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21è édition du Fespaco (27 février - 8 mars 2009)  

Afrique-Burkina-culture-cinéma-festival
FESPACO: les réalisateurs espèrent une révolution numérique

Par Romaric HIEN

Ouagadougou, 3 mars (AIB) - Moins coûteux, plus facile à utiliser, le numérique pourrait augmenter la production cinématographique africaine mais les réalisateurs se plaignent du fait que le plus célèbre festival du film d'Afrique reste fidèle au format classique en 35 mm dans sa sélection officielle.

Pour de nombreux réalisateurs africains, le numérique est une "chance" pour le cinéma africain car il permet aux cinéastes du continent de concrétiser enfin des projets de films dormant dans les tiroirs par manque de financement.

"Un film tourné en argentique revient plus cher et demande beaucoup plus de temps. D'abord, il faut faire venir les pellicules d'Europe, rapatrier les rushes pour voir s'il n'y a pas de problème dans le tournage, les renvoyer en Afrique ensuite...et puis, c'est quand même 40 ou 50 kg de pellicules à transporter à chaque fois. Tout ça renchérit le coût du tournage en 35 mm ", déclare Kramo Lanciné Fadika, premier réalisateur ivoirien à avoir gagné en 81, l 'Etalon de Yennenga au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) avec son film "Djeli". "Avec le numérique, tout est sur place, on n'a pas besoin de tout ça", se félicite-t-il.

"Je n'ai pas eu besoin de me tourner vers des bailleurs occidentaux pour financer mes premiers films. J'ai eu l'argent qu'il me fallait au Burkina ici", déclare Boubacar Diallo. A 46 ans, ce réalisateur burkinabé en course pour l'Etalon de Yennenga avec "Coeur de lion" tourné en haute définition (HD) mais kinescopé en 35 mm pour respecter les normes établies par les organisateurs du FESPACO qui clôture le 7 mars. Il a déjà réalisé huit longs métrages en quatre ans. Un record impossible avec le 35 mm .

"Le numérique s'accorde avec notre économie. Ensuite, le langage cinématographique s'accorde aussi bien avec le numérique qu'avec l'argentique, donc ce problème est un faux problème", assure le réalisateur sénégalais, El Hadji Samba Sarr, en compétition court métrage avec "La discorde".

Pour des besoins de compétition, les réalisateurs sont obligés de kinéscoper leurs films tournés en numérique. "Le fauteuil" de Missa Hébié (Burkina Faso), "Les feux de Mansaré » du Sénégalais Mansour Sora Wade, "Mah Saah-sah" (Daniel Kamwa, Cameroun) ou encore "Fantan Fanga" coréalisé par les Maliens Adama Drabo et Ladji Diakité, tous en course pour l'Etalon de Yennenga ont été tournés en numérique.

Malgré tout, les organisateurs du FESPACO se refusent à introduire les films sur support numérique à la compétition officielle long métrage.

"Tout festival qui se respecte à un règlement qu'il établit pour la compétition et au FESPACO, le numérique n'est pas absent. Il est bel et bien présent dans la section court métrage et TV/Vidéo", répond Ardiouma Soma, directeur de la cinémathèque du Burkina et responsable de la commission programmation des films à cette 21è édition du FESPACO. Selon le délégué général du FESPACO, Michel Ouédraogo, ce sont les cinéastes eux-mêmes qui ont imposé le 35mm à la création de l'Etalon de Yennenga en 1972.

"Cette façon de voir est dépassée. Ils vont le faire un jour. On est pauvre et le cinéma est coûteux. Les gouvernements africains n'ont aucun moyen pour nous permettre de faire des films coûteux. Ils (les organisateurs du FESPACO) n'ont pas à nous imposer des standards coûteux au FESPACO", fulmine M. Sarr, 41 ans, affirmant avoir échoué à présenter son film en compétition long métrage faute d'argent pour kinéscoper.

"C'est vrai qu'avec le numérique, c'est plus pratique, vous voyez ce que vous tournez. Mais au point de vue coût, ce qu'on l'on gagne au tournage, on le perd à la finition parce qu'il y a l'étalonnage, le kinéscopage. De plus, certaines caméras HD sont à 25 images/secondes qu'il faut ramener à 24 images pour le film", relativise le Malien Diakité.

RH/SVY

     
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