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Festival du balafon de Boura : un mythe ancestral désormais brisé

04/01/2018
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Festival du balafon de Boura

 

Un mythe ancestral désormais brisé

 

Jadis considéré comme un instrument de musique sacré chez les Sissala (un sous-groupe de la communauté gourounsi), le mythe entourant le balafon est en train de s’estomper. En tout cas, c’est le constat que nous avons pu faire le 16 décembre 2017 à Boura, localité frontalière avec le Ghana, dans la province de la Sissili, lors de la première édition de la fête du balafon.

 

Instrument de musique traditionnel de prédilection au cœur des réjouissances et même de deuil au sein des communautés siamou, gouin, sénoufo, turka, karaboro, bwa, dagara et lobi, le balafon est tout aussi joué chez les Sissala, un sous-groupe des gourounsi autochtone de Boura, commune rurale située au Centre-Sud, à quelques 210 kilomètres de Ouagadougou. Là-bas et face à la rareté des activités de réjouissance où le balafon doit résonner, cet instrument s’est imposé en mythe, et son utilisation s’est limitée à des rites précis. C’est cet instrument « mythique » qui a été au centre d’un festival organisé le 16 décembre 2017 à Boura. En pays sissala, a fait noter Abdou Karim Nadié, un natif de Boura, il n’y a pas de fête à proprement parler, et ce n’est que lors des funérailles que l’on fait des réjouissances. Il a révélé qu’en cas de décès, seuls les balafonistes initiés et confirmés, sont appelés à prester. En fonction du genre, le rythme du balafon ou le message à transmettre peut varier, a-t-il dit. Quand il s’agit d’homme, a confié  M. Nadié, « on joue le Paar  et le Youwil-Zembié pour pleurer le mort. On joue ensuite le Zenchémo pour inviter les gens, notamment les fils du défunt s’il est âgé, à venir danser ». Dans la même veine, a-t-il soutenu, le « Nabaara » est joué pour les beaux-parents qui viennent pleurer. Egalement, une autre variante de sonorité appelée le « Bontougou » est jouée pour les beaux-parents (ceux ayant épousé une fille de la famille du défunt), afin qu’ils montrent leur savoir-faire. Par ailleurs, le « Nassara » est joué lorsque la nuit, le balafoniste a fini de sermonner ou de faire des éloges du défunt ou de sa famille. Dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons, le « Zikititki » est joué.

 

Démystifier le balafon

 

A cette liste de sonorités, il faut ajouter le « Han-Yé », le « Tiwa », le « Zensi » et le « Gbielwéro » qui retentissent, soit pour annoncer le décès d’une femme, d’un magicien ou la mort d’un grand balafoniste ou d’un grand griot. Et lorsqu’on entend chacune de ces sonorités, a expliqué Abdoul Karim Nadié, chacun doit cesser toute activité et rester sur place, car les génies viennent en ce moment rendre un dernier hommage au défunt. Il y a aussi que dans la culture sissala, les balafons  ne doivent pas être transportés d’un village et à autre « sans que des rites sacrificiels ne soient effectués, sinon à l’arrivée, ils ne produiront aucun son ».Il en est de même pour les balafons dégradés, et dont la réparation met en relief les alliances entre plusieurs familles. Il ressort également que la connaissance du balafon se transmet de père en fils, tant et si bien qu’il n’est pas admis à quiconque d’apprendre à en jouer. Tous ces mythes, tabous et préjugés ont fait que les jeunes, par peur de représailles, ont pris une bonne distance avec cet instrument. A cela, il faut ajouter la forte pression des migrants et la disparition progressive de la généalogie des balafonistes qui constitue aujourd’hui, une menace pour la survie du balafon. D’où l’idée de cette première édition du festival de Balafon de Boura placée sous le thème : « Balafon dans la culture sissala, importance, démystification et vulgarisation pour sa sauvegarde ». Initié par l’Association pour la sauvegarde et la promotion de la culture sissala (ASPROCSI), ce festival a regroupé douze troupes artistiques venues de la commune de Boura et de l’autre côté de la frontière, c’est-à-dire du Ghana. D’ailleurs, ce sont les Sissala du Ghana qui ont été la grande vedette de ce festival. Et selon le pasteur Luc Zogoda, porte-parole de l’ASPROCSI, il est l’aboutissement d’un long processus de concertation, de tractations entre conservateurs des coutumes et modernistes. Tout en définissant le balafon comme « un réservoir commun » évoluant dans le temps, le pasteur Zogoda se dit convaincu que « la culture subit des altérations du fait des brassages, des nouveaux moyens de communication et de l’influence communautaire ». Pour Abdoul Karim Nadié, il n’était pas évident de faire venir les balafonistes. Côté mobilisation, quand bien même elle était assez remarquable, les organisateurs pensent que le festival aurait dû drainer beaucoup plus de foule, tant ils étaient nombreux à croire dans cette contrée, que les balafonistes n’oseraient pas braver le mythe et jouer en public.

 Frédéric OUEDRAOGO