Georges Kéita. Deux années plus tard, « Sergent Bakary Woslen » est réalisé par Lamine Akin pour la Guinée.

Du cinéma « calebasse » aux films « hollywoodiens »

Ce cinéma calebasse était aussi un utilitaire, un cinéma de sensibilisation et de mobilisation, voire de propagande. Les ouvres africaines d'auteurs libres, étaient engagées dans le sens de la lutte pour l'identité nègre.

Ce cinéma-là, sans avoir disparu totalement, est de nos jours minoritaire. Le vent de la démocratie a donné lieu à une expression plurielle et totalement libre des cinéastes.

Ainsi, l'Afrique à trouvé d'autres tons, tantôt humoristique, tantôt tragi-comique pour exprimer son vécu. Jamie Uys réalise en 1983 « Les Dieux sont tombés sur la tête », un film à succès qui a parcouru tout le monde entier. Henri Duparc avec « Bal poussière » (1988) réussit dans la comédie.

Les films africains ont commencé dès lors à remporter du succès dans les salles de cinéma, tout comme et reconnus par les spécialistes internationaux du 7è art. Ainsi, Yeelen (La Lumière) du réalisateur malien Souleymane Cissé , obtient le prix du jury au Festival de Cannes . Naky Sy Savane , long métrage, signé (.) est primé au Festival du film de Fort-de-France en 1988 et au Festival du film d'humour de Chamrousse en 1989.

Pour le Burkina, « Kini et Adams » ( 1993), film de Idrissa Ouedraogo est retenu pour la compétition officielle de Cannes.

Désormais, les réalisateurs africains pouvaient rêver des Oscars hollywoodiens. « Mon nom est Tsotsi » de Gavin Hood , premier film africain à obtenir l' Oscar du meilleur film en langue étrangère est réalisé en 2006.

La qualité des ouvres africaines ne fait plus de doute. Pour cette édition du Fespaco, de nombreux films sélectionnés, ont déjà été primés.

Une compétition relevée pour une prime à revaloriser à ce 21è Fespaco 2009

Des films présélectionnés pour les oscars ou récompensés à des festivals internationaux sont présentés à la compétition officielle du 21è Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) et attestent du niveau élevé de la lutte pour une place au plus grand festival africain.

Près de la moitié des longs métrages retenus pour le prestigieux Etalon de Yennenga, prix du meilleur film au Fespaco, ont été distingués à d'autres rendez-vous cinématographiques.

Mohamed Ismaïl, le réalisateur Marocain avait vu son film « Wandean Oummahat » (Adieu mères) présélectionné pour Hollywood. Qu'à cela ne tienne, ce film, le 4è long métrage du réalisateur, a déjà remporté les meilleurs prix au Festival du film religieux de Rome.

« Mascarades » de l'Algérien Lyes Salem a pour sa part obtenu le premier prix et le Valois d'or au Festival francophone d'Angoulême (France), le grand prix de la fiction au Festival des cinémas d'Afrique du pays d'Apt et le grand prix du public au Festival des films africains de Besançon.

Le film a aussi décroché le grand prix Almourh Alarabi et prix de l'Association internationale des critiques au Festival international de Dubaï et encore, un prix au Festival de la Réunion, deux prix au Festival de Namur, Mascarades. Sans doute c'est l'une des réalisations les plus distinguées, qui prennent part à la compétition au Fespaco.

L'ouvre, un conte relatant avec satire et comédie les aventures d'un jeune en quête de personnalité, est aussi remarquée en Afrique avec le prix du meilleur film arabe au 32è Festival du cinéma du Caire et deux prix aux journées cinématographiques de Carthage, le prix de la meilleure ouvre cinématographiques et le prix de l'espoir féminin.

Bien d'autres films de l'Afrique du Nord ne sont pas moins intéressants. C'est le cas de « Samira Fi Dayaa » (Les jardins de Samira) distingué du prix de la critique internationale et du prix du meilleur scénario au 31è édition du Festival des films du monde à Montréal. Le jury lui a également rendu hommage avec un prix spécial au Festival du film indépendant de Bruxelles.

Bien d'autres prix ont récompensé l'ouvre du réalisateur marocain Latif Lahlou.

Le film raconte la vie d'une jeune sur le chemin du mariage à tout prix. Ce qui l'amène droit auprès d'un mari sans affection, situation qui va se poursuivre par la quête d'un amour sans mariage et ses rebondissements.

Outre Samira Fi Dayaa, Whatever Lola wants de Nabil Ayouch (Maroc), La Maison jaune de Amir Hakkar (Algérie) sont d'autres ouvres du nord du continent distinguées plusieurs fois. Al Ghaba (Les démons du Caire) quant à lui, a pris part par exemple à la 36è édition du Festival du nouveau cinéma à Montréal. Réalisé par Ahmed Atef, le film dépeint la vie dans les grandes villes où le rythme infernal de la vie fait oublier l'armée des pauvres, y compris les enfants de la rue, pourtant omniprésente et agressive.

Dans le même registre, on trouve Fanta Fanga (le pouvoir des pauvres) des Maliens Adama Drabo et Ladji Diakité. Il n'a pas reçu un prix connu mais il constitue la deuxième ouvre d'une trilogie. La première ouvre Taafè Fanga (le pouvoir des femmes) réalisée en langue bambara, avait permis à son réalisateur (Drabo) de rafler plus de 20 prix il y a 10 ans.

De façon générale, les productions de l'Afrique de l'Ouest récentes ont parcouru peu de festivals. « L'Absence » de l' « International » Mama Kéita (né au Sénégal de père Guinée et de mère Vietnamienne, il est de nationalité franco-guinéenne) a eu le mérite d'être sélectionné au Festival de Rotterdam.

D'autres réalisateurs tels Mansour Sora Wade du Sénégal (avec Les Feux du Mansaré ) et Missa Hébié du Burkina Faso (avec Le Fauteuil), pour des raisons financières, ont fini leur films à pas de course.

Par contre l'unique film de la Corne de l'Afrique, Teza du réalisateur Haile Gérima (Ethiopie), s'est présenté à Venise où il s'est illustré en s'emparant du prix du meilleur scénario et un prix spécial du festival, courant septembre 2008.

Au-delà des longs métrages, les autres catégories sont bien relevées avec des films de qualités. Zola Maseko (Afrique du Sud), lauréat de l'Etalon de Yennenga en 2005, avec Drum, est candidat à travers « The manuscrits and Timbuktu » dans la catégorie documentaire.

Le Fespaco en tant que lieu de compétition, aura permis aux cinéastes africains de se mesurer, mais surtout de se côtoyer et de partager les aventures et les hauts faits dans la réalisation, ce qui a forgé 40 années durant « un génie africain » capable de les transporter désormais vers les plus hauts sommets du 7è art.

Ce qui n'empêche pas, compte tenu de ce prestige, de rehausser la récompense pour les lauréats des différents prix. C'est le souhait de la Délégation générale du Fespaco, reste celui des partenaires financiers.

AMK/SVY

 

     
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