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Burkina-Culture-Unesco
Le Burkina rêve d'inscrire les "ruines de Loropéni" sur le patrimoine de l'Unesco

Par Romaric HIEN
  
Loropéni, 23 juin (AIB) - Le Burkina rêve d'avoir enfin son premier site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, constructions en pierres datant du XIème siècle, qui sont le témoin d'une activité aurifère précoce dans la région.

LoropéniA quelques encablures de la commune de Loropéni à 430 km à l'ouest de Ouagadougou, se dresse en pleine brousse des murailles faites en blocs de pierres rouges et de moellons de latérite de 6 mètres de hauteur par endroits.

D'autres blocs, détachés de la bâtisse jonchent le sol. Visiblement utilisé comme habitat dans les temps anciens, ce site de forme presque carrée d'une superficie de 1134 m2 fait une épaisseur d'environ 1,40 mètres à la base.

"Dans la sous-région ce site est vraiment exceptionnel. En Afrique de l'ouest on n'a pas son semblable", estime le professeur Jean-Baptiste
Kièthéga, auteur des fouilles sur le site de Loropéni.

Les ruines de Loropéni seront-elles classées parmi le patrimoine mondial de
l'Unesco?


L'endroit avait été découvert pendant la colonisation française par l'administrateur Henri Labouret en 1912-13 qui parla des "mystères des ruines du Lobi" du nom de l'ethnie majoritaire dans la région dans une lettre adressée au gouverneur de l'Afrique occidentale française (AOF) en 1920. Une anthropologue d'origine française, Madeleine Père dans les années 1992-93, a attribué le site aux Gans, une tribu qui habite tout autour des ruines.   "Malheureusement au XIè siècle, les Gans étaient à Accra au Ghana", relève M. Kiéthéga, professeur d'archéologie à l'Université de Ouagadougou.

En 2005, le Burkina Faso qui a classé ce site parmi ses sites culturels a tenté de le faire inscrire sur le patrimoine mondial de l'Unesco mais le comité a demandé au pays de "compléter" son dossier.

Des recherches complémentaires furent entreprises en 2008 par le laboratoire du professeur Kiétéga appuyé par une équipe pluridisciplinaire d'une demi-douzaine de chercheurs béninois, burkinabè, ivoiriens et togolais.

Selon les chercheurs, les "ruines de Loropéni" font partie d'un lot de 200 sites historiques dans la région.

Les recherches ont prouvé que ces ruines datent du XIè siècle, mais selon l'archéologue, "il se peut même que nous ayons des datations plus anciennes que le XIè siècle". Les chercheurs ont également découvert du mobilier en céramique, des armes (flèches, lances) et des outils aratoires "ce qui prouve que ces populations faisaient de l'agriculture (et) de la chasse".

"Nous avons trouvé à proximité une mine d'or et une balance à peser l'or, donc il est évident que l'activité d'exploitation de l'or existait", assure l'archéologue.

Finalement, les recherches ont attribué les ruines aux autochtones de Loropéni, les Koulango, une tribu actuellement partagée entre le Burkina et la région de Bouna en Côte d'Ivoire. Selon M. Kiéthéga, les Koulango faisaient le commerce de l'or à travers la Boucle du Niger jusqu'à l'arrivée des colonisateurs au début du XIXè siècle où ils ont commencé à communiquer avec les gens de la côte maritime de l'ancienne Gold Coast (actuel Ghana) et de la Côte d'Ivoire.

"L'exploitation de l'or et le commerce entraînent de l'insécurité, d'où la nécessité d'imaginer des systèmes de défense. Donc, l'or et le commerce ont engendré une insécurité obligeant les populations à se protéger", explique M. Kiéthéga.

"Nous pouvons nous dire que Loropéni, c'est un système de défense qui a été conçu par ceux qui vivaient ici pour se protéger de ceux qui allaient les attaquer. Ils ne l'ont pas conçu pour faire la guerre, ils l'ont fait pour se protéger", explique l'archéologue burkinabè. 

Aujourd'hui, ce site peu connu et menacé par l'érosion, l'envahissement de la végétation et l'homme pourrait être, une fois rénové, un moteur pour le tourisme dans le sud-ouest du pays.

Le gouvernement burkinabè a mobilisé 800 mille dollars pour sa réhabilitation en attendant la décision de l'Unesco, selon le ministre de la Culture Filippe Savadogo. Trente sites naturels ou culturels sont en lice pour l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco lors de la session annuelle prévue à Séville du 22 au 30 juin.

"Il est certain que Loropéni réserve encore des pans non connus de l'histoire que nous devons nous approprier et faire en sorte de le mettre à la disposition des scientifiques et des enfants d'Afrique", estime M. Savadogo.

"Nous pensons avoir satisfait aux demandes de l'Unesco. Quiconque aura lu notre dossier sera convaincu que le Burkina a pris à coeur de satisfaire aux demandes du comité du patrimoine mondial et c'est pourquoi nous avons bon espoir que Loropéni va figurer sur la liste des biens culturels du patrimoine culturel de l'Unesco", affirme M. Kiéthéga.

RH/


Afrique-Sénégal-Tourism
Saly la belle, mais «paradis à risque»


Ouagadougou, 08 juin (AIB) - A 70 km de Dakar, la capitale du Sénégal, se trouve une station balnéaire appelée Saly. Belle cité, cette petite ville est aussi un paradis à risque au regard du taux élevé de séroprévalence.

«Saly, c’est le paradis du Sénégal». Ces propos sont d’un étudiant burkinabè rencontré à Dakar peu après notre retour de cette ville. Comme lui, la grande majorité des Sénégalais rencontrée estime que leur petite cité balnéaire est l'une des meilleures destinations touristiques au pays d'Abdoulaye Wade.

Située à quelques 70 kilomètres de la capitale, Saly est construite au bord de l'océan atlantique. La cité attire touristes occidentaux, majoritairement Français mais aussi Espagnols, Italiens, Allemands, Belges, Scandinaves et Américains. De nombreux Français y ont acquis des résidences secondaires.

A chaque hiver, les retraités et autres grands vacanciers viennent vivre dans la station balnéaire puis repartent en France, l'été venu. Rien ne manque pour accueillir tout ce beau monde à Saly qui ressemble plus à une ville européenne par son allure qu'à une citée africaine. Restaurants chics, clubs, hôtels hauts de gamme, grandes plages propres, climat doux bercé par la fraîcheur de l'Atlantique, Saly attire. A longueur de journée, des touristes s'exposent aux bienfaits des rayons du soleil pour leur bronzage.

Saly est visiblement au Sénégal ce que Copa Cabana est au Brésil. A elle seule, la ville accueille le tiers des touristes qui viennent au Sénégal. Selon des statistiques officielles, sur les 918.300 touristes qui sont entrés en 2008 au Sénégal, au moins 312.000 sont passés voir Saly. Pour Boubacar Sabaly, hôtelier et président du syndicat d'initiative de la région de Thiès, les Français constituent à eux seuls, 70% de la clientèle.

Pour qu'une telle cité réponde aux exigences de l'industrie touristique, l'Etat sénégalais et les opérateurs économiques n'ont pas lésiné sur les commodités et la disponibilité des services: Banques, services d'assurances, super marchés, boutiques d’objets d’art, grand musée côtoient des cliniques, des laboratoires de santé avec des spécialistes confirmés dans toutes les disciplines, des écoles françaises complètent cette ville "afro-européenne".

Selon M. Sabaly, ce sont les hôteliers qui, de commun accord, se sont organisés pour faire venir dans cette petite ville érigée en commune en 2008, une compagnie de gendarmerie ainsi qu’une brigade de sapeurs pompiers. C’est en 1975 que le Sénégal a décidé de créer sa première station balnéaire. C’était à la suite du premier choc pétrolier, intervenu entre 1970 et 1973.

Comme de nombreux autres pays africains, le pays avait particulièrement souffert de la flambée des prix de l'or noir qu'il fallait diversifier les ressources du pays. «Nous avons également connu une période de sécheresse assez longue, qui a fait baisser considérablement les rendements de l’agriculture», a déclaré M. Sabaly. Selon lui, la création d'une station balnéaire a été une idée de fonctionnaires de la Banque mondiale qui voulaient que Dakar mette en valeur ses plus belles plages pour développer le secteur touristique alors peu promu. Il a été alors choisi de le faire à Saly, une station balnéaire autrefois occupée par des portugais.

Prostitution tolérée, taux de séroprévalence en hausse

Aujourd’hui, Saly, c’est une centaine de campements et une trentaine d’hôtels de grande classe, avec de beaux jardins et de belles plages. Mais, comme l’a reconnu Boubacar Sabaly, Saly, c’est aussi un milieu privilégié pour la prostitution. Contrairement aux autres parties du Sénégal, ici le plus vieux métier du monde se pratique sans crainte.

Conséquence, la jeune commune se place aujourd’hui parmi les zones les plus touchées par le VIH/sida au Sénégal dont le taux national de séroprévalence se situe en dessous de 2%. «C’est une zone à risque et l’image de la ville en a pris un sacré coup», déplore un habitant de Saly. Il tempère cependant, en précisant que cette mauvaise image est entrain de se refaire, depuis l’implantation en 2003 dans la cité balnéaire, de l’Institut «Diambars», un centre international de formation de jeunes footballeurs. «Ici, ce n’est pas seulement la débauche, c’est aussi l’éducation », se félicite-t-il.

De toute façon, les touristes occidentaux eux, apprécient bien Saly. C’est le cas de Jean-Marc, qui y possède un campement depuis une quinzaine d’années, et dont la famille vit à cheval entre la France et le Sénégal. «Je me sens bien ici ; le climat est doux, et les affaires marchent», lance-t-il.

MS/


Burkina-agriculture-entreprises agricoles
Les pôles d’entreprises agricoles, un pas dans l’agri business

Par Moumouni YAMEOGO

Ouagadougou, 05 juin (AIB) - Le gouvernement burkinabé s’est engagé dans la promotion des exploitations agricoles à grande échelle dont la finalité est d’aboutir au concept d’agri business. Dans cette course vers l’agri business, l’Etat burkinabé peut compter sur les partenaires au développement que sont les projets. La plupart de ces projets travaillent directement avec le monde rural en leur proposant de nouvelles approches tendant à inculquer aux paysans des notions « d’entreprises agricoles ». L’entreprenariat agricole se trouve donc au centre des actions de ces projets.

Le Centre international pour la fertilisation des sols et le développement agricole (IFDC) conduit un projet dénommé « Des milliers aux millions : accélérer l’intensification agricole et la croissance économique durable en Afrique de l’Ouest » en abrégé projet 1000s+.

Ce projet a pour but de faciliter l’intensification agricole et d’améliorer la sécurité alimentaire et les conditions de vie pour un million de ménages agricoles et d’environ 2 500 entrepreneurs en Afrique de l’Ouest, à travers la formation des réseaux d’acteurs autour des filières et le développement des chaînes de valeur. Au départ, l’IFDC, à travers les programmes d’intensification intégrée, d’accès aux intrants et de politique de marché, avait expérimenté une opération pilote pour la gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS).

Cette opération, qui combinait l’utilisation de la matière organique et l’application de certaines techniques agricoles, a eu pour cible des groupements de base dans les villages. Cette nouvelle technique de production « a permis de constater que par rapport à certaines spéculations, des rendements pouvaient être atteints », a indiqué le spécialiste en marketing du projet 1000s+, Moussa Kaboré.

L’augmentation des rendements induit la recherche de débouchés pour « le surplus des produits » au profit des paysans, a-t-il poursuivi. Pour y arriver, le projet 1000s+ va utiliser une nouvelle approche qui va intéresser tous les acteurs d’une filière donnée dans sa promotion. Le projet utilise le système des entreprises agricoles compétitives (CASE) afin de faciliter les innovations et le renforcement des capacités des organisations paysannes (OP), des entrepreneurs agricoles et des institutions d’appui.

L’approche CASE privilégie le concept de pôles d’entreprises agricoles (PEA). Le PEA décrit la chaine de tous les acteurs qui interagissent dans une filière agricole. Car, selon M. Moussa Kaboré, «l’efficacité des filières agricoles dépendrait de l’efficacité des acteurs qui font partie de la filière».

Cette approche permet le développement institutionnel et la mise en relation des différents acteurs au niveau local (producteurs, distributeurs d’intrants, commerçants/transformateurs, institutions financières et structures d’accompagnement) autour d’une filière ou de manière spécifique d’une chaîne de valeur. Avec l’approche CASE, « chaque acteur travaille à rendre la filière plus compétitive pour que chaque acteur puisse en tirer profit », a expliqué le président de l’Association pour l’appui aux groupes d’initiatives en milieu rural, (AGIR+), Abdoul Salam Ouédraogo. L’accent est mis sur la mise en marché des produits pour permettre aux producteurs, mais aussi les autres acteurs d’accroître leurs revenus.

De l’agriculture de subsistance à l’agri business

Le projet 1000s+ intervient dans sept pays dans la région ouest africaine. Au Burkina Faso, c’est plus d’une vingtaine de PEA qui sont concernés par le projet. Le projet travaille à la promotion des filières comme le maïs, le sésame, le niébé, les semences, le bétail, etc. A travers l’approche CASE qui est une approche orientée vers le marché, il veut rendre les exploitations agricoles rentables dans la perspective de lutter contre la pauvreté.

Mais la lutte contre la pauvreté « n’est envisageable que lorsque les populations cibles ont la possibilité de créer de la valeur et donc de se faire des revenus », a expliqué le spécialiste en marketing du projet 1000s+. Dans cette optique, le projet travaille avec les producteurs qui ont la capacité de produire pour « se situer dans une logique de business ».

Pour ce faire, l’approche CASE associe tous les acteurs autour de la rentabilité d’une filière donnée. En impliquant le producteur, le transformateur, le commerçant et les structures d’appui, le projet oriente le produit vers le marché. En ce moment, l’exploitation  agricole est considérée comme une entreprise. Les organisations paysannes deviennent « des businessmen » et signent des contrats avec les transformateurs et les commerçants.

De quatre pôles d’entreprises agricoles en 2006, le projet 1000s+ enregistre 27 PEA pour l’exercice 2008-2009. Ce bond en avant dénote de l’intérêt des organisations paysannes et des autres acteurs pour l’approche CASE. Pour le président de l’Union régionale des semenciers des Cascades, M. Joseph Tieba, l’approche est « importante »  à travers l’apport financier, la recherche du marché et des actions de communication envers la population. « Le projet 1000s+ est une grande école qui met des personnes d’horizons divers autour d’un produit », a-t-il ajouté.

Le projet, en plus de permettre aux paysans d’atteindre l’autosuffisance, leur permette d’avoir des revenus, a expliqué Jean Soumaila Ouédraogo, producteur de maïs. Pour le président de l’Union des jeunes producteurs du Noumbiel, Boris Da, l’approche CASE est la base des PEA et « sans elle, il n’y a pas d’entreprises agricoles ».Mme Sawadogo de l’Union régionale des caisses populaires de l’Ouest, partenaire de l’IFDC, apprécie la démarche spécifique de l’approche qui consiste à « mettre les producteurs avec les structures et les partenaires en relation ».

Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt car derrière l’enthousiasme que suscite le projet, des difficultés y demeurent. Ces difficultés se retrouvent dans l’incapacité des organisations paysannes de respecter leurs contrats avec les transformateurs. Les difficultés sont consécutives aux prix des produits, à la lenteur dans la collecte des produits, aux manques d’esprit coopératif dans la plupart des groupements villageois et des problèmes d’accès aux intrants.

Pour pallier ces problèmes, les responsables du projet appellent les organisations paysannes à « fournir plus d’efforts pour s’approprier les facteurs de production pour être plus efficace et rentable ». M. Tiemtoré du comité de pilotage du projet demande « plus de rigueur dans la mise en œuvre des plans d’actions pour 2009 ».

MY/SVY/AIB-05-06-2009


Burkina-Politique-Social
L'identité du CDP, c'est le gouvernement qui sait mieux la présenter

Par Aimé Mouor Kambiré

Devant les députés, le gouvernement burkinabè a présenté un bilan reluisant de ses actions en faveur du social au cours de 2008, renforçant ainsi l'identité du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti d'obédience socialiste au pouvoir au Burkina Faso.

Education, santé, femme, jeunesse, emploi etc., le Premier ministre Tertius Zongo s'est voulu exhaustif en embrassant de nombreux sous-points du social, renforçant du même coup les idéaux du parti majoritaire, dans un contexte politique national où les partis sont classés selon qu'ils sont au pouvoir, de la mouvance présidentielle, de l'opposition modérée ou de l'opposition radicale et non selon qu'ils sont à gauche, à droite, au centre ou aux extrêmes.

Le Premier ministre Tertius Zongo ne s'est pas contenté de citer des « actions humanitaires » pour démonter l'effort fait par son gouvernement en matière sociale. Il a bien sûr parlé de la gestion de la crise alimentaire, des meurtriers accidents routiers, de l'approvisionnement en eau potable en milieu rural, mais c'était pour mieux revenir, de façon méthodique au socialisme dans son intervention sur le terrain.

Ainsi, des dizaines de milliards de francs ont été investis pour assurer la « sécurité humaine durable », une terminologie plutôt peu usitée et regroupant la sécurité sociale, l'accès aux soins et la prise en compte des groupes spécifiques et des groupes vulnérables.

Un système sanitaire amélioré et un point d'honneur à la femme

Le social du Premier ministre, c'est d'abord la femme mais aussi l'accessibilité physique et financière des populations aux soins de santé, « c'est le savoir et le savoir faire à la majorité des burkinabè », c'est aussi la protection et la prévoyance sociales, l'habilitation de tout burkinabè, c'est l'emploi et la jeunesse, c'est encore les conditions de travail, c'est le dialogue social.

La subvention accordée aux accouchements et soins obstétricaux et néonataux d'urgence en 2008 ont coûté 903,7 millions de francs CFA, selon le Premier ministre. Le gouvernement a aussi intervenu pour la prise en charge d'une centaine de cas de fistules obstétricales.

L'accès à la sécurité sociale ainsi que « l'habilitation des groupes les plus défavorisés notamment les femmes, constituent la toile de fond du programme politique du président », note M. Zongo.

Pour l'accès financier des soins de santé de qualité, le gouvernement a investi près de 5 milliards de francs CFA dans la réalisation, la normalisation, la réhabilitation et l'opérationnalisation de diverses infrastructures sanitaires.

« Par ailleurs, indique le premier ministre, 684 formations sanitaires et 8 centres de diagnostic et de traitement de la tuberculose ont été dotés en vivres pour un coût de 2,8 milliards de francs CFA »

Le taux de séroprévalence du sida a été ramené à 1,3%, alors qu'il a dépassait 5% il y a 10 ans. Près de 20 mille patients bénéficient aujourd'hui d'un traitement aux antirétroviraux dont le coût mensuel est maintenu à 1500 francs CFA.

Au passage, le programme contre la transmission mère-enfant du sida a été étendu quasiment à l'ensemble des districts sanitaires.

La lutte contre les autres maladies transmissibles et non transmissibles, a bénéficié d'environ 20 milliards de francs CFA pour l'acquisition de médicaments, de vaccins et de moustiquaires imprégnées contre le paludisme.

Pour une meilleure offre de soins, le gouvernement a aussi renforcé les ressources humaines avec le recrutement de 1583 infirmiers et autres agents de santé, 40 médecins et 30 pharmaciens. A cela s'ajoute le recrutement exceptionnel de 1104 agents » regroupant ceux qui se sont formés à leurs propres frais.

Désormais, 76,32% des centres de santé et de promotion sociale (CSPS) répondent aux normes minimales en matière de personnel, s'est réjoui le Premier ministre.

Un demi-millier de nouvelles classes et un recrutement intensif pour accroître l'offre éducative

L'offre sociale, c'est aussi l'éducation. A ce chapitre, 596 nouvelles écoles primaires ont été construites en 2008 portant à 8778 le nombre total d'établissements disponibles. Mais le ratio enseignant-élève s'établit toujours à plus de 50 élèves pour un enseignant. Le gouvernement de Tertius Zongo poursuivra alors le recrutement annuel de 3000 enseignants pour améliorer progressivement ce ratio.

En revanche, de mieux en mieux, les enfants sont inscrits à l'école. L'effectif des élèves du primaire à haussé de 12% pour l'année académique 2008-2009.

Si le taux brut de scolarisation des filles a augmenté, le taux global (71,5%) a cependant baissé de 1,3% en 2008-2009, comparé à la période précédente. Néanmoins, l'écart entre filles et garçons scolarisés poursuit sa réduction.

Par ailleurs, le gouvernement cite volontiers la distribution de fournitures et manuels gratuits acquis préalablement à plus de 6 milliards de francs CFA. Pour cette année, les mêmes mesures ont été reconduites et 1 750 000 manuels ont été rajoutés à ceux existants, pour maintenir le ratio d'un livre par élève dans les matières fondamentales.

Un programme de santé nutrition scolaire d'un coût de 675 millions de francs CFA pour 16 mille tonnes de vivres gratuites a été mis en ouvre dans les cantines scolaires. Des vivres de 800 millions ont été servis dans les établissements secondaires.

Au niveau du secondaire, 85 nouveaux collèges ont été construits, ainsi que 5 lycées et 14 établissements techniques, portant à 1021, le nombre d'établissements secondaires au Burkina Faso. A cela s'ajoute un centre d'excellence de formation professionnelle à Ziniairé et 4 lycées professionnels.

Le taux brut de scolarisation à ce niveau est de passé précédemment de 22,92% à 27,4% en 2007-2008.

Dans les université, malgré la hausse du nombre des bénéficiaires des bourses et aides aux étudiants, la situation reste précaire et le Premier ministre ne voit d'autres solutions que de mener une réflexion pour trouver des solutions durables.

Au-delà de la formation classique, 13 681 centres d'alphabétisation ont été ouverts au cours de la campagne 2007-2008. L'enveloppe allouée à ce sous-secteur de l'éducation s'élève à 103,3 milliards de francs CFA. A cela s'ajoute 51 milliards de francs octroyés par le Fonds catalytique dans le cadre de Mise en ouvre accélérée de l'éducation pour tous.

Le gouvernement envisage des solutions durables face aux crises universitaires

Depuis plus de 10 ans, les crises de plus en plus fréquentes dans les universités publiques résistent aux solutions occasionnelles qui leur sont apportées, ce qui amène le gouvernement à se tourner vers des réflexions en vue de trouver des solutions plus durables.

« Nous nous attelons à approfondir la réflexion pour appliquer des solutions durables aux difficultés que traverse nos universités », a expliqué le Premier ministre Tertius Zongo ».

Le pays abrite 49 établissements d'enseignements supérieurs, dont 20 publics. Pour le Premier ministre, cette croissance est « considérable » et n'est pas sans difficultés.

Le gouvernement a déjà pris des mesures « dans le souci d'améliorer les conditions de vie et de travail des étudiants ». Il s'agit de l'octroi de 500 nouvelles bourses aux étudiants, portant à 1000 le nombre de bénéficiaires des bourses de l'Etat. Les aides, les prêts et les cités universitaires ont connu une amélioration.

Mais toutes ses solutions n'empêchent pas les crises de resurgir, d'où la nécessité de mener une réflexion, de l'avis du Premier ministre.

30 milliards de francs pour l'employabilité de la jeunesse ; le milieu rural n'est pas en reste.

Pour la jeunesse et l'emploi, des guichets uniques de financement de projets ont été ouverts dans six villes secondaires, en plus de ce qui existe dans les grandes villes. 15 260 jeunes ont pu bénéficier d'un encadrement dans des centres de formation initiale. Plus de 1000 demandeurs d'emplois ont reçu une formation en recherche d'emplois. D'autres encore, 1293 personnes, ont eu des notions de base en entreprenariat. Cependant, on dénombrait dans le même temps 9686 demandeurs d'emplois.

D'où la réhabilitation de 25 structures de formation pour les acteurs ruraux. En outre, un programme en cours de réalisation va permettre chaque année de former 10 mille jeunes aux métiers.

En dehors de ces soutiens divers en faveur de la jeunesse, le Premier ministre Tertius Zongo a annoncé un programme pour un montant total de 30 milliards de francs CFA, dont la mise en ouvre va améliorer l'employabilité des jeunes.

Le Programme de renforcement de la formation professionnelle (PRFP) financé par la coopération taïwanaise va permettra la réalisation prochaine du Centre de formation professionnelle de Ziniaré et d'un autre centre à vocation industrielle à Bobo Dioulasso. Une fois réalisés, ces centres peuvent accueillir 1200 jeunes chacun.

En outre, Ce programme « assurera la construction ou la réhabilitation et l'équipement de 11 centres régionaux de formation qui porteront les capacités de formation à 6 mille jeunes », a expliqué M. Zongo.

Le monde rural n'est pas en reste et le gouvernement a déjà lancé en 2008, un projet pilote d'embouche bovine et d'équipement des jeunes maraîchers, pour un montant de 200 millions de francs CFA.

Le Premier ministre a souligné que « ce projet qui vise à promouvoir les micro-crédits de proximité adaptés aux besoins ruraux, favorisera leurs accès à un emploi rémunérateur et le progrès économique et social du monde rural ».

Enfin, pour lutter contre le chômage, le gouvernement a procédé à des réformes afin d'attirer des investisseurs étrangers et donc de favoriser la création d'emplois nouveaux. Ce qui lui a valu d'être reconnu comme l'un des grands réformateurs sur le continent en 2008.

La solidarité nationale n'est pas un simple mot

La solidarité nationale s'est traduite par 139,5 millions de francs CFA apportés à des personnes vulnérables. De même, des infrastructures sociales d'une valeur de 525,5 millions sont en cours de réalisation.

Les inondations de 2008 avaient provoqués 11 décès, des blessés et laissé plus de 7 mille personnes sans abris. Le mécanisme de prévention et gestions de catastrophes a donc été revu. Un plan de contingence multirisque a été élaboré pour une intervention plus rapide en cas de catastrophe.

Pour les groupes vulnérables ou spécifiques, le gouvernement a apporté une aide à quelques 600 personnes handicapées motrices pour les aider dans leurs déplacements.

La question genre n'est pas en reste, c'est d'abord la femme

Le gouvernement estime que l'amélioration du statut social et juridique de la femme nécessite l'accès de celle-ci à l'éducation et à la formation pour qu'elle puisse avoir sa place aux cotés de l'homme dans les sphères de décision.

Il souhaite voir la poursuite et l'intensification des séances de sensibilisation sur la nécessité de la scolarisation des filles en nombre et dans la durée.

Tertius Zongo a annoncé par ailleurs la création de la Commission nationale de suivi de la mise en ouvre des engagements du Burkina Faso en faveur de la femme, acte qui selon lui, va servir de « renfort indispensable au dispositif existant »

En termes de bilan et à titre d'illustration, les femmes ont bénéficié de moulins mixtes et d'unités de savonnerie, au profit de16 groupements féminins. Formation pour l'insertion des femmes dans le tissu économique, sensibilisation de la population pour le respect des droits de la femme et bien d'autres actions ont été entreprises.

Sur le plan institutionnel, il existe un plan d'action de promotion de la femme 2006-2010, la journée internationale de la femme, un forum national des femmes organisé en novembre 2008 ect. Une politique nationale genre devra être adoptée au cours de cette année.

Sur ce plan, les députés peuvent faire mieux en adoptant la loi pour réserver 30% des postes nominatives et électifs aux femmes dans les sphères de décision.

Le genre, c'est aussi les groupes spécifiques. Mais certains groupes vulnérables ou spécifiques sont pris en charge en tant que cibles à part entière dans différents secteurs. C'est le cas par exemple des professionnelles du sexe qui bénéficient d'une attention particulière dans la stratégie de lutte contre le sida.

Du social aux Burkinabè, du foetus jusqu'à la tombe

L'esprit du gouvernement dans ses actions est de pouvoir soutenir autant que faire se peut ses citoyens du stade de leur état fotal jusqu'à leur mort. Des femmes enceintes, des enfants vulnérables, le gouvernement passe aux personnes âgées, admises à la retraite.

Ainsi, retraités ou déflatés vont trouver leur compte dans le Fonds national d'appui aux déflatés et retraités (FONADER) qui a déjà permis de financer 27 projets pour un montant de 170 millions de francs CFA. Au passage et par cette occasion, 148 emplois permanents et temporaires ont été crées et 45 autres postes consolidés.

Le Premier ministre n'a cependant pas évoqué dans son bilan la situation des militaires retraités, reconvertis dans le civil, avec le soutien et l'accompagnement du gouvernement.

Il s'est plutôt appesanti sur la sécurité et la santé des travailleurs, un « sujet de préoccupation » à ses yeux. Toutefois, le chef du gouvernement note qu'un travail a été accompli pour la prévention des risques professionnels, l'amélioration des conditions de travail mais aussi contre le travail des enfants.

Qu'à cela ne tienne, « le gouvernement reste attaché aux vertus du dialogue social » a lâché le Premier ministre qui n'ignore pas la grogne permanente des travailleurs à travers leurs formations syndicales. Il s'est réjoui dans ce sens de la tenue permanente des rencontres de concertation gouvernement/syndicats.

En guise de réponses apportées aux problèmes des travailleurs, M. Zongo a rappelé l'augmentation de 4 à 8% des salaires du secteur privé et de 4% des salaires des agents publics. De même, des abattements des taux de l'IUTS ont eu lieu pour les emplois du public et du privé. 150 millions de francs ont même été servis aux syndicats dans les aider dans leurs activités de défense de l'intérêt général et de promotion de la démocratie.

Se voulant réaliste, le Premier ministre a exprimé sa préoccupation sur la sécurité et la santé des travailleurs. Les actions déjà accomplies dans ce sens, c'est la mise en place d'un cadre réglementaire de sécurité et de santé au travail, la mise en cohérence des textes et des méthodologies d'intervention en vue de l'amélioration des conditions de travail.

La longueur du discours, 90 pages dactylographiées, n'a peut-être pas permis aux députés de voir la couleur sociale de l'action de l'Exécutif sur le terrain, il n'a demeure pas moins que le Premier ministre a rappelé que le CDP, a pris comme option la social-démocratie.

AMK/


Burkina-N'Gourma-Economie-Elevage-bétail
Le marché à bétail de Fada N'Gourma, une organisation à la taille des ambitions

Par Boureima LANKOANDE

Fada N'Gourma, 19 fév. (AIB) - Le marché à bétail de Fada N'Gourma qui se tient chaque dimanche est animé par plusieurs acteurs qui jouent chacun une partition dans la gestion et la vie du marché. Du comité de gestion aux exportateurs en passant par les vendeurs, revendeurs, et autres courtiers; c'est une véritable organisation qui régit la vie du marché. L'infrastructure qui existe depuis une trentaine d'années a seulement été reconstruite en marché moderne en 2006.

Le comité de gestion du marché composé de quatre personnes (un gestionnaire et trois gardiens) a la charge de la protection des biens admis dans le marché et du bon déroulement des opérations. Il emploie également des collecteurs et fonctionne sur la base des taxes perçues sur le bétail. «Quand les animaux sortent après achat ou non, les propriétaires payent 500 francs CFA par têtes de gros ruminant et 100 francs par tête de petit ruminant», a déclaré le gestionnaire du marché à bétail de Fada N'Gourma, Lacina Garané (Photo).

Au moins 800 ruminants sont mis à prix dans ce marché chaque dimanche, 2.500 en « période favorable» .

Mais les commerçants dénoncent la taxe perçue même quand il n'y a pas de vente. «Pour un animal non vendu on te demande une taxe. Non vendu, c'est déjà une perte pour le vendeur puisqu'il faut le confier à un berger qui va le garder (avec des frais) pour le marché prochain malgré ça il faut payer encore des taxes», explique Abdoulaye Doussa, acheteur et revendeur.

Pays sahélien à vocation agricole et pastorale, l'élevage occupe une place importance dans la vie des populations au Burkina Faso. Malgré sa position de pays enclavé où l'eau et la pâture sont difficiles d'accès, cette activité demeure une occupation régulière et une activité économique intéressante. Les régions de l'Est, du Sahel, et du Nord sont des zones où l'élevage est une activité de première catégorie. C'est pour rentabiliser ce secteur que des marchés à bétail sont construits à l'intérieur du pays comme celui de Fada N'Gourma qui connaît une affluence grandissante.

Faciliter les échanges commerciaux

Pour faire des affaires dans ce marché il faut être fiché par l'administration qui vous délivre un laisser-passer. Ce badge est attribué à ceux qui exercent régulièrement dans ce marché : exportateur, courtier (intermédiaire) ou vendeur doivent l'acquérir s'ils veulent être reconnus par leurs pairs.

Selon M. Garané, la présence des intermédiaires est un facteur dissuasif pour les fréquents vols d'animaux dans la région. «Après l'achat, même d'un animal volé, vous allez retrouver forcément celui qui l'a vendu et l'acquéreur» , a-t-il précisé. Selon lui, la présence des courtiers chargés d'exécuter les opérations marchandes au compte des vendeurs, des revendeurs et des acheteurs rend le marché plus sûr et sécurisant. La mort ou la perte d'un animal après achat est supportée par l'acheteur, comme règle de fonctionnement «efficace» qui a été mise en place.

Le président de l'association «Barké» regroupant commerçants et courtiers, Amadou Kolado Maïga est chargé du règlement de litiges liés aux vols d'animaux ou aux animaux malades vendus. Ce sont les différends les plus fréquents, témoigne le «juge» qui est assisté dans sa tâche par un comité. «Nous voulons que l'administration nous apporte assez d'appui financier et en terme de renforcement de capacités ; souvent les banques nous promettent des financements, mais il n'y a pas quelqu'un pour appuyer le processus» , déplore M. Maïga plaidant pour un appui public des acteurs de la filière.

Un autre écueil dans le développement des affaires dans ce marché est sans doute l'insécurité avec les coupeurs de route qui écument sentiers, routes et autres artères principales à l'Est. Mais là, la parade a été trouvée. Des guichets de banques ouverts au sein du marché se sont révélés d'un grand apport dans la sécurisation du marché, des affaires et la fluidité des transactions.

Mais dans ce marché il n'y a pas que du bétail à vendre. C'est aussi un lieu où l'on trouve toute sorte de marchandises et de services. «Cela pose souvent des problèmes de gestion au comité» , affirme le gestionnaire Lacina Garané soulignant que les propriétaires d'animaux ne comprennent pas et ne veulent pas toujours payer la sortie des animaux parce qu'ils n'ont pas pu vendre. Mais «nous avons toujours un cadre de concertation qui nous permet de résoudre les problèmes», assure-t-il.

Des tracasseries sur la route de l'exportation

Malgré les difficultés qui jonchent le chemin des transactions au niveau du marché à bétail de Fada N'Gourma, les acteurs tiennent bon. La plupart des animaux vendus (les boufs en général) sont destinés à l'exportation vers le Togo, le Ghana, le Nigeria, le Bénin. Mais cela n'est pas sans risque. Des tracasseries de tous ordres sont orchestrées une fois que l'acheteur franchit les frontières du Burkina. Le problème serait beaucoup crucial en territoire béninois que partout ailleurs.

«Les taxes nous fatiguent et ils n'ont jamais diminué. Avec un camion chargé de 40 à 42 tête, il faut dépenser parfois jusqu'à 1. 200. 000 francs FCFA, souvent sans reçu, pour parvenir à destination» , déplore le président de l'Association des exportateurs de bétail de Fada N'Gourma (AEBF), Adama Kina.

«Les exportateurs béninois, qui viennent acheter les animaux ici, n'ont pas autant de problèmes que nous en avons chez eux», ajoute le secrétaire général de l'AEBF, Abdoul Karim Traoré rappelant que 2.000 ou 5.000 francs CFA suffisent à payer toutes les taxes à un poste de gendarmerie ou de police au Burkina.

La mort des animaux au cours de leur transport en camion occasionne des pertes considérables pour les exportateurs. Des frais sont généralement engagés pour payer des autochtones chargés de la recherche des bêtes égarées.

«Avec l'existence des coupeurs de route, nos bergers risquent gros à mener la recherche surtout sur une terre qu'ils ne connaissent pas. Ils peuvent être assimilés à des bandits», a indiqué le trésorier de l'AEBF, Abdoulaye Doussa soulignant que six bergers burkinabè allés à la recherche d'animaux égarés ont été pris pour des coupeurs de route.

BL/AIB-19-02-09


Burkina-Sport de masse
Le « Parc Bangr-wéogo », un espace de détente thérapeutique pour les Ouagavillois

Par Adama Salambéré

Ouagadougou, 21 janv. (AIB) - Avec ses 240 hectares, le parc urbain « Bangr-wéogo » (forêt du savoir en langue mooré), en plein coeur de la ville de Ouagadougou, entre les routes de Fada N'Gourma et de Kaya, est un véritable espace offert à tous ceux qui veulent maintenir leur forme. Ils s'y retrouvent, en effet tous les jours pour s'adonner soit à la marche, soit au footing.

A l'ouverture de « Bangr-wéogo » à 5 heures, sous les chants d'oiseaux et la fraîcheur matinale, loin du brouhaha et de la pollution de la citée ouagalaise, la piste de course, à plusieurs ramifications, dénommée « Parc des sports », s'anime de mouvements d' "athlètes" d'une certaine catégorie d'âge, en groupe, seul ou par couple, vêtus pour la plupart de survêtement, dans tous les sens.

Dans notre promenade nous croisons Pierre P. Ouédraogo, 65 ans, retraité de l'ASECNA, qui, dit-il, "court en ce lieu depuis 10 ans, les mardis et les samedis". Selon lui, « cela procure la santé ». Le directeur de la radio nationale, Lamoussa Robgo, de la quarantaine d'année, s'y rend pour les mêmes raisons. «Je fais un peu de footing pour me mettre en forme, parceque je me rend compte qu'avec les activités professionnelles, je n'ai pas toujours le temps de faire des exercices musculaires.

Donc les week-ends, je préfère venir au parc pour essayer de maintenir la forme. J'ai pensé que faire un peu de footing permet une bonne circulation sanguine et ça permet de réguler la tension cardiaque. J'ai donc constaté qu'après mon sport, je me sens fatigué mais je suis en forme », a-t-il laissé entendre.

Les sports sont variés mais les objectifs se rejoignent. Le directeur
de l'INERA, Gnissa Konaté, qui pratique la marche (3 fois par semaine), applique lui aussi des consignes de santé : « je fais la marche surtout parce que les médecins me le conseillent et ça fait du bien une fois que je suis au service, donc je trouve que les médecins ont raison », affirme-t-il.
Toujours dans la même ligne de conduite sanitaire, le magistrat à la Cour de cassation, Thimoté Traoré (52 ans), vient à « Bangr-wéogo » « les mardis, les jeudis et les samedis » car dit-il, « mon docteur, le professeur Zapsonré, m'a fait savoir que j'ai des problèmes de santé et que si je ne dégraisse pas, il va me mettre sous traitement.

J'ai débuté par la marche et quand j'ai commencé à fréquenter « Bangr-wéogo », grâce aux petits frères, nous avons débuté par de petits trots car à mon âge, il va de soi qu'on ne fasse pas de la vitesse. Cela me donne une meilleure performance au bureau ». Mme Sanou Clarisse, qui était du groupe renchérit : « le sport pratiqué régulièrement donne la santé. Mon docteur, le Pr. Drabo me l'a recommandé compte tenu de mon problème de diabète, pour m'éviter de prendre les produits. Je suis donc le régime correctement en venant trois fois par semaine ici ».

Que dit la médecine sportive ?

Le docteur Seydou Koné, spécialiste de la médecine sportive rassure pour ce qui est du côté préventif : «les vertus du sport sont reconnues aussi bien dans la prévention de certaines maladies notamment celles cardiovasculaires, les maladies liées aux mouvements, celles rhumatismales et le stress qui sont des affections de la vie courante, extrêmement rependus aujourd'hui avec l'urbanisation de notre mode de vie ; le sport contribue à prévenir ces accidents cardiovasculaires et à lutter contre l'obésité qui est un des fléaux du siècle, à lutter contre la sédentarité, tout ce qui consiste à ne pas rester inoccupé, inactif », explique le Dr Koné.

Sur le plan thérapeutique, le spécialiste de la médecine sportive affirme que « le sport a des vertus qu'il faut conjuguer avec les médicaments. C'est dans cela que tous les sports ne sont pas forcément bénéfiques pour le malade », prévient Dr. Koné, tout en précisant qu' « il y a des sports recommandés en fonction de la maladie que le patient présente, de son âge et des conditions climatiques dans lesquelles ce sport peut être pratiqué : à certaines saisons, le froid, les pollutions aériennes recommandent des précautions chez les asthmatiques, chez ceux qui
ont des bronchites, ceux qui sont en poussée de tension, il y a des sports dits adaptés qu'on est obligé de doser pour éviter des accidents ».

Les bénéfices du sport pratiqué tôt le matin ou le soir

Le Dr. Koné confirme qu'«en fonction de l'indication thérapeutique qui suit généralement une visite chez un médecin, on dit, pour ceux qui doivent se dérouiller (comme du décrassage), qu'il est bon de faire son sport le matin, c'est pour la remise en forme, pour la relance du corps. Physiologiquement, ça permet d'accélérer la circulation sanguine et de faciliter la respiration ». Pour ce qui est du sport pratiqué le soir, Dr Koné soutient que « c'est un sport dit de détente, souvent un sport de relaxation que l'on fait à rythme modéré pour faciliter l'élimination des fatigues de la journée et favoriser le sommeil », tout en précisant que « chez les grands athlètes, il ne s'agit pas de sport pour la santé mais pour la performance et ils peuvent le faire toute la journée ».
Les couples familiaux ne dérogent pas à la règle dans ces genres d'exercice. Ils sont aussi matinaux que les autres, comme le témoigne monsieur et madame Yermganga (venus à 6h) et dont la femme accompagne son mari tous les samedis matins pour réguler son rythme cardiaque : « j'ai été recommandée par mon cardiologue parce qu'à un moment donné, je faisais de l'hyper-tension et il m'a donc dit de dégager du temps pour faire un peu de sport. J'accompagne mon mari ici mais je suis dans un club au Lycée de la jeunesse où je pratique trois fois par semaine mon sport ».

Au-delà du maintien de la santé, les vertus de la nature s'imposent

Madame Manon Wilmering (de nationalité hollandaise) de l'ONG « Naturama », qui a un projet d'éducation environnementale au Parc, pratique chaque samedi matin la marche parce que, dit-elle, « c'est agréable, sans bruit et tu te sens vraiment dans la nature avec son air frais et il y a plus d'ombre qu'au dehors. Comme j'aime bien la nature, je marche, j'observe et écoute les chants des oiseaux. C'est relaxant, l'air n'est pas pollué comme en ville et cela contribue réellement à renforcer la santé de l'homme ».
L'un des meilleurs amis de l'homme (le chien) est souvent utilisé comme élément de motivation pour parvenir à ses fins dans ce milieu sportif. Une occidentale, qui a préféré garder l'anonymat affirme : « je suis une dame de la soixantaine d'années et je viens tous les jours marcher au parc. C'est très agréable parce qu'on est dans la nature, loin de la circulation. J'entretiens du même coup mes articulations pour rester en forme, on a besoin de s'activer afin de ne pas rester toujours assis pour éviter d'avoir trop mal aux genoux, à la hanche et c'est mon chien qui me pousse surtout à venir. S'il n'était pas là, je ne serais peut être pas aussi régulière », nous a-t-elle confié.

« Bangr-wéogo », cadre idéal pour améliorer son rendement et être plus compétitif

Les locataires de « Bangr-wéogo » ne sont pas seulement que des amateurs. Des sportifs de rang international y sont également, pour améliorer leur performance. Nous avons aperçu sur les artères du parc des sports, le champion international de la « World boxing association » (WBA), Alexis Kaboré dit « Yoyo » qui dit être « en train de chercher le fond ».

Le directeur du parc, Moustapha Sarr, laisse entendre que « parfois, quand le Club football de Ouagadougou (CFO) avait des matchs importants, il venait se reposer tranquillement ici pour une bonne concentration afin de mieux préparer son match ».

Issa Zerbo (37 ans), docteur en physique, enseignant chercheur à l'Université de Ouagadougou, maître et pratiquant d'arts martiaux et du « taï chi tchan », est aussi régulier avec son équipe dans cet espace pour se faire une forme en prévision des différentes compétitions à venir. « Nous nous entraînions depuis avec l'ancien ambassadeur de France, Maurice Portiche et après son départ du Burkina, il nous fallait un lieu pour continuer les entraînements.

Pendant qu'il était là, on a pu négocier un espace ici à Bangr-wéogo. Une fois par semaine n'étant pas suffisante, depuis deux ans, j'ai dégagé le samedi matin pour venir personnellement travailler et je suis accompagné par mes élèves de kung-fu du club « Shaoling tempo de l'Université de Ouagadougou » et à chaque fois, c'est de 7h à 9h que nous faisons les entraînements », dit-il. Maître Zerbo justifie leur présence aussi au parc par le fait que « les arts martiaux vont au-dessus de la compétition et j'ai coutume de dire aux gens qu'aujourd'hui, il y a une nouvelle génération de pratiquants d'arts martiaux. Il faut expliquer au public que c'est d'abord un objectif prophylactique, thérapeutique et ensuite purement martial et tout cela nous permet de nous maintenir en bonne santé et grâce à certains gestes, corriger certains maux », explique-t-il.
« Le Shaoling tempo de l'Université de Ouagadougou », grâce à ce bonus d'entraînement se « prépare à d'éventuelles compétitions. Ces jeunes ici présents ont été champions du Burkina de kung-fu l'année passée », rassure maître Zerbo.
Le physicien a profité donner quelques bienfaits du sport pratiqué tôt ou tard dans la journée : « les taoïstes disent que les entraînements sont meilleurs lorsque le soleil se lève et lorsque qu'il se couche, car c'est là qu'on arrive à recueillir le maximum d'énergie de la nature. Voilà pourquoi la plupart du temps on préfère s'entraîner les matins et les soirs », nous apprend-il. « Ce sont des heures préférentielles », indique le chercheur, tout en laissant comprendre que « chacun selon son emploi de temps peut s'entraîner à d'autres heures de la journée mais le matin est encore plus intéressant car là on va au travail en forme ».

Sécurité assurée pour tout le monde

La sécurité à « Bangr-wéogo » est de mise, comme le clame Félix Soudré (50 ans), forestier de formation : « la forêt du barrage constitue vraiment un cadre idéal pour le sport, la détente et les loisirs mais son intérieur n'est pas connu du public. Les gens la voient de l'extérieur et ne savent pas qu'à l'intérieur, c'est sécurisé avec toutes les infrastructures nécessaires pour faire son jogging matinal sans vraiment être inquiété.

Depuis 2001 que j'ai commencé à pratiquer mon sport ici, je n'ai jamais appris que quelqu'un a été déjà agressé dans cette forêt », affirme-t-il ; et au directeur Sarr d'ajouter : « il y a des agents de sécurité installés un peu partout qui veillent sur les animaux et sur tous ceux viennent au parc ».
«  Le massif forestier  Bangr-wéogo, d'une superficie de plus de 240 ha contribue, selon son directeur, au captage du carbone, à la purification de l'air et à la lutte contre le stress que connaissent les populations et tout homme sportif ou non, devrait passer au moins une fois par semaine pour se ressourcer, se ré oxygéner afin de se libérer des toxines cumulées tout le long de la semaine », conseille-t-il.
Le public ouagalais y est donc invité à venir débourser la somme de 100 F CFA par personne et pratiquer paisiblement son sport.

Encadré

Présentation du Parc urbain Bangr-wéogo

Le Parc Urbain Bangr-wéogo (forêt où l'on acquiert le savoir en langue moré) est situé au cour de la ville de Ouagadougou. Il s'étend sur une superficie d'environ 240 ha en forme d'une gigantesque aile d'oiseau entre les routes de Kaya et Fada N'Gourma. Le premier acte juridique concernant ce qui était alors un domaine de sa majesté, l'empereur des Mossés (Mogho-Naaba) date de mars 1917. Son immatriculation au service des domaines a été faite le 9 octobre 1936 par arrêté du gouverneur de l'Afrique occidentale.

Le parc connu sous le nom de Bois de Boulogne va subir diverses dégradations dues à la poussée démographique.
A partir de 1995, les travaux d'aménagement débutèrent avec la construction de la clôture périmétrale de 7,5 km de poste de contrôle. Les aménagements intérieurs ont permis de doter Bangr-wéogo d'infrastructures suivantes :
- un jardin botanique de 8 ha constitué d'espèces locales et exotiques,
- un parc zoologique de 72 ha abritant une faune abondante d'antilopes, de crocodiles, tortues, singes, écureuils, varans et oiseaux.
- un musée où sont exposés des trophées de la faune aviaire, les mammifères et la faune et la faune aquatique
- un parc des sports
- une aire de jeu pour enfants dénommée « Faso Parc »
- un triangle des paons
- un espace du bonheur.
- un espace de détente et de loisirs avec un parcours de santé, des banquettes, des pelouses aménagées abritant des paons
- un restaurant.
Le Parc urbain Bangr-wéogo a accueilli plus de 700 visiteurs en 2001, plus 20 000 en 2002 et 62 917 en 2003
AS/21 janvier 2009


Burkina-Education-Enseignement de l'histoire au primaire et au secondaire
L'Association des historiens d'Afrique souhaitent une actualisation des programmes

Par Boureima Lankoandé

Ouagadougou, 14 janv. (AIB) - Dans la plupart des pays africains, l'enseignement d'histoire n'a pas connu d'évolution quant au contenu des programmes enseignés dans les écoles primaires et secondaires. L'histoire a évolué et les ambitions aussi. Et la lutte engagée par les historiens de l'ère des indépendances n'est plus la même aujourd'hui. La méthode d'alors visait l'acquisition de l'indépendance par les pays africains.

Maintenant que la colonisation est passée, de nouvelles préoccupations sont nées et les Africains historiens réorientent leurs visions. Il demeure aussitôt indispensable de réviser le contenu des programmes d'histoire enseignés à l'école. L'histoire du monde a beaucoup changé, celle de l'Afrique n'a pas été en reste.

C'est dans l'optique de capitaliser les ressources et de favoriser l'introduction de l'histoire dans l'enseignement qu'en 1972, lors d'un colloque à Dakar, les professeurs d'histoire de l'enseignement secondaire et supérieur (ceux qu'on a appelé les pionniers de l'histoire africaine dont Joseph Ki-Zerbo) ont créé l'Association des historiens d'Afrique (AHA). Pendant longtemps, l'histoire de l'Afrique n'était pas enseignée aux Africains.

Aujourd'hui, les programmes d'histoire semblent être caduques et ne prennent pas en compte ou suffisamment les découvertes nouvelles depuis les indépendances dans le domaine. Selon le président de l'AHA, Doulaye Konaté du Mali, les programmes n'ont pas été renouvelés et les enseignants continuent d'exploiter les anciens contenus.

«Depuis les indépendances, l'historiographie de l'Afrique a beaucoup évoluer. Par exemple, sur la question de chronologie, nous savons depuis longtemps maintenant que le fer a été inventé en Afrique. Le travail du fer a existé en Afrique depuis des dates avant Jésus Christ», a soutenu M. Konaté. «Sur la reconstitution de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) par exemple, il y a des idées qui ont été démontées pendant le colloque international de Ouagadougou qui s'est tenu du 24 au 26 novembre 2008», a-t-il insisté.

Selon lui, les exemples du genre sont légion et il y a donc lieu que les autorités africaines examinent avec beaucoup d'attention la question afin d'intégrer les nouvelles connaissances dans l'enseignement et répondre aux exigences du moment. Cette idée a également été soutenue par le Pr. Jean Couldiaty, président de l'Université de Ouagadougou, lors du colloque international de Ouagadougou en hommage au Pr. Ki-Zerbo et sur les 60 ans de la reconstitution de la Haute-Volta (Burkina Faso).

Vulgariser l'histoire vraie de l'Afrique

D'abord une écriture plurielle de l'histoire africaine. Le nombre d'historiens africains a augmenté et la méthode elle-même a évolué, la façon d'approcher cette histoire a également changé et s'est diversifiée. «Le défi, c'est d'arriver à proposer aux Africains qui sont très demandeurs d'histoire, une histoire utile ; il faut que nous puissions faire des synthèses qui soient lisibles par les Africains ordinaires» , a dit le Pr. Doulaye Konaté.

L'exigence du moment sera pour les historiens de pouvoir proposer aux Africains une histoire qui soit non seulement accessible, mais surtout comestible et qui permette aux Africains de se connaître et de vivre ensemble.

Dans un monde dit mondialisé, l'AHA se donne comme objectif de faire passer les travaux d'historiens dans l'espace public. Il s'agit, selon Doulaye Konaté, de vulgariser la vraie histoire de l'Afrique telle qu'ils la reconstituent aujourd'hui afin de permettre aux Africains de connaître leur position dans un monde aussi compliqué.

L'Association des historiens d'Afrique, depuis sa création est à l'ouvre. Elle a tenu des congrès à Bamako au Mali et à Addis Abeba en Ethiopie et soutient diverses activités en relation avec l'évolution de l'histoire du continent. «En collaboration avec l'UNESCO, nous essayons de faire connaître les huit gros volumes de l'histoire générale de l'Afrique qui ont été élaborés par nos prédécesseurs», a rappelé M. Konaté.

BL/SVY
AIB-14 janvier 2009


Plateau central-Kourwéogo-Société
Phénomène des enfants incestueux dans le Kourwéogo : Les dessous d'un vice pernicieux

Par Moussa Congo

Boussé, 17 déc. (AIB) - Dans la partie nord de la province du Kourwéogo et dans les communes voisines de l'Oubritenga, se vit une situation qui mérite une attention particulière : le phénomène des enfants incestueux selon les uns, enfants consanguins selon les autres. Zoom sur un phénomène social aux implications profondes et les probables raisons de son ampleur.

En arpentant les sentiers menant à la commune rurale de Toéghin et à Guiè dans la commune rurale de Dapelgo, localités situées à une soixantaine de kilomètres au nord de Boussé, une joie profonde nous animait à la vue de ces tiges de mil se pliant sous le poids de leurs épis. Toéghin, ce 27 octobre 2008. Notre guide du jour, M. Madi Ouédraogo nous attendait déjà. Cet agent provincial à la retraite, employé par la mairie, animé de bonne volonté nous disait ceci avant le périple pour Guiè. «  Je pense que votre travail viendra mettre à jour un phénomène pernicieux qui perdure depuis des années et dont personne n'ose briser le silence. Le monde tourne à l'envers dans notre univers  », lança-t-il en prenant son carburant.

En fait d'enfants pernicieux, il s'agit bien de ceux issus de relation sexuelle entre un homme et une femme de même famille. Après quelques échanges, direction le village de Guiè, situé dans la commune rurale Dapelgo où, depuis 1995, existe un centre pour enfants en détresse. A première vue, les infrastructures parlent d'elles-mêmes.

La touche humaine a transformé cette nature sauvage en des bâtisses qui forcent l'admiration. Par coup de chance ce jour là, la responsable du centre, Clara Marthe Girard, cette native de Tenkodogo, qui se déplace beaucoup pour des raisons de service était présente. Après quelques instants d'attente, cette femme aux allures de « Mère Theresa  » dans cette contrée rurale perdue de l'Oubritenga accepte de nous recevoir volontiers. «  En tant que mère, je dois vous avouer que le phénomène des enfants consanguins (elle préfère ce terme) existe bel et bien dans la zone. Mais, je me garde de juger les gens », dit-elle, le regard hagard.

Pour elle, il faut rétablir les mots à leurs places. Il ne s'agit pas d'enfants incestueux mais d'enfants consanguins, c'est-à-dire issus de relations entre cousins germains, notamment d'une même grande famille. Jeux de mots ou contradictions des termes, un consensus se dégage : l'existence de plusieurs enfants sans situation sociale précise.

La réalité et les chiffres d'une situation sociale

Selon le dictionnaire petit Larousse, l'inceste se définit comme étant des rapports sexuels entre un homme et une femme liés par un degré de parenté, entraînant la prohibition du mariage dans une société donnée. Pour le Naba Kaongo de Sao, député à l'Assemblée nationale, vue dans la communauté dont il a la charge, l'inceste, «  c'est le fait pour des personnes d'une même famille ou grande famille d'avoir des relations sexuelles entre eux ».

Une source proche de l'Action sociale de Boussé qualifie cette catégorie de progéniture «  d'enfants incestueux ». En tous les cas, les enfants issus de cette relation interdite en pays moaga pose véritablement problème. La société accepte mal une progéniture issue d'une telle relation. Cette « censure sociale », comme le reconnaît le chef de Sao, mérite une attention, tant le phénomène prend de l'ampleur, et en légère régression selon d'autres sources.

Le chef de service de la protection et de promotion de l'enfant et de l'adolescent à la direction provinciale de l'Action du Kourwéogo, Mme Rasmata Kéré  déclare à ce sujet que «  nous avons répertorié 14 cas d'enfants incestueux en 2006, 12 cas en 2007 et 8 autres cas pour le moment en 2008. Je précise que se sont les cas que nous avons eu à traiter  ».

Une autorité locale, qui a requis l'anonymat, nous confie avoir eu à traiter plus d'une vingtaine de cas en deux ans et demie. Joint au téléphone, le maire de la commune rurale de Toéghin, Michel Sawadogo confirme l'existence du phénomène mais souligne que la tendance est à la baisse.

Un recoupement d'informations auprès de la population permet de mesurer l'ampleur et la réalité du phénomène. «La situation est devenue inquiétante ces dernières années et personne ne peut nier cette réalité», explique un sexagénaire de la commune de Toéghin, Arouna Sawadogo.

La directrice du Centre pour enfants en détresse de Guiè, Clara Marthe Girard sera plus précise que sur la soixantaine d'enfants que le centre héberge actuellement, les deux tiers sont constitués d'enfants consanguins provenant essentiellement de Kourwéogo et de l'Oubritenga. "Je dois reconnaître que le phénomène prend des proportions...", souligne-t-elle.

Selon les statistiques provenant du même centre, de 1995 à 1998, ce sont 370 enfants abandonnés et consanguins tous confondus qui y ont été accueillis. Et ce sont 33 cas d'enfants consanguins, uniquement pour 2007 et déjà 35 autres cas au mois d'octobre de l'année 2008 qui ont été enregistrés. Selon une étude commanditée par le Programme d'appui au plan national multisectoriel de lutte contre le sida et les IST (PA/PNM), exécutée par l'institut "Impact Plus", dont la restitution a eu lieu seulement le 20 novembre 2008, la commune de Toéghin (zone récurrente de cas d'inceste) détient le triste palmarès de la commune rurale la plus infectée par le sida dans le Kourwéogo. Des témoignages font état du comportement à risque que les jeunes ne cessent d'avoir.

Sylvie Bazié, accoucheuse au CSPS de Toéghin ajoute : « nous rencontrons au cours de la consultation prénatale (CPN), des filles enceintes qui nous disent clairement que l'auteur de leur grossesse est leur « frère ». Franchement dit, le phénomène est courant ici. Nous suivons la grossesse, mais après l'accouchement, elles disparaissent dans la nature ». Des sources proches de la population, de certaines autorités locales et de la direction du Centre de Guiè, le phénomène est particulièrement récurrent dans les communes de Dapelgo, Toéghin et Boussé, et les multiples démarches administratives pour l'adoption d'un bébé dissuadent beaucoup à laisser la grossesse arriver à terme.

Par ailleurs, Mme Bazié raconte   : « un jour, une fille est venue me dire qu'elle est enceinte; mais le problème est que le père est issu de sa grande famille. Elle voulait que je l'aide, j'ai refusé et depuis, elle a disparu dans la nature malgré mes rendez-vous pour le suivi de la grossesse ».

Les probables raisons de l'ampleur du phénomène

Selon un groupe de jeunes de Toéghin et de Gademtenga, le phénomène des enfants issus «  du même sang  » a atteint sa vitesse de croisière et il serait très préoccupant. Ils expliquent cela par le manque d'éducation. Tout en reconnaissant la responsabilité première de la jeunesse, ils affirment que le phénomène n'est pas nouveau. Des propos qu'un sexagénaire a tenu à nuancer. Pour beaucoup, ce sont les fêtes coutumières, religieuses à caractère nocturne, les longues funérailles, les « dassanga » suivi de bal populaire qui en sont les véritables causes.

Une affirmation très vite battue en brèche par l'ex infirmier chef de poste du CSPS de Toéghin, Ernest Zabsonré, actuellement à l'école de santé, que nous avons rencontré à Ouagadougou : «  Oui, ces fêtes occasionnent effectivement des frottements. Mais ces fêtes n'ont pas lieu seulement que dans ces zones, mais pourquoi c'est à leurs soeurs ils ont à faire jusqu'à aboutir à une grossesse ». Pour lui, l'origine, c'est la famille. «  Il faut repenser l'éducation dans cette zone et particulièrement Toéghin et ses environs. Après un accouchement, une fille a cité 12 noms pouvant être de probables pères  », s'indigne l'ex médecin de Toéghin.

Selon le chef de terre de Toéghin (Tengsoba), qui a la centaine selon ses enfants (à qui il faut un crieur parce qu'atteint de surdité), les véritables causes sont les mutations sociales. Aussi, la jeunesse est en perte de moralité, reconnaît-il. Des propos soutenus par Mme Girard qui affirme que «  nous assistons à une libéralisation des moeurs dont les vieux sentent leurs traditions et leurs vies menacées  ».

Pour le Naba Kango de Sao, "beaucoup de gens font fi des valeurs propres à nos milieux mais nous sommes très intransigeants sur cette bêtise humaine. Parce qu'il faut de la moralité, de l'éthique pour la stabilité de la famille et le devenir de l'espèce humaine".

Selon toujours la directrice du Centre pour enfants en détresse de Guiè, la pauvreté, l'ignorance et l'analphabétisme y sont pour beaucoup; à cela s'ajoute le refus catégorique des jeunes de porter le préservatif. Une affirmation soutenue par l'ancien major du CSPS de Toéghin, brandissant comme preuve les stocks de préservatifs invendus.

A la vérité, le phénomène des enfants incestueux est complexe et les implications sociologiques sont profondes. Toutefois, le peu d'intérêt de ces zones pour les associations en termes de sensibilisation et surtout, le manque de partenaires pour engager et soutenir les initiatives de sensibilisation serait également une piste à ne pas négliger, a reconnu une autorité locale.

MC/SVY

 

Encadré 1

Guiè, ou la dernière chance de vie !

A la question de savoir que devenaient ces enfants issus de ces unions interdites avant l'avènement du centre en 1995, les réponses divergent et les gens semblent n'avoir pas la langue de bois. «  La mère ne peut pas garder l'enfant, la société non plus n en veut pas ; c est un enfant qui s'est trompé de route (..)  ». Ces paroles de la directrice du Centre pour enfants en détresse de Guiè, Mme Clara Marthe Girard résument en fait l'idée qui a prévalu depuis lors.

Le Naba Kaongo de Sao précise pour sa part que «  vous savez, quand il s'agit des sujets de ce genre, le chef est évité de très loin. Les gens se débrouillent entre eux pour qu'on en n'entende pas parler . » Pour lui, en quinze ans de règne, aucun cas ne lui a été soumis. Mais il reconnaît que cela ne signifie pas l'inexistence du phénomène. A la même question à Arouna Sawadogo, le sexagénaire de Toéghin, son visage s'assombrit subitement puis tient ce langage : «  pourquoi tu me poses cette question ? Ne me fait pas dire des choses (.). Ah non ! Ne pose plus de telles questions  », en continuant de croquer son cola. Sur ces entrefaites, nous avons compris que la question dérangeait outre mesure.

Mais nous trouverons la réponse chez Mme Girard : «  ces enfants repartaient d'ou ils venaient. Un point- un trait  ». En tous les cas, notre recherche pour trouver un enfant issu de ces relations interdites a été vaine. Cependant, selon la responsable du Centre, l'adoption de cette catégorie d'enfants est systématique et se fait toujours dans le respect de la loi, précise t -elle. Elle dit avoir des rapports étroits de travail avec les services de l'Action sociale de Boussé, Ziniaré et de Tema Bokin pour la conduite des enquêtes sociales.

Pour Mme Girard, les mentalités ont beaucoup changé.  « Avant, nous nous cachions pour aller récupérer ces enfants . Mais maintenant, ce sont les filles elles- mêmes qui viennent à nous avec leurs « rejetons ».  En fait, certaines avaient la conscience moins chargée lorsqu' elles nous remettaient l'enfant ». Toutefois, selon Mme Girard, les mères qui viennent laisser leurs enfants, leur tiennent à peu prés en ce langage : «  dans nos coutumes, on ne peut pas te garder. Pour que tu vives et soit utile à l'humanité, je viens te confier a cette dame  », disent-elles souvent les larmes aux yeux.

M.C.

Encadré 2

Une épreuve de prise de terre

Lors de notre présence au entre pour enfants en détresse de Guiè, nous avons assisté à une scène pleine d'émotion. Il s'agit de la « prise de terre ». En effet, le couple Ledigabel venu de l'hexagone avec leur enfant adoptif nommé RR (enfant issu du Centre). Pour permettre à RR de se souvenir de sa mère patrie, il emportera la terre de cette contrée rurale de l'Oubritenga, pour l'autre côté de la mer où il est en adoption. Après avoir échangé avec ce couple que nous avons trouvé particulièrement ouvert et sympathique, direction la pouponnière, là où même RR a fait ses premiers pas. A la pouponnière, ce garçonnet qui n'a plus rien d'un enfant de cette contrée rurale, se saisit de son bocal pour ramasser cette terre de Guiè, afin d'amener dans sa chambre en France.

Pendant que le petit s'adonnait à la tâche, la directrice du Centre avait de la peine à contenir ses émotions. Visiblement, cette dame faisait l'effort de ne pas verser des larmes. Entre temps, elle s'essuyait les yeux scintillant de ce liquide qui montre toujours quand les émotions ne peuvent se cacher indéfiniment.

D'une voix teintée d'émotion, la directrice lança : «Vous savez, vous ne pouvez pas comprendre. Je suis émue ». Elle n'arrêtait pas de fixer ce garçonnet qui, innocemment, continuait de remplir son bocal. Pourquoi cette dame qui côtoie tous les jours ces enfants s'émeuve t-elle  tant? Pensait-elle au devenir de cet enfant, si son Centre n'avait pas existé ? A la vérité, nous n'avons pas eu le courage de le lui demander, tellement un climat glacial avait envahit notre environnement immédiat.

MC  


Troisième Journées européennes du développement : Focus sur les acteurs à la base

Par Boureima Lankoandé

Ouagadougou, 15 déc. (AIB) - Les liens séculaires qui lient l'Europe et les autres continents, surtout les pays en voies de développement se sont renforcés au fil des ans. Mieux, la coopération entre elle et ceux-ci s'est focalisée dans certains domaines dits prioritaires, tout en mettant l'accent sur les acteurs locaux. Le développement, pour qu'il soit durable, doit désormais naître et émerger de la base ; alors, il doit être senti d'abord au niveau local (villageois par exemple), ensuite national pour enfin devenir perceptible à l'échelle internationale. Et les Journées européennes du développement (JED) s'attellent dès lors à cela.

Initiées et organisées pour la première fois en 2006 à Bruxelles en Belgique, les JED réunissent chaque année les acteurs du développement en vue d'échanger sur la question vitale mondiale de la pauvreté ou plutôt du développement. Rendez-vous européen de la coopération internationale au développement, elles sont et demeurent indispensables pour mesurer et diriger les aides européennes aux entités idoines, débattre sur leur efficacité et leur rentabilité surtout pour les populations locales auxquelles elles sont destinées.

Les 3 e JED, qui se sont déroulées du 15 au 17 novembre 2008 à Strasbourg en France, ont mis l'accent sur la gouvernance locale. « Il faut sortir de la relation de puissance publique à puissance publique si on veut vraiment réussir à atteindre les objectifs du millénaire. Après tout, ces objectifs du millénaire concernent en premier les acteurs, les populations ; donc il faut travailler avec ceux qui sont prêts de ces populations, c'est-à-dire les communes, les territoires, les régions. La démocratie de proximité est un élément essentiel de la cohésion nationale», a expliqué, Bernard Petit, directeur général adjoint du développement à la Commission européenne.

«Nous avons adopté une déclaration très importante sur les marchés financiers internationaux mais aussi sur l'économie mondiale, sur l'économie réelle, celle qui est la plus importante pour les citoyens, pour les familles, pour les travailleurs» , a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Selon lui, même s'il faut parler crise financière et économie, il est opportun et d'ailleurs essentiel de surtout prendre en compte les pays en voie de développement, considérer davantage les plus pauvres parmi les pauvres. Car les défis globaux nécessitent une réponse locale, les acteurs étant également locaux, a insisté M. Barroso, pour qui il serait difficile d'envisager une gouvernance mondiale sans une locale.

Ngone Doye, sénatrice sénégalaise rassure également que «le développement local est la voix obligée pour atteindre le développement réel. Il nous faut fouetter nos économies locales, il nous faut, dès la base, essayer de trouver la solution à l'éducation, à la santé, à la nourriture (alimentation) mais aussi à la sécurité sociale au niveau local. Maintenant, si cette orientation est corrigée, là nous pouvons parler de partenariat».

Le citoyen en tant que partenaire

Regroupant administrations, parlements, autorités locales, société, organisations internationales, milieux académiques, agences de développement, secteur privé et médias, les fora JED constituent un cadre d'échanges informels où chacun peut faire entendre sa voix au service du développement.

Les nouveaux instruments d'aide extérieure de l'Union européenne (UE) et notamment du programme acteurs non étatiques et autorités locales ont fait des collectivités locales aujourd'hui un acteur majeur dans les programmes européens de développement. Ce sont des opportunités nouvelles pour les collectivités locales qui leur permettront désormais de s'intégrer pleinement dans ces nouveaux programmes en contribuant à leur élaboration. Ainsi, elles pourront accéder aux financements et mener à bien des projets, dans le respect des procédures européennes.

Il suffira seulement de renforcer les capacités de ces acteurs locaux, en s'appuyant sur les besoins et les expériences déjà acquises dans ce domaine afin de permettre à chaque acteur de savoir bien et mieux jouer son rôle. Le citoyen dont les capacités ont été renforcées devient un véritable partenaire et une des clés du succès de la lutte contre la pauvreté globale ; pour l'atteinte des objectifs du millénaire pour le développement, il est utile d'user des pratiques locales.

Il faut dépasser les préjugés et complexes anciens entre l'Europe et l'Afrique, selon Mahamat Saleh Annadif, représentant permanent de l'Union africaine auprès de l'UE. «L'Afrique est aujourd'hui pour un partenariat donnant-donnant. Ce partenariat ne peut réellement se faire que si on se connaît mieux, si nous dialoguons encore plus. Les journées européennes offrent ce cadre de dialogue et d'échanges entre deux partenaires qui sont les Africains et les Européens» , a insisté M. Annadif.

Aminata Traoré, économiste, sociologue, essayiste et ancienne ministre malienne de la Culture  soutient qu'il faut prendre en compte les Africains dans les prises de décisions en matière de coopération et en même temps, impliquer les femmes dans le processus de développement en Afrique . «Nous sommes tous des Etres humains, nous avons besoin de travailler ensemble. Les Africains ont adopté certaines des idées de l'Europe, les Européens doivent maintenant adopter celles des Africains», a appelé Gertrude Mangella, présidente du Parlement panafricain .

Les fruits d'une approche

La lutte contre la pauvreté doit être soutenue par une bonne gouvernance locale. Et bien que l'administration locale soit encore marginale, certains bailleurs ont déjà une expérience significative de financement de villes ou d'autres entités locales du Sud, en témoignent les multiples jumelages entre des villes et communes du Nord et du Sud. Des interventions qui contribuent à consolider le processus de décentralisation amorcé dans beaucoup de pays comme le Burkina Faso.

«Pour l'Afrique, la décentralisation est très importante parce qu'elle permet le renforcement réellement les capacités des gens là où il y a le besoin», a ajouté, Maria Manuela dos Santos Lucas, chef de la mission du Mozambique auprès de l'UE. Cependant, un dialogue inter acteurs, interdisciplinaire et interculturel sur le concept de gouvernance, loin des visions monolithiques et univoques est indispensable.

A ce sujet, le Réseau des praticiens pour une coopération européenne au développement propose, entre autres, de mettre en lumière les expériences réussies, de regarder comment les bailleurs européens peuvent répondre concrètement aux besoins des collectivités, de montrer en quoi une approche coordonnée d'acteurs complémentaires peut s'avérer particulièrement appropriée et efficace.

Pour atteindre et renforcer cette efficacité, les acteurs doivent harmoniser les actions. Ce sont les fruits d'une meilleure articulation et une mise en cohérence des actions menées par les différents acteurs de la coopération, parmi lesquels les collectivités locales. La mutualisation des compétences, des savoir-faire ainsi que des ressources entre les multiples acteurs intervenant sur un même territoire s'inscrit dans cette recherche d'efficacité des programmes de développement, bénéfiques autant pour les partenaires du Sud que ceux du Nord.

En amont comme en aval, la couverture médiatique constitue un élément indispensable pour gagner le soutien de l'opinion publique aux politiques de développement et à l'aide d'urgence en faveur des pays pauvres.


Burkina-Sport-Football
Football local burkinabé, pas loin de l'amateurisme

Par Adama Salambéré

Ouagadougou, 4 déc. (AIB). Deux éditions du tournoi sous-régional de l'UEMOA sont déjà passées et une première expérience au championnat d'Afrique des nations (CHAN) sans aucune affirmation de la part de l'équipe nationale du Burkina Faso, les « Etalons locaux » et l'on s'interroge sur plusieurs points dont l'organisation, d'une manière générale du football local du Burkina.

Le sport roi au Burkina Faso est organisé autour du championnat national (première et deuxième division) et la Coupe du Faso. Les joueurs issus des clubs du Burkina n'ont pas évolué de la petite (minime) à la grande catégorie (senior), comme cela se pratique dans les grands pays de football, par manque de ces différentes échelles

.Interrogé sur la question, le professeur d'éducation physique et entraîneur de football, M. Moctar Ben Ahmed Barro explique que « tout un flou entoure l'organisation du football burkinabé : manque de championnat de D3, de petites catégories, problème d'argent etc. Il n'y a que le championnat de D1 et de D2 avec tous les péripéties que l'on connaît, parce que souvent pour des problèmes d'argent, on n'arrête le championnat »

.Le footballeur burkinabé ne peut pas vivre de son sport car au Burkina, le football est à l'état amateur et non professionnel et à ce propos, M. Barro, qui a déjà entraîné dans de grands clubs du Burkina comme l'ASFA-Y, le RCK, . soutient qu' «ici, on ne vient pas chercher de l'argent mais la forme pour mieux voir ailleurs. L'argent que les joueurs gagnent ne leur permet pas de vivre. Je ne vois pas aujourd'hui le joueur burkinabé qui a pu, à cause du football, s'acheter une moto. On leur en achète et on leur donne du carburent ». L'Etoile filante de Ouagadougou (EFO) et l'Association sportive du Faso-Yennenga (ASFA-Y) sont les clubs qui payent mieux leurs joueurs, avec un salaire moyen avoisinant mensuellement 150 000F CFA.Cette année, le ministre des Sports et des Loisirs, Jean Pierre Palm a effectué un voyage d'échange en Côte d'Ivoire pour s'enquérir de l'expérience ivoirienne en matière de parafiscalité afin de mieux organiser le football burkinabé. Lors de ce voyage, la délégation burkinabé a pu se rendre compte que l'ASEC d'Abidjan dépense en moyenne 1 200 000 000 F CFA par an pour faire vivre le club.

La partie ivoirienne a trouvé l'organisation de l'Union des sports scolaires et universitaires du Burkina Faso (USSU-BF) et la structure de l'Union nationale des supporters des Etalons (UNSE) très pragmatique pour le développement du football de notre pays. De retour au Burkina, le ministre Palm indique que « le département de sport ivoirien est très avancé en matière d'expérience sportive et j'ai été abattu par les infrastructures qui n'ont rien à envier aux clubs européens », soutient-il.De nombreux projets sont en vue pour relever le niveau de gestion du sport burkinabé : il s'agit de la mise en place d'un mécanisme de financement du sport, d'un projet d'école avec l'Union européenne etc. Un cabinet d'étude a donc été ciblé à cet effet pour ressortir les secteurs d'activités afin de recadrer la parafiscalité du sport au Burkina Faso.« La prestation de l'équipe locale est à l'image du football national. Souvent, je me demande d'où viennent ceux qui jouent dans le championnat burkinabé tant aucun club n'a toutes les petites catégories », se demande l'entraîneur Barro. En effet, « les équipes s'échangent les joueurs de D1 et de D2 et le joueur burkinabé ne devient performant qu'autour de 24-26 ans, ce qui amène les tricheries sur les âges », estime-t-il. Le spectacle au niveau des différents stades qui abritent les championnats n'est pas de taille, ce qui n'incite pas le supporter à faire le déplacement en ces lieux pour jouer son rôle de 12 e homme. Comment alors le sponsor peut-il injecter son argent pour soutenir le football, lui qui cherche à vendre son image.

A ce point, M. Barro renchérit qu' « on ne peut même pas présenter le championnat national à la télévision car il n'y a pas la qualité ».Les Etalons sont passés hauts les mains lors du second tour éliminatoire de la CAN jumelée à la Coupe du monde de 2010 car la presque totalité des joueurs sont issus des clubs européens. Les quelques 2 à 3 joueurs locaux dans le groupe sont généralement au banc de touche. Pour sortir de cet amateurisme, le professeur Barro propose à ce « que tous les clubs aient toutes les catégories sans brûler les étapes car le football est aujourd'hui un métier où l'acteur doit pouvoir en vivre et s'en épanouir ».Le fait d'instaurer une loi en 2006 par la Fédération Diakité , limitant les clubs de première division à Ouagadougou (5 clubs) et à Bobo Dioulasso (3 clubs) a, un temps soit peu diminué le niveau du football burkinabé, à tel enseigne qu'on assiste toujours à des scores fleuves, à un spectacle désolant lors des matchs de championnat. N'importe quel village ou province peut prétendre évoluer dans l'élite du football burkinabé, tant la géopolitique du football a gagné du terrain. Cette année, l'AS Koupéla, qui n'a pas fait ses preuves en super-division et le Sourou sport de Tougan qui n'a pas goûté à la super-division de D2, ont accédé à l'étage supérieur. Ces équipes qui montent, redescendent aussitôt car la loi a été pensée sans les mesures d'accompagnement, en illustre le Boulgou FC l'an dernier.


Burkina-Education 
Les « librairies par terre » à l'épreuve de la distribution gratuite des manuels scolaires

Par Moustapha SYLLA

Ouagadougou, 26 nov. (AIB) - L'opération de distribution gratuite de manuels scolaires aux élèves du primaire du Burkina Faso, lancée le 27 juillet 2007 à Fada N'Gourma par le Premier ministre, Tertius Zongo, semble avoir mis dans l'embarras, la plupart des librairies de la ville de Ouagadougou, en particulier les petites librairies, couramment appelées « librairies par terre ». Si elles saluent unanimement cette mesure du gouvernement burkinabé, elles ne regrettent pas moins les conséquences négatives qu'elle peut avoir sur leurs activités.

En face de la « Rue des écoles », Harouna Kafando est assis sur une chaise en fer, dans une petite boutique qu'il tient depuis plusieurs années maintenant. En cette rentrée 2008, les clients ne se bousculent pas dans cette « librairie par terre ». Fournitures d'écoliers, vieux documents (livres, journaux, romans), bureautique (tampons, effaciles,.) constituent, entre autres, les différents articles commercialisés par M. Kafando.

Selon lui, le terme « librairie par terre » vient du fait que ces boutiques revendent des anciens documents rachetés à des particuliers, ce qui n'est pas le cas dans les librairies classiques où on ne vend que du neuf.
« Je m'approvisionne surtout avec les parents d'élèves, mais aussi avec de nombreux élèves, qui viennent me vendre des livres dont ils n'ont plus besoin. Mais je m'assure que ces documents soient sans tampons, car cela signifie qu'ils n'ont pas été volés à l'Etat », relate Harouna Kafando.

Une autre partie des « livres occasion » (surtout les romans et les livres de français, de mathématiques, d'anglais., d'origine étrangère) provient de Lomé (Togo), ramenés du port de cette ville par des commerçants burkinabé.
Avec la décision prise par les autorités depuis le mois de juillet 2007, de doter gratuitement tous les élèves du Burkina Faso de manuels scolaires, Harouna Kafando a décidé de ne plus commercialiser cette catégorie de documents. Même s'il reconnaît la justesse de cette action gouvernementale, il estime qu'elle l'empêchera d'encaisser les bénéfices qu'il réalisait d'habitude sur les livres concernés par la mesure.

En effet, déclare-t-il, personne ne vient plus nous demander d'après les livres « Lire au Burkina », distribués gratuitement par le gouvernement. « Celui qui s'amuse aujourd'hui à vendre ce genre de livres est presque sûr d'enregistrer des pertes », ajoute-t-il, précisant cependant que certains libraires disposent toujours de stocks importants de « Lire au Burkina ».
Albert Compaoré se trouve dans cette situation. Libraire exerçant à Ouagadougou depuis 26 ans, ce sexagénaire n'est pas moins inquiet quant aux conséquences que cette décision aura sur son commerce.

« Ce que l'Etat est entrain de faire est louable, parce que moi-même j'ai des enfants à l'école. Mais cela jouera certainement sur notre métier. Il est cependant préférable que quelques individus renoncent à leurs intérêts personnels, au profit de l'ensemble de la population », témoigne-t-il.
Le 27 juillet 2007 à Fada N'Gourma, au cours de la cérémonie de lancement de la distribution gratuite des manuels scolaires, le ministre de l'Enseignement de base et de l'Alphabétisation (MEBA), Marie Odile Bonkoungou, avait pourtant déclaré, que « l'opération n'est pas dirigée contre les intérêts privés » (source Sidwaya). Selon elle, la distribution gratuite de manuels scolaires participe de la stratégie gouvernementale de lutte contre la pauvreté... et commandée par l'intérêt supérieur de la nation.

Des manuels détournés dans les « librairies par terre »

Selon un instituteur de l'école « Paspanga A » qui a requis l'anonymat, une partie des livres offerts gratuitement aux élèves se retrouvent dans certaines petites librairies de la place et mis en vente. Cela, explique-t-il, est le fait d'enseignants indélicats, qui n'hésitent pas à défier le gouvernement qui a formellement interdit la commercialisation de ce genre de documents.

« Je connais même des librairies où des collègues ont emmené des stocks importants de livres », précise notre interlocuteur, ajoutant que ces libraires, de peur d'être sanctionnés par l'Etat, préfèrent, pour le moment, ne pas vendre ces livres reconnaissables grâce à des tampons rouges.

Ce type de comportement malsain dans la distribution gratuite de manuels scolaires a été tellement fréquent cette année que le gouvernement a limogé, en Conseil des ministres, un enseignant, pour détournement de livres, selon l'instituteur de Paspanga.

Par ailleurs, de nombreux parents dont les enfants n'ont pas été dotés gratuitement de livres se rendent, soit dans les écoles pour en savoir la raison, soit dans les librairies pour en payer. C'est le cas de Florent Kientéga, dont l'enfant inscrit en classe de cours préparatoire première année (CP1), est venu se plaindre à la maison de n'avoir pas reçu de livre.
« Je me suis aussitôt rendu auprès de son maître pour comprendre, mais il m'a laissé entendre que les livres n'ont pas suffi ; j'étais donc obligé d'en acheter pour mon fils dans une librairie », raconte M. Kientéga.
MS/SVY


Burkina - Société - Habitat
L'attribution des parcelles confrontée aux réalités de l'occupation anarchique
Par Adama Ben Traoré

La commune Bogodogo, à l'issue des audiences foraines sur les attributions de parcelles, a été saisie par plusieurs réclamations du fait des erreurs d'attribution. Et pourtant, c'est le seul arrondissement qui a pu informatiser à ce jour son fichier de lotissement. Est-ce parce que les mailles se sont resserrées sur les fraudeurs que beaucoup de bruits se font autour de l'opération entreprise dans cet arrondissement ?

A la faveur de la sortie sur le terrain, les personnes déjà attributaires d'une parcelle dans l'arrondissement ne pouvaient plus prétendre à une deuxième parce que la machine les éjectait automatiquement. Ce contrôle a provoqué le lever de bouclier de nombreux fraudeurs puisque leurs astuces ont été décelées.

Plusieurs cas de braderies de parcelles ou de transactions précoces avec des commerçants ou des spéculateurs ont été tôt décelés sur place grâce à la vigilance des membres de la Coordination des associations de la zone 6 du secteur 30. Mieux, une journée sur le terrain aux côtés de la commission d'attribution des parcelles a permis de recueillir des informations suffisamment révélatrices des contradictions et des humeurs des populations.

Ainsi, le maire de la commune de Bogodogo, Henri Sandogo Kaboré s'est attaqué depuis le début du mois de septembre à l'habitat indigne dans son arrondissement.

Accompagné des membres de la commission d'attribution, le maire de Bogodogo Henri Sandogo Kaboré estime que la première phase d'un habitat décent est la viabilisation des terrains destinés au parcellement. « Pour réussir un bon parcellement, il faut mettre la qualité dans le recensement des populations. C'est pourquoi en 2003, 2005, 2007 et encore cette année, la commission d'attribution des parcelles a entrepris plusieurs actions pour identifier les résidants réels, les propriétaires non résidents, les nouvelles constructions habitées, les doubles attributions et d'autres cas similaires à l'origine des distorsions.

Confrontée à la réalité du terrain, la commission d'attribution a été imperturbable car elle a mis tous les membres à contribution, notamment les populations elles-mêmes représentées par les membres de la coordination des associations de la zone 6 du secteur 30. En procédant à l'attribution des parcelles, des erreurs ont été relevées par la commission. Un résidant a vu sa parcelle vendue par sa tante alors que son père réside au Ghana. Un autre père de famille a voulu se montrer plus malin en déshéritant ses enfants en opérant une transaction de vente prématurée. « Tenga a reçu d'un commerçant richissime la somme de 750. 000FCFA dans l'espoir de conquérir la parcelle occupée par les enfants et la femme du vieux Tenga. Cette sortie de terrain des membres de la commission d'attribution des parcelles a permis de relever des cas extrêmes de précarité dans le logement de veuves, d'orphelins pour lesquels si rien est fait dans l'immédiat, cela friserait un scandale foncier.

Au regard de la bonne volonté et de la détermination de la commission d'attribution de rendre justice à tous à l'heure actuelle, les populations peuvent garder grand espoir malgré des cas comme celui de ce couple de jeunes travailleurs servant à l'école primaire de Kokologho, à quelques dizaines de kilomètres de Ouagadougou. Le couple s'estime lésé quand le mari, un jeune enseignant vivant là depuis 18 ans avec ses deux jeunes frères, s'est vu qualifié de propriétaire non résidant (PNR). Enseignant à Kokologho depuis 2000, son épouse, elle, enseigne à Manga. L'homme se défend être PNR car c'est avec sa bourse d'étude de 8 000 F CFA qu'il a construit sa maison de fortune alors qu'il était à la recherche d'un tutorat. Il s'est contenté d'un repas par jour alors qu'il n'avait que 18 ans pour bâtir d'abord un « 10 tôles » en 1990 puis un deuxième « 10 tôles » en 1998.

Un autre qui a de la chance, le médecin Obou Cyprien Bassolé, âgé de 44 ans, est déjà attributaire d'une parcelle et semble bien à l'abri sous ses « 45 tôles ». Son épouse, accoucheuse villageoise, réside à Toma mais se réjouit déjà de la bonne nouvelle qu'elle vient d'apprendre de son époux.

Mme Thérèse Rachèle Waongo /Ouédraogo, une enseignante aujourd'hui commise à l'administration pédagogique à Ouagadougou 12, n'a pas eu la même chance que Mme Bassolé, elle a perdu son mari, lequel a commencé le combat à ses côtés pour un toit afin de préserver leur dignité. Elle vit depuis une quinzaine d'années sous un toit de 32 tôles avec ses six enfants.

Après avoir arpenté des heures la zone, il est revenu que beaucoup de personnes installées dans la réserve administrative se verront octroyer des parcelles ailleurs. C'est dans ces circonstances que le maire, Simon Compaoré a, sans crier garre, débarqué à l'insue de l'équipe de la commission d'attribution active sur le terrain. Indubitablement, le maire n'a eu d'autre mobile que de pouvoir mesurer l'ampleur des problèmes à l'aune des réalités physiques et morales pour au moins deux raisons. D'abord, il est personnellement engagé dans la lutte pour un accès équitable au foncier urbain, ensuite, il est soucieux de la transparence de la gestion de l'espace urbain dans sa triple fonction : espace d'habitation, espace de production et espace de conservation. Sur ce, le maire Simon Compaoré a prodigué ses encouragements aux membres de la commission pour la transparence recherchée afin de rassurer les habitants en ce qui concerne leur droit à la ville. Ces derniers ont marqué leur entière adhésion à l'initiative entreprise par les autorités communales.

Les leçons à tirer, après cette sortie de terrain, forcent à croire que les dysfonctionnements naissent surtout du manque d'anticipation, de la non maîtrise de l'information et du manque de planification de la demande sociale en matière d'accès à la terre et au logement. L'urgence et l'impératif de la demande sociale dans un domaine comme celui du logement et de l'immobilier résidentiel doit être considéré comme un droit au sens de la protection de la dignité humaine. Il faut promouvoir une politique de financement en phase avec les us et coutumes du terroir et respectueuse de l'homme.

Aussi, faut-il dès maintenant, mettre en place des mécanismes susceptibles de réduire les risques inhérents à la fraude et à la spéculation foncière. Il s'agit également de réunir les moyens financiers pour accompagner les attributaires démunis dans le sens de la valorisation de leur patrimoine. Cette approche permettrait rapidement de densifier l'espace urbain disponible, viable tout en évitant l'étalement de la ville.

Enfin, il s'agit de contrôler le flux urbain en ce qui concerne la demande sociale à travers un mécanisme d'auto régulation de la demande des autochtones par rapport à celle des allogènes en matière de logements. Ces trois facteurs conjugués à une volonté politique forte endigueraient les risques de dysfonctionnement relevés en ce moment.

AIB - 15 octobre 2008
BAT/SVY


Le Burkina Faso, une terre d'accueil de réfugiés
Par Boureima LANKOA NDE

Le monde connaît des conflits qui conduisent de milliers de gens à se déplacer à la recherche d'une stabilité. Plusieurs pays ont enregistré et enregistrent encore des déplacements parfois massifs de leurs citoyens vers d'autres contrées pour des raisons politiques, la plupart du temps à cause des guerres tribales, des différends politiques, des conflits de tout genre.

Le Burkina Faso, pays plus ou moins stable, constitue une destination sure pour certains d'entre eux qui ont fui la violence et la persécution. L'absence de tracasserie policière fait qu'ils se sentent chez eux, même s'ils souhaitent l'amélioration de la politique d'accueil en leur faveur.

Plusieurs réfugiés de nationalités diverses sont accueillis au Burkina. Venus pour la plupart du continent africain, ceux-ci vénèrent l'hospitalité dont fait preuve le pays hôte et la sécurité qu'ils y sentent. Ils étaient officiellement environ 1 200 les réfugiés de 19 nationalités vivant au Burkina Faso à la date de juin 2008.

Selon le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, ces réfugiés «jouissent des mêmes droits que les nationaux dans les domaines de l'éducation, de l'accès aux services de santé, de l'emploi, de la libre circulation et de l'accessibilité équitable à la justice»  ; conséquemment à une bonne tenue et un comportement responsable et digne de leur part.

Une structure chargée de gérer la question des réfugiés

La Commission nationale pour les réfugiés (CONAREF) se bat depuis sa création en 1988 (au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale) pour assurer la protection juridique et administrative des réfugiés vivant au Burkina Faso et ouvrer à leur épanouissement, leur installation et leur insertion. Elle a également la charge de l'organisation de leur rapatriement s'ils le désirent.

Des centres d'accueil pour réfugiés, dont un récent (de 40 places) a été inauguré à Ouagadougou lors de la 8 e Journée mondiale du réfugié (le 20 juin dernier), sont érigés pour répondre à la question urgente de logement provisoire.

Cette journée, placée sous le thème de la protection, a connu plusieurs manifestations en faveur des enfants qui paient le plus lourd tribut en circonstance de réfugiés ( un jeu concours de dessin et poème pour enfants sur le thème de la Journée , une exposition artistique, un cross pour enfants et des jeux communautaires).

Structure de coordination, de conseil et de suivi des questions relatives aux réfugiés, la CONAREF statue «sur les demandes de reconnaissance en qualité de réfugié au Burkina Faso de toute personne relevant du mandat du haut commissariat pour les réfugiés (HCR) ou répondant aux définitions des conventions de Genève du 28 juillet 1951 et /ou de l'OUA du 10 septembre 1969 sur les réfugiés» .

Elle délivre aux réfugiés, avec la collaboration des institutions compétentes, les documents nécessaires à l'accomplissement des divers actes de vie civile, ou devant permettre l'application des dispositions de la législation interne ou des accords internationaux relatifs à leur protection.

Malgré l'accomplissement de ces missions à l'endroit de ceux qui ont demandé asile au pays des Hommes intègres, ceux-ci disent ne pas avoir, sentir recevoir la protection nécessaire pour leur épanouissement.

«En tant que réfugiés, nous nous sentons marginalisés, oubliés ; à la limite délaissés et abandonnés à nous-mêmes», affirme Armel, le coordonnateur de l'Association des réfugiés au Burkina Faso (ARBF).

Ils souhaitent que les actions menées en leur faveur puissent favoriser leur autonomie afin d'éviter qu'ils demeurent tributaires des aides et secours illimités. Pour ce faire, le HCR et ses partenaires doivent travailler sur la base des objectifs à durée déterminée tendant vers des solutions à long terme.

Les Touaregs maliens

L'intensification en avril dernier des combats entre les forces gouvernementales maliennes et la rébellion du général Ibrahim Ag Bahanga a occasionné la fuite de Touaregs vers l'Algérie, la Mauritanie , la Libye et encore le Burkina Faso. En juin, environ un millier se sont retrouvés ainsi au Burkina pour éviter la tragédie des années 90.

Selon le coordonnateur de la CONAREF à l'époque, M. Der Kogda, 329 Touaregs se sont réfugiés à Ouagadougou où les autorités s'activent à aménager un site d'accueil à Saag Niongo, dans la banlieue nord-ouest de la ville. Près de 600 personnes fuyant les violences entre l'armée malienne et les rebelles touaregs, se trouvent éparpillés dans des camps de fortune dans la province du Soum, dans le nord du pays.

Les autorités se sont déplacées sur les lieux (surtout au stade du 4 Août où étaient accueillis en urgence les Touaregs) en vue de leur témoigner les encouragements du gouvernement.

La Croix-Rouge s'est engagée à appuyer le gouvernement dans l'installation des différents camps qui vont servir à héberger les réfugiés dans le nord du Burkina et dans la région de Ouagadougou. «Nous assistons le gouvernement dans l'hygiène, l'assainissement, et la distribution de couvertures et de nattes», explique le chargé de la préparation et de la réponse humanitaire à la Croix-Rouge , Romain Guigma.

En attendant que le gouvernement burkinabé se prononce sur leur statut (demandeurs d'asile ou réfugiés), ces Touaregs se disent prêts en son temps à rejoindre leur pays, une fois qu'ils sont certains d'y vivre en paix.

«C'est dommage. Nous aimons notre pays, dès qu'il y a la paix, on va y retourner. Mais au Mali, aujourd'hui, il y a la paix, demain la guerre, après demain il y a la paix, le lendemain encore c'est la guerre. Ça fait peur», affirmait Ag Abou.

En tous les cas en plus du centre d'accueil inauguré le 20 juin dernier et le centre communautaire dans la ville de Ouagadougou, une place est aménagée à Pabré à quelques kilomètres de là pour héberger les demandeurs d'asile.

AIB - 08 octobre 2008
BL/SVY


Sénégal-société-histoire
A Dakar, des passants soudain surpris par les voix de Sékou Touré ou Senghor

Par Romaric Hien

Dakar, 1er oct. (AIB) - Sous un arbre de la place de l'Indépendance, en plein centre de Dakar, des passants s'immobilisent, soudain captivés par la voix d'un fantôme : c'est le dictateur guinéen, Sékou Touré, qui leur parle ou bien l'ancien président-poète sénégalais, Léopold Sédar Senghor.

Oumar Dia, Sénégalais de 36 ans, a abandonné il y a trois ans le commerce de sacs en plastique pour faire écouter à tous ceux qui le veulent les discours d'anciens dirigeants africains. A n'importe quel moment de la journée, des personnes de tous âges s'arrêtent près de lui et tendent l'oreille, en plein quartier des affaires de Dakar, à l'endroit où le général Charles de Gaulle prononça en 1958 son historique discours sur la décolonisation.

Du très controversé Sékou Touré qui guidât d'une main de fer la Guinée de 1958 à 1985 au poète-président Senghor (1960 - 1982), M. Dia «diffuse les paroles» de ceux qu'il appelle les «grands hommes anciens» à une vingtaine de mètres du ministère sénégalais des Affaires étrangères.

Des dizaines de cassettes radio sont disposées sur son magnétophone ou soigneusement alignées sur le sol. Interviews, conférences de presse, discours prononcés à des rencontres internationales, les sujets abordés sont variés : Senghor s'exprime sur le coup d'Etat manqué contre lui en 1962, Sékou Touré aborde à Paris ses relations avec la France après avoir dit non à la communauté franco-africaine.

Sénégalais, Guinéens, Béninois ou touristes européens de passage dans la capitale : l'éventail des auditeurs-acheteurs est vaste.

«Il y a beaucoup de gens de toute catégorie qui viennent écouter mes cassettes. Très souvent, ils finissent par en acheter une au moins», confie M. Dia, entouré de quatre curieux, dont un quinquagénaire tenant par le bras une adolescente de 16 ans.

«J'aime bien entendre (le président) Sékou Touré. Tout ce qu'il disait, c'était la vérité, si les pays africains avaient pris leur indépendance, ils auraient appris à mieux se battre sans compter sur les autres», estime Modou Mendy, venu acheter une cassette des discours de l'ancien homme fort de Conakry.

Dansa Keita, Guinéen de 58 ans, juge aussi «instructif» ces discours anciens, mais il préfère les paroles du chantre de la négritude, Senghor -«un grand visionnaire» selon lui- aux textes du dictateur guinéen.

«A la différence des dirigeants corrompus que nous avons aujourd'hui, ces gens là, au moins, aimaient leur pays. C'est pour ça que j'achète les cassettes afin que les jeunes puissent apprendre d'eux», dit-il.

«Cela fait deux ans, que je viens ici écouter ces discours sur la renaissance africaine. Plus de quarante ans après, ils sont toujours d'actualité», témoigne Malick Diop, 35 ans, superviseur de réseau dans la société publique de transport de Dakar.

Trois cassettes dédiées à Sékou Touré, quatre à Senghor et 42 prêches islamiques constituent «les marchandises» de M. Dia.

Entre 40 et 100 cassettes sont ainsi vendues chaque jour, au prix de 800 (1,2 euro) à 1.000 francs CFA (1,5 euro) l'unité. Des revenus suffisants pour prendre en charge les deux épouses et les quatre enfants de M. Dia.

Cet homme, qui souligne n'avoir pas franchi le cap du cours élémentaire, voudrait à présent acquérir des discours de l'ancien président ivoirien Houphouët Boigny (1960-1994) et de Thomas Sankara, ex président du Faso sous le Conseil national de la révolution (1984-1987).

RH-SVY


Burkina-Education-Travail des enfants
Collégiens, ils font du petit commerce pour supporter leur scolarité

Par Moustapha SYLLA

Ouagadougou, 24 sept. (AIB) - Revendeurs de cartes téléphoniques au rond-point de la Patte-d 'Oie, au sud de Ouagadougou, Ali et Florent sont en réalité des collégiens en classe de 4e . Issus de familles pauvres, ils entendent mettre à profit les deux mois et demi de vacances scolaires «pour se faire un peu de sous» et prendre en charge leur scolarité à la rentrée prochaine.

Ali et Florent ont déjà réalisé des économies non négligeables grâce à leur activité. Pour eux, revendre des cartes est la manière la plus simple et honnête de se faire de l'argent, car les ristournes sont déterminées d'avance et sont les mêmes pour tous les revendeurs. Ainsi, sur une carte de cinq mille francs CFA vendue, la ristourne varie de deux cent cinquante à trois cent francs CFA, selon l'opérateur de téléphonie mobile tandis qu'une carte de mille francs CFA rapporte au revendeur un peu moins de soixante quinze francs CFA.

«Ce que j'ai déjà eu comme argent me permet d'acheter moi-même mes fournitures à la rentrée», assure Florent, qui compte s'acheter aussi quelques vêtements, si les recettes sont bonnes.

Sachets noirs dans la main gauche, un panier rempli de bonbons et de mouchoirs sous l'épaule droite, Pascal, un garçonnet de 12 ans déambule parmi de nombreux clients qui se bousculent au portion d'une boutique de la place, un magasin de ventes de divers articles à prix modique en plein centre de Ouagadougou.

«Je passe en classe de 5e l'année prochaine (la rentrée scolaire 2008-2009), mais comme je suis orphelin de père et que ma maman n'a pas assez de moyens, je fais le commerce pour pouvoir payer mes fournitures à la rentrée», confie-t-il.

En fait, Pascal s'approvisionne tous les jours chez un grand commerçant et en fonction de ce qu'il arrive à écouler sur le marché, ses ristournes augmentent ou diminuent.

Son point de vente préféré est la rue du grand marché, généralement fréquentée par de bonnes dames et de nombreuses jeunes filles qui viennent là acquérir leurs fringues pour leurs soirées et autres grandes manifestations. Pascal guette ces clientes qui s'achètent souvent des marchandises diverses comme les vêtements de seconde main, les chaussures et même les fournitures scolaires pour lesquelles il est devenu momentanément commerçant. Selon le jeune garçon, c'est surtout les sachets qu'il écoule plus aisément car beaucoup de gens en ont besoin pour emballer leurs achats.

Ses revenus journaliers, Pascal en parle avec fierté : «Selon ce que je vends, mon patron me donne deux cents francs CFA par jour. J'ai déjà mis de côté près de sept mille francs CFA, en un mois de travail. Avant la rentrée, je pourrai peut-être doubler cette somme et aider ma mère à faire face aux dépenses liées à ma scolarité», espère-t-il. Comme beaucoup de ses camarades de classes, Pascal aimerait aussi voyager pendant ses vacances mais lui est un enfant de famille pauvre.

Comme Pascal, Ali et Florent, ils sont nombreux, les élèves qui s'adonnent à une telle activité dans la capitale burkinabè.

Un travail pas totalement interdit

L'activité que mènent ces trois jeunes garçons peut-elle être qualifiée de travail des enfants ?

Au ministère du Travail et de la Sécurité sociale, même si on reconnaît l'existence de «travaux légers», qui ne gênent pas la scolarisation des enfants et ne nuisent pas à leur santé, on ne condamne pas moins cette pratique.

Directeur de la lutte contre le travail des enfants, Romain Kobanka estime que l'âge minimum indispensable pour soumettre un enfant à ce genre d'activité est de seize ans, une limitation qui pourrait être ramenée à douze ans. Outre l'autorisation parentale, la durée de travail d'un enfant ne doit pas excéder quatre heures et demi par jour. Enfin, il doit se pratiquer dans des zones non dangereuses, c'est-à-dire là où il n' y a point de grande circulation, de bandits, etc.

«Si toutes ces conditions sont réunies, les élèves peuvent tranquillement mener leurs activités», conclut ce cadre chargé de la lutte contre le travail des enfants.

AIB - 24 septembre 2008
MS/RH/SVY


Burkina-Agriculture
L'évolution de la campagne agricole 2008

Par Philippe Kayodé Akangbé

Ouagadougou, 18 Sept. (AIB) - La hausse des prix des matières premières sur le marché international, liée surtout à la flambée des prix du pétrole, a affecté le Burkina en alimentant le mécontentement et en provoquant aux mois de février et mars de l'année 2008 des émeutes contre « la vie chère » dans quelques grandes villes.

En 2007, d'autres perturbations ont provoqué une diminution des revenus et mis gravement en péril la sécurité alimentaire dans le pays. Ces perturbations étaient dues à une saison des pluies de courte durée, qui a entraîné une faible production agricole, mais aussi à de graves inondations qui ont ravagé plus de 40 000 hectares de cultures dans 20 provinces et qui ont aggravé les pertes agricoles et compromis la situation nutritionnelle et sanitaire de plus de 100 000 personnes et plus particulièrement des enfants, selon la Banque mondiale.

Pour remédier à cette crise alimentaire qui a déstabilisé l'ordre social, le gouvernement burkinabé, en collaboration avec la Banque mondiale a rapidement engagé des actions en vue d'évaluer l'ampleur et l'impact des perturbations et d'aider le pays à surmonter la crise.

De février à mai, un programme d'urgence a été mis en place afin d'aider à atténuer immédiatement les graves effets de ces perturbations.

Pour le lancement de la campagne agricole 2008, le programme d'urgence a aidé à distribuer 3 500 tonnes de semences améliorées de mil, de sorgho, de maïs, de haricot et de riz à 140 000 ménages dans 302 communautés rurales du pays.. Ce soutien, évalué à 5 millions de dollars , a été consenti grâce à la restructuration du Projet à base communautaire de développement rural. Le gouvernement a apporté son aide aux agriculteurs en leur distribuant 10 000 tonnes d'engrais (7 000 tonnes de NPK et 3 000 tonnes d'urée). 

Selon le directeur de la production des filières végétales, M. Y. Etienne Kaboré, l'objectif premier de l'Etat en cette campagne agricole 2008-2009 est de doubler la production de riz, aliment le plus consommé des populations urbaines. Ainsi, de 123 000 tonnes de riz en 2007-2008, le gouvernement burkinabé espère avoir une quantité de 247 700 tonnes pour cette campagne 2008-2009.

Après cette étape de distribution de semences et d'engrais, octroyés par l'Etat, la Banque mondiale et d'autres partenaires au développement tels la FAO , le PAM., le Premier ministre, Tertius Zongo, accompagné du ministre de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques a entrepris pendant le mois août, une tournée d'appui conseil dans les régions agricoles du pays.

Il s'est agi pour le chef du gouvernement et sa délégation de prendre la mesure de la physionomie d'ensemble de la campagne et d'autre part, de traduire aux producteurs du monde rural les encouragements du gouvernement à produire plus, dans ce contexte de crise alimentaire générale. Le Premier ministre s'est naturellement entretenu avec les producteurs qui ont, à l'occasion, fait part de leurs préoccupations : il s'agit, entre autres, de l'aménagement des plaines pour plus de surfaces cultivables et la commercialisation de la production.

A l'action du gouvernement et des partenaires au développement, s'est jointe la nature pour une réussite de la campagne agricole 2008-2009. Le bulletin décadaire de la direction de la production des filières végétales sur la campagne agricole 2008-2009, faisant la situation au 31 août dernier, indique que la 3ème décade du mois d'août a été bien arrosée dans l'ensemble du pays. Les hauteurs d'eaux décadaires enregistrées sont importantes et bien reparties dans l'espace et le temps.

La hauteur d'eau maximale a été enregistrée à Pouni dans le Centre-Ouest avec 235,5mm en 10 jours et la plus faible à Tanghin Dassouri, dans le Centre avec 40mm . Comparativement à la campagne précédente, le cumul pluviométrique du 1 er avril au 31 août 2008 est normal ou excédentaire dans la majeure partie du pays.

Les zones déficitaires se situent dans les Cascades, le Centre Est, le Nord, la Boucle du Mouhoun, le Centre Sud, les Hauts Bassins, le Sud Ouest et le Sahel. Selon le même bulletin, l'état des cultures dans la région agricole de la  Boucle du Mouhoun présente néanmoins un bon aspect végétatif. On observe la montaison pour le sorgho, le mil, le riz, l'épiaison pour le maïs et la floraison pour le niébé, l'arachide et le cotonnier. Les opérations culturales en cours sont le buttage et les traitements spécifiques du cotonnier et du niébé. La situation phytosanitaire est calme.

Dans la région du Centre Est, l'aspect végétatif est aussi satisfaisant. Les stades observés sont la montaison pour le sorgho, le riz, la floraison pour le niébé, le soja, le sésame, le cotonnier et un début de maturité pour le mil, l'arachide et le maïs. Les opérations culturales sont le buttage et un début de récolte pour le mil, le maïs et l'arachide. La situation phytosanitaire est aussi calme, pour ne citer que ces deux régions sur les 13 régions du Burkina qui sont aussi à des stades évolutifs.

Cependant, on note des attaques dans deux régions. Le premier cas se situe dans la région agricole du Centre-Nord où on note des attaques de cantharides, de borers et de coeur mort sur le riz pluvial à Tougouri. Les superficies attaquées sont estimées à 9 ha à Taffogo, 5 ha à Komatou et 2 ha à Watinonma. Le second cas se situe dans la région agricole de l'Est où on note des attaques localisées de mildiou dans la province de la Kompienga , dont la superficie est estimée à 200 ha . Il faut aussi noter que dans la région agricole du Sahel, on note la pullulation d'oiseaux granivores.

En attendant la prévision céréalière de la campagne 2008-2009, rappelons que la campagne agricole 2007- 2008 a produit une quantité de 123 000 tonnes de riz pour un besoin national de 259 662 tonnes. La volonté du gouvernement de doubler la production du riz à la présente campagne répond sans doute à la nécessité de juguler la crise alimentaire.

AIB-18 Septembre 2008
PKA/SVY


Burkina-Tchad-Intégration
Un demi millier d'élèves et d'étudiants tchadiens à Ouagadougou : Ils se disent fiers de leur pays d'accueil
Par Arnaud Nangyo

Ouagadougou, 10 sept. (AIB) - Toussaint Ba-Mbe Walgaye, enseignant d'histoire et de géographie au collège Gabriel Taborin à Ouagadougou est arrivé au Burkina en 1997. Président de l'Association des étudiants tchadiens de 1999-2000, il a recensé 146 étudiants tchadiens cette année-là. Selon le coordonnateur du bureau des étudiants tchadiens, Beleya Bolongar, le nombre de Tchadiens en quête de savoir et de compétence au Burkina a quasiment triplé entre 2005 et 2007 pour atteindre 500 élèves et étudiants, inscrits dans des universités publiques et privées ainsi que dans de grandes écoles professionnelles.

On les trouve surtout à l'Université de Ouagadougou (UO), à Université libre du Burkina (ULB), à l'Université catholique Saint Thomas d'Acquin (USTA), à l' l'Institut supérieur d'informatique et de gestion (ISIG), à l'Ecole nationale des régies financières (ENAREF), ou encore à l'Institut africaine de professionnalisation en management (IAPM) et à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature (ENAM) etc. Outre le droit, la médecine, la comptabilité et les finances, la sociologie, la communication ou le management attirent les Tchadiens dans ces écoles, instituts et universités.

La présence des étudiants tchadiens au Burkina Faso ne date pas d'aujourd'hui. Dans les années 80, des dizaines d'étudiants tchadiens fuyant la guerre civile qui sévissait encore dans ce pays d'Afrique centrale ont bénéficié d'inscription à l'Université de Ouagadougou. Mais de nombreux séminaristes tchadiens ont été inscrits au grand séminaire de Koumi parce que l'Eglise chrétienne n'avait pas pu ouvrir une grande école, dans un pays où plus de 42% de personnes se réclament de l'islam. Il a fallu attendre 1985 pour que le diocèse de N'Djamena ouvre le premier grand séminaire à Bakara.

Leur intégration se fait facilement parce que «entre le Tchad et le Burkina, il n' y a pas une différence dans la façon de vivre ; il n'y a pas de différence de culture vraiment», commente Beleya Bolongar . Certains étudiants finissent même par y rester à la fin de leurs études. C'est le cas de Toussaint Ba-Mbe Walgaye qui, à la fin de ses études en histoire et archéologie en 1997, a obtenu facilement  sa maîtrise et recruté comme professeur d'histoire et géographie dans un lycée privé, le collège Gabriel Taborin. D'autres encore comme Ngone Djingamlemgoto y travaillent depuis les années 80.

Pour ces étudiants tchadiens tombés amoureux du pays de Blaise Compaoré, c'est d'abord l'hospitalité qui est la raison fondamentale de leur choix. Vient ensuite la qualité de l'enseignement à l'Université de Ouagadougou car cette dernière est plus stable que celle de N'Djamena qui a traversé beaucoup de troubles. «Venir au Burkina, c'est suivre un cursus universitaire normal et aussi avoir un diplôme de renommé international», note M. Beleya. Cet étudiant en 4 e année de sociologie à l'Université de Ouagadougou estime que «la culture de l'intégrité fait qu'au Burkina, les diplômes sont primés sur le plan international». Certes, les raisons qui poussent les étudiants tchadiens à venir au Burkina ne sont pas partout les mêmes.

La guerre, le système éducatif défaillant ces dernières années et les grèves perlées ont drainé beaucoup de Tchadiens vers «le Pays des hommes intègres». La corruption dans les établissements publics est également la cause de l'exode des étudiants tchadiens. Mais les conditions d'études meilleures recherchées ne sont pas toujours au rendez-vous. La pléthore des effectifs à l'Université de Ouagadougou est un problème majeur pour des étudiants tchadiens qui espéraient mieux. Le système d'évaluation, différent à certains égards de celui du Tchad, ne satisfait pas non plus ces étudiants. «Le par cour» ou «Boileau» est craint par nombre d'entre eux.

Les parents restés au Tchad se saignent pour offrir des études meilleures à leurs enfants. Dans ce lot, certains arrivent quand même à s'en sortir avec des bourses d'études offertes par l'Etat. Mais le nombre est tellement infime qu'on ne les rencontre que dans les grandes écoles où la formation est plutôt professionnalisante comme à l'ENAREF, l'ENAM ou encore à l'Ecole des douanes. Quant à leur hébergement, les étudiants tchadiens restent solidaires. Certains s'associent pour louer des dortoirs dans les quartiers de Ouagadougou, charge aux parents de supporter les frais de location. Les bourses moyennes élisent des studios. Bien intégrés, on les retrouve partout dans presque tous les quartiers de la capitale burkinabé : Zogona, Paspanga, Wemtenga, Saaba et Tanghin etc.

Malgré les différences d'origine, les étudiants tchadiens ont mis en place en 2002 un regroupement, l'Association des étudiants stagiaires et élèves tchadiens au Burkina Faso (AESET/BF) qui leur sert de trait d'union. «L'objectif d'une telle initiative est de réunir les étudiants tchadiens dans un cadre d'échange et de partage et leur permettre d'intégrer sans peine la communauté de leur pays hôte», indique son coordonnateur, Beleya Bolongor.

Déplorant les querelles internes dans leur pays d'origine, Dénéyam Sandra, étudiante en première année de finances-comptabilité à l'Institut supérieur d'informatique et de gestion (ISIG) estime que les étudiants tchadiens au Burkina ont cassé les frontières sociales, ethniques ou même politiques et idéologiques pour parler de leurs intérêts communs et de l'avenir de leur patrie . «Il n' y a pas de frontière entre nous car ici, pas de climat Nord-Sud ou chrétiens-musulmans. Nous menons des activités récréatives et pensons au devenir de notre pays» . Oumar Mahamat Adoum, étudiant en troisième année de mathématiques à l' Université de Ouagadougou soutient lui aussi que « c'est sans distinction aucune que nous vivons ici au Burkina» .

Franklin Kobobé Sobdjibé, en année de maîtrise à l'ULB souhaite pour sa part que les autorités tchadiennes rétablissent l'ordre dans le pays pour limiter les dépenses dues à l'envoi massif des étudiants en dehors du Tchad.

AIB - 10 septembre 2008
AN/AMK/SVY


Feature-Energie
La maîtrise de l'énergie pour revoir en baisse la consommation de l'électricité dans l'administration .

Par Moumini Yaméogo

Ouagadougou, 3 sept 2008 (AIB) - Face à la hausse des prix des hydrocarbures et au manque de potentialités énergétiques exploitables, le Burkina Faso veut « maîtriser » la consommation d'électricité dans ses bâtiments publics. L'administration publique est en effet un gros consommateur d'électricité. Déjà, en 1998, une étude révélait des sources d'augmentation de facture d'électricité dans les bâtiments publics liées à des branchements fictifs, aux mauvais facteurs de puissance des installations électriques et à des dépassements répétés des puissances souscrites.

Ces mauvais facteurs, en plus du comportement non rationnel de certains agents de l'administration alourdissent la facture énergétique de l'Etat.

Les « anomalies » ont pesé en 1998 pour plus de 59 millions de FCFA sur la facture de l'Etat. Les sources de consommation de l'électricité dans les bâtiments publics sont essentiellement liées à la climatisation (60 à 75%), à l'éclairage (10 à 20%) et aux comportements des usagers.

De la nécessité de réduire la consommation d'électricité

Le secteur énergétique occupe une place importante dans la politique du développement mais le coût élevé des matières premières énergétiques entraîne une augmentation du prix du Kwh. Cet état de fait affecte négativement la compétitivité de l'économie, freine la participation du secteur privé et devient un fardeau de plus en plus lourd pour le trésor public. En 2005, l'Etat burkinabé a importé pour 123,5 milliards de F CFA de produits énergétiques.

Cet effort du Burkina Faso, qui a connu une évolution de 25 milliards en 2006 ne représente que le 1/20e de la production énergétique nationale. Cette augmentation soutenue des dépenses liées à l'énergie a amené l'Etat à revoir son effort. Ainsi en 2006, par arrêté N° 2006-153/MFB/CAB, le gouvernement burkinabé plafonnait la subvention accordée à la Société nationale d'électricité du Burkina (SONABEL) à 15 milliards de F CFA. Selon le coordonnateur de la cellule de gestion de l'énergie, Désiré R. Compaoré, « les dépenses liées à la consommation d'électricité publique ne font que s'accroître au taux moyen de 13 à 16% par an ».

En plus de ces impératifs qui doivent susciter des comportements rationnels et judicieux, il y a le fait que la consommation mondiale, qui a augmenté de 75% au cours des 30 dernières années, provoque l'épuisement des énergies fossiles. La réduction de la consommation de l'énergie participe également à la lutte contre la pollution. Le Burkina Faso a signé la convention des Nations unies sur les changements climatiques en 1993 et le protocole de Kyoto en mars 2005. La signature de ces traités enjoint notre pays à revoir à la baisse sa consommation énergétique, qui est aussi une source de pollution atmosphérique.

La maîtrise de la consommation d'énergie v a aussi permettre à notre pays de récupérer une petite marge d'autonomie vis-à-vis des pays producteurs, en attendant l'exploitation à grande échelle de l'énergie solaire.

Le programme de maîtrise de l'énergie

Selon le secrétaire général du ministère des Mines, des Carrières et de l'Energie, M. Ouandé Sylvain Domboué, « le gouvernement a décidé de mettre en place un programme de maîtrise de l'énergie (MDE), d'abord dans l'administration pour assurer une meilleure gestion de ses abonnements d'électricité et une amélioration de la qualité de la consommation et ensuite, dans les autres secteurs de l'activité économique et sociale. »

Le MDE est l'une des composantes du projet de développement du secteur de l'électricité (PDSE) signé le 20 décembre 2004 entre le Burkina Faso et la Banque mondiale. Le MDE est chargée de la gestion de la demande d'électricité de l'administration publique. Piloté par une cellule de gestion de l'énergie (CGE), le MDE se propose de réduire la consommation d'électricité par l'information et la sensibilisation.

L'objectif principal de la CGE est de « promouvoir l'utilisation rationnelle et judicieuse de l'électricité dans les bâtiments de l'administration et de réduire à court terme la facture énergétique de l'Etat », a expliqué le coordonnateur de la cellule, M. Désiré Compaoré. Pour y arriver, la cellule a procédé à la formation des professionnels des médias car, selon le secrétaire général du ministère des Mines, des Carrières et de l'Energie, « la sensibilisation par des professionnels à travers des mots justes reste un axe majeur de la politique de réduction des dépenses énergétiques de l'administration». A ce titre, la cellule a élaboré un plan de communication pour « une meilleure sensibilisation des agents de l'administration ». Toujours au titre des actions de sensibilisation, la cellule va former ce qu'elle a appelé des « correspondants énergies ». Ces correspondants, qui seront dans les différents ministères vont servir d'interlocuteurs relais de la cellule à travers des actions de sensibilisation.

Ils vont également veiller à la mise en ouvre des recommandations de la cellule. Dans la phase pratique du programme MDE, la CGE va procéder dans les 5 ans à l'installation dans les bâtiments publics de 30.000 lampes économiques et 1250 climatiseurs et à l'entretien d'un parc de 2250 climatiseurs.

Selon les estimations de la CGE , le programme va permettre une économie d'énergie électrique de l'ordre de 20 à 40% et la correction des anomalies, l'adaptation de la puissance des branchements aux besoins réels et les changements de comportements vont permettre de dégager un potentiel d'économie nette de 509 millions de FCFA, soit 16% des abonnements.

Mais le MDE ne saura atteindre ses objectifs sans une participation de la population, c'est pourquoi le coordinateur de la CGE en appelle à une « utilisation rationnelle de l'énergie ».

AIB - 03 septembre 2008
MY/SVY


Burkina-Kourittenga-Campagne agricole 2008-2009
De bonnes perspectives à l'horizon dans le Kourittenga

Par Onésime Aké Loba Lankoandé

Koupéla, 18 Août (AIB) - La campagne agricole 2008-2009 au Kourittenga est bonne. C'est ce qui ressort de l'entretien que l'AIB a eu avec le directeur provincial de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques du Kourittenga, M. Alphonse Lompo.

La province du Kourittenga a enregistré ses premières pluies en mi juin. Depuis, elle n'a pas connu de période de sécheresse. Les barrages et autres retenues d'eau débordent. Certes, les cinq postes pluviométriques de la province ne sont pas tous excédentaires. Mais la répartition est meilleure par rapport à l'année écoulée, selon le directeur provincial de l'Agriculture (DPA), M Alphonse Lompo.

A la date du 1 er août, le poste de Koupéla totalise un cumul annuel de 449,8mm en 21 jours de pluies contre 544,2mm en 22 jours l'année dernière, soit un écart négatif de moins 94,4mm moins un jour. Par contre, le poste de Dialgaye (à l'ouest de Koupéla) est excédentaire avec un cumul annuel de 566mm de pluie contre 451,4mm la saison écoulée, soit un écart positif de 114,6mm.

Les trois autres postes pluviométriques donnent à peu près le même tableau synoptique des pluies. Quant aux opérations culturales, la province est en avance et serait parmi les meilleures au plan national, a indiqué le directeur provincial.

Les producteurs sont au sarclage et buttage pour le mil, le sorgho et le maïs. Pour les plaines, le riz est au repiquage. Dans certains endroits, l'arachide est à la floraison tandis que chez d'autres, on est toujours aux semis. Compte tenu de la situation alimentaire difficile de l'année écoulée, les paysans ont beaucoup plus misé sur les spéculations céréalières.

Selon le DPA, les producteurs ont montré de l'engouement à l'endroit de la politique du gouvernement sur les semences améliorées. Grâce à l'Etat et à bien d'autres partenaires, les producteurs du Kourittenga se sont bien approvisionnés en semences améliorées, a affirmé le DPA. Le Kourittenga a ainsi reçu de l'Etat 600 tonnes de semences améliorées de riz, 66,5 tonnes en maïs et 14 tonnes en sorgho.

De la FAO , les producteurs ont reçu 27 tonnes de semences de sorgho et 27 tonnes en maïs. Une mission d'évaluation de la FAO a d'ailleurs séjourné le jeudi 31 juillet 2008 dans la province. Au plan sanitaire, tout semble calme. Aucune attaque significative n'a encore été enregistrée. Cependant, la situation alimentaire, elle, reste préoccupante, notent les techniciens de l'agriculture. Sur la plupart des marchés, les céréales commencent à manquer.

Aux marchés de Koupéla et Pouytenga, où l'on en trouve, le sac de 100Kg se négocie à 22 000FCFA, soit 550 francs l'assiettée. A entendre le directeur provincial, n'eût été l'appui du gouvernement à travers les vivres à prix social, la période de soudure serait intenable au Kourittenga pour les producteurs.

Cependant, l'espoir est permis pour les populations. «  Si les pluies se poursuivent jusqu'en fin septembre, il n'y a pas de raison que la province ne fasse pas de bonnes récoltes  », a conclu le directeur provincial de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques.

OAL/MS


Société-Mutilations génitales féminines

Le Burkina traque le mal jusqu'à ses frontières

Par Mamina Sam

Ouagadougou, 06 Août (AIB) - Les mutilations génitales féminines (MGF) sont fréquentes au Burkina. Elles font partie des us et coutumes de certains groupes ethniques ou religieux du pays. De dizaines de filles meurent chaque année du fait de ces pratiques néfastes dont le gouvernement burkinabè tentent de mettre fin.

D'après les sociologues, l'excision était autrefois une pratique de groupe accompagnée de rites initiatiques entrant dans un processus de socialisation de la fille. Aujourd'hui, la pratique continue, mais elle est devenue une affaire familiale dans laquelle les parents décident de faire exciser leur fille. Beaucoup de rites initiatiques ont vécu, phagocytés par le modernisme. Quant aux MGF, elles tiennent le coup, elles résistent au temps. L'acte d'exciser se poursuit de manière isolée avec ses multiples conséquences qui ont pour nom hémorragie, choc, incontinence d'urine, maladies transmissibles et souvent la mort. La forme des MGF pratiquée au Burkina consiste à l'ablation du clitoris et des petites lèvres.

Les confessions religieuses, surtout musulmane et les animistes sont les groupes sociaux où le phénomène n'a jamais régressé. Jusque-là, c'est une opération pratiquée par des exciseuses traditionnelles, généralement des femmes très âgées et analphabètes se servant d'un couteau, d'une lame de rasoir non stérilisés ou tout autre objet tranchant. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les mutilations génitales féminines incluent toute procédure qui consiste à l'enlèvement partiel ou total des organes génitaux externes féminins et/ou l'endommagement de ceux-ci pour des raisons culturelles ou autres raisons non thérapeutiques.

Une enquête démographique et de santé (EDS) réalisée en 2003 au Burkina indique que 77 % des femmes burkinabé de 15 à 49 ans étaient excisées. Ce taux variant d'une province à une autre.

De l'historique de la lutte contre les MGF au Burkina, on retiendra qu'elle remonte au temps colonial avec l'arrivée des pères blancs de l'Eglise catholique. En plus de la sensibilisation pour l'abandon de l'excision, l'Eglise menaçait d'excommunier leurs fidèles qui pratiqueraient l'excision. Cette action s'avéra malheureusement limitée car les filles non excisées ne trouvaient plus maris et devaient par conséquent se faire exciser avant de se marier.

A la faveur des indépendances, des voix se sont petit à petit élevées notamment à travers les associations, les institutions, les ONG internationales et régionales pour dénoncer ces pratiques considérées désormais comme une atteinte aux droits, à la santé et à l'intégrité physique et mentale de la femme. Prenant en compte ces questions préoccupantes qui constituent une violation des droits humains, le Burkina Faso a mis en place un comité de lutte contre l'excision en 1990 et adopté en 1996 une loi réprimant les MGF par des peines d'amendes et d'emprisonnement.

Un secrétariat permanent de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE) est même créé en mai 1997 et placé sous la tutelle administrative du ministère de l'Action sociale et de la Solidarité nationale qui regroupe des représentants des ministères, des associations, des ONG, des mouvements de jeunesse, de défense des droits de l'Homme, des religieux, des coutumiers et traditionnels. Les membres bénéficient régulièrement de formation et de mise à niveau dans la lutte contre l'excision.

Côté engagement politique, l'épouse du chef de l'Etat, Chantal Compaoré est la présidente d'honneur du CNLPE. Elle est par ailleurs la marraine des comités nationaux des pays de la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine, 8 pays) et c'est à ce titre qu'elle prévoit tenir une rencontre des premières Dames d'ici la fin de 2008 à Ouagadougou. L'objectif est d'arriver à bout de la pratique de l'excision. «La pratique a pris d'autres formes depuis la mise en ouvre des textes réprimant l'excision.

Elle se pratique de façon clandestine et de plus en plus, sur des petites filles sinon des bébés», indique la secrétaire permanente du CNLPE, Aïna Ouédraogo. Les exciseuses, avec la complicité de parents traversent les frontières pour faire exciser les fillettes d'où la nécessité de développer une stratégie de lutte transfrontalière et la rencontre des premières Dames entre dans le cadre de cette stratégie, ajoute la secrétaire permanente du CNLPE. D'autres part, si l'application de la loi réprimant la pratique de l'excision est effective au Burkina, cela n'est pas toujours le cas dans certains pays frontaliers. D'où la nécessité que ces pays aient le même niveau de normes et dispositions juridiques et la rencontre de Ouagadougou vise à sensibiliser les Etats pour harmonisation des textes répressifs en la matière.

D'autres partenaires comme l'UNIFEM, présente à Ouagadougou depuis six mois ainsi que le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) s'impliquent de plus en plus pour accompagner cette nouvelle stratégie en gestation. Des études sont en cours dans les zones frontalières du Burkina afin de faire un diagnostic de cette pratique pour mener des actions de sensibilisation et de plaidoyer en direction des leaders d'opinion de ces zones. Il s'agira ensuite de présenter les recommandations de cette étude évaluative à la rencontre des premières Dames afin que chacune, à son niveau, s'engage à impliquer davantage son pays vers l'objectif de la «Tolérance zéro» pour l'excision.

MS-RH/SVY


Infrastructures sanitaires dans les provinces 
Le laboratoire d'analyses médicales et la pharmacie des sours de Baantenga ferment leurs portes : Une perte pour le Kourrittenga
Par Onésime Aké Loba Lankoandé

Koupèla, 30 juil (AIB) - Après une douzaine d'années de prestations de services médicaux en faveur des populations, le laboratoire d'analyses médicales et la pharmacie des sours franciscaines de Baantenga, localité située à quelque 3 Km au sud-est de Koupéla ont mis la clé sous le paillasson. Depuis le 1 er juillet 2008, la congrégation a décidé de leur fermeture, pour dit-on, des raisons économiques. Désormais, pour tout examen médical demandant une culture, le patient devra se déplacer hors de la province.

La nouvelle aura surpris plus d'un au Kourittenga, au point de susciter des interrogations : «  Pourquoi ferme-t-on ce laboratoire qui était pourtant une référence dans la province, voire dans la région ?  », entend-on par-ci par-là. C'est en 1996 que le ministère de la Santé avait autorisé la congrégation des sours franciscaines l'ouverture d'une pharmacie et d'un laboratoire d'analyses médicales à Baantenga.

Dès son ouverture, grâce à la qualité du service, la fiabilité des résultats des examens médicaux, le laboratoire de Baantenga n'a pas mis du temps pour se faire une réputation. A Baantenga, le malade ou client pouvait réaliser tous les examens de parasitologie, en passant par la bactériologie, l'hématologie, l'immunologie et la biochimie à des coûts abordables allant de 500 F à 5000 F CFA..

Autre fait notable, dans la région, le laboratoire de Baantenga était le seul à disposer d'un appareil de bactériologie de pointe. Dans la province, Baantenga seul offrait l'examen de culture bactériologique. Selon les témoignages des ex-laborantins, les patients venaient de tous les horizons, Zorgho, Boulsa, Gnagna, Fada N'Gourma etc.

C'est dire qu'avec cette fermeture, pour les examens médicaux demandant une culture, les patients sont obligés désormais de se déplacer à Ouagadougou ou ailleurs pour en bénéficier. Pendant les douze ans, la pharmacie des sours de Baantenga avait également été un endroit de recours pour plusieurs patients en difficulté pour bénéficier de médicaments, soit gratuitement, soit à un prix social.

En plus de ces services sociaux, le laboratoire employait deux laborantins. Ces derniers ont été remerciés. Désire Balima et Romuald Ouédraogo sont aujourd'hui au chômage. Avec cette vie chère, perdre son boulot, c'est perdre un peu de sa vie, laisse entendre Romuald Ouédraogo. Depuis qu'ils ont reçu leur lettre de licenciement, ce sont des interrogations.

Le laboratoire de Baantenga était une référence.

Avec les droits que l'on leur a versé de l'ordre 450 000 francs, chacun tente d'explorer toutes les alternatives. Désiré par exemple n'exclut pas de devenir enseignant en s'inscrivant dans les écoles nationales des enseignants du primaire (ENEP). «  J'aurais mieux fait de m'inscrire à l'Ecole nationale de la santé publique (ENSP) mais là-bas, j'aurai eu moins de chance d'être engagé par l'Etat  », explique-t-il. Romuald n'est pas mieux loti. Son licenciement l'a trouvé alors qu'il lui restait cinq mois de coupure pour un prêt à la caisse. «  Avec le peu que l'on m'a versé, j'ai tout suite épongé les cinq mois du prêt  », dit-il. Tous les deux regrettent le fait que la commune, voire la province va perdre cette unité sanitaire. «  Si j'avais de l'argent, j'allais récupérer l'appareil de bactériologie », lâche Désiré.

Mais qu'est-ce qui est à l'origine de la fermeture du laboratoire et de la pharmacie ? «Des raisons économiques  », lit-on sur l'affiche collée au portail hermétiquement clos du laboratoire. La responsable de la communauté des sours de Baantenga, sour Jeanne Boldja, nous a relaté les raisons qui ont conduit à la fermeture du laboratoire et de la pharmacie. Selon elle, depuis son arrivée en 2005, elle a constaté qu'au fil du temps, les recettes du labo et les ventes de la pharmacie ne faisaient que régresser.

Mais cette situation était prévisible, soutient-elle. En effet, à ses dires, quand le laboratoire et la pharmacie démarraient leurs activités en 1996, Koupéla ne disposait pas d'officine mais seulement de dépôts pharmaceutiques. Par ailleurs, il n' y avait pas beaucoup de laboratoires d'analyses médicales. Aujourd'hui, la commune dispose d'une officine pharmaceutique. Dans la ville, en plus des laboratoires des CMA de Koupéla et de Pouytenga, le centre médical Saint Camille de Koupéla a ouvert son laboratoire.

Des cliniques privées ont également ouvert les leurs. Conséquence, Baantenga étant à l'écart de la ville (3km), ne reçoit plus assez de patients, affirme la responsable de la congrégation de Baantenga. C'est ainsi qu'au fur et à mesure, les ventes de la pharmacie et les recettes du laboratoire ont chuté.

Or, les charges (salaires) mensuelles, sont évaluées entre 250 000 F et à 300 000 F CFA. «  A ces dépenses s'ajoutent la maintenance et l'achat des appareils et le renouvellement des réactifs. L'on n'était plus en mesure de supporter  », explique-t-elle. Mais les deux ex-employés, qui ont travaillé pendant neuf ans au laboratoire, ne partagent pas totalement cette version. Certes, il y a des raisons économiques, reconnaissent-ils, mais pour eux, si le laboratoire et la pharmacie se sont retrouvés dans une telle situation, il y a bien des causes profondes qui ont pour noms  « incompétence et mauvaise gestion  ».

La fermeture aurait pu être évitée.

A entendre les deux ex-laborantins, depuis l'arrivée de la sour Jeanne Boldja, une certaine opacité a entouré la gestion. « Quand la Blanche était là, à la fin de chaque année, il n'y avait aucun bilan financier et moral   et nous faisions des suggestions. Depuis l'arrivée de sour Jeanne (une Togolaise), on ne sait plus combien rentre, combien sort. Il n'y a plus de concertations entre nous et eux.

Chacun se contentait de venir travailler et rentrer chez soi » soutiennent-ils. Désiré et Romuald reprochent à la responsable d'avoir permis l'utilisation des recettes du laboratoire à d'autres fins. «  Par exemple, les recettes du laboratoire sont utilisées pour payer les salaires de cinq personnes qui ne travaillent pas au labo » . Les deux ex-employés reprochent aussi à leur ex-responsable un manque de dynamisme, d'initiative et d'ouverture. «  Depuis son arrivée, nous avons constaté que beaucoup de portes de relations et d'aides venant de l'extérieur ont été fermées » . Ils estiment que si la municipalité avait été saisie, elle aurait même aidé à trouver des solutions en rapprochant le laboratoire dans la ville, en facilitant par exemple l'acquisition d'un terrain.

Mais pour la responsable de la congrégation, là n'est pas la solution. « L'évolution du paysage sanitaire est normal et il faut l'admettre. La congrégation du niveau national et international était consciente de cela. Il faut maintenant ouvrir d'autres perspectives  », précise-t-elle. Aussi en termes de perspectives, la responsable a annoncé l'érection d'un poste de PMI (prévention maternelle et infantile).

En attendant, la congrégation de Baantenga poursuivra et intensifiera les ouvres caritatives de parrainage d'enfants orphelins. A Koupéla, un foyer pour jeunes filles est ouvert et accueille plus d'une cinquantaine de pensionnaires qui poursuivent leurs études secondaires. A Baantenga, un centre de formation féminine en couture et alphabétisation accueille une quarantaine d'auditrices.

AIB - 30 juillet 2008
OAL/SVY


Feature
Le droit à l'image : Une législation de droit commun dans le nouveau discours médiatique burkinabè
Par Adama Ben Traoré

Ouagadougou, 23 juil. (AIB) - Le discours sur l'image depuis l'avènement de la presse plurielle suite au vent nouveau de la démocratie sur le continent africain est assurément un facteur de consolidation du processus démocratique en cours mais difficilement admis dans la conscience populaire.

Les récents événements survenus à l'Université de Ouagadougou (UO) ont donné à l'opinion plusieurs angles de lecture. « J'ai regardé la Une de deux journaux édités à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, site des manifestations d'étudiants opposés aux forces de l'ordre. Dans mon idée, ces événements riches d'enseignement pose un problème objectif du droit à l'image et du droit à l'information », estime Koffi Amétépé du Journal du Jeudi (JJ).

Le traitement de l'image interprétant une même scène dans deux journaux de ligne éditoriale différente va au-delà de la sensibilité objective de lecture historique des faits vécus.

Pour un reporter photographe, il y a une convergence accrue de l'éditorial et l'espace créatif, quand on voit l'interprétation, sinon la relation des faits par le quotidien d'Etat Sidwaya et le quotidien privé L'Observateur Paalga suite aux échauffourées entre étudiants et forces de l'ordre sur le campus. Le quotidien d'Etat Sidwaya a présenté une photo à la Une qui montre que les étudiants sont en train de jeter des pierres sur les militaires : une photo unique.

De son côté, le journal L'Observateur Paalga, quotidien privé d'information donne une grille de lecture à travers de nombreuses photos toutes choquantes les unes que les autres pour montrer la cruauté de la riposte.

Dans l'ensemble, le traitement de l'information par l'image a permis aux citoyens d'apprécier les faits survenus sur le campus. Aucune manipulation de part et d'autre, mais une stricte considération de ligne éditoriale. Chaque titre a rempli sa mission d'information en respectant son lectorat dans son droit à l'image et à l'information.

Par contre, on a été, avec le journal satirique du Jeudi (JJ), amené à accepter autrement une lecture d'événements survenus dans d'autres circonstances. Dans l'affaire de la disparition des sexes par exemple dans les années 2000 à Ouagadougou, une folle rumeur certainement, le Conseil supérieur de la communication (CSC), organe de régulation de l'information, a pourtant interpellé le journal satirique du jeudi (JJ) suite à une image obscène quoique caricaturale lors d'une visite du président Sani Abacha à Ouagadougou dans la période.

Cette caricature montre l'ancien président nigérian, Sani Abacha, salué à son arrivée à l'aéroport par le président burkinabè, Blaise Compaoré et où on voit son sexe pendre sur sa braguette. Cette image a fallu à JJ un rappel à l'ordre. Pourtant, l'information que le Journal du Jeudi voulait ressortir se situe dans le contexte de rumeur qui fait état de disparition de sexe par les Ibos (ethnie du Nigeria accusée de disparition de sexe au Burkina Faso).

Au-delà de la caricature, un autre élément est à prendre en compte dans la manipulation de l'image grâce au génie technologique. « Avec l'intrusion de la manipulation d'image et l'émergence du construit, fabrique et composé, nous sommes toujours liés à cette réalité photographique et peut-être davantage encore, afin d'ancrer l'image, même partiellement, à un langage visuel reconnaissable et identifiable », souligne Koffi Amétépé. « Nous évoluerons inéluctablement d'une dénomination du mot vers celle de l'image, une communication basée sur le mot à une pensée basée sur l'image », ajoute-t-il. Toute la complexité de l'écriture photographique naît avec les moyens de manipulation entre les mains des photographes d'aujourd'hui. Seul le terrain balise les frontières de la réalité. Une fois, le journal Bendré a été cet exemple, interpellé par le Conseil supérieur de la communication (CSC) suite à une photo présentée à la Une   qui montre François Compaoré et Norbert Zongo zoomés en photo de buste.

La question est de voir si cette convergence en termes d'unification n'est pas un brouillage des séparations ténues entre le documentaire et le monde construit dans l'imaginaire.

L'image est un discours de rhétorique en même temps qu'elle est un bien idéologique, culturel, économique. L'image comporte une pluralité de catégories qui se décline concrètement en gravures, dessins, croquis, caricatures, graphisme, pictogrammes, bas reliefs, santons, fresques, figurines, marionnettes signes, symboles, peinture, affiches, photographie, bande dessinée, cinéma, télévision, vidéographie, etc.

La notion d'image qui intéresse le sujet traité dans ce dossier est celle de l'intégrité physique et morale qui se rattache, elle-même, à celle de la personne humaine. Que comporte t-elle d'aussi spécifique et particulier des textes éthiques et déontologiques auxquels est astreinte, voirie contrainte la publication d'une information visuelle ?

Qu'est ce qui justifie la protection à laquelle toute personne a droit ?

L'image est une réalité juridique au-delà du conceptuel et du visuel. « L'image appelle aux notions de représentation. Elle concentre la notoriété et la perception qualificative qu'une personnalité dans la société. L'image s'apparente ici à la marque déposée, une sorte de propriété dont on ne peut user sans consentement préalable », souligne le président de l'Association de photographie Magnum Production, Renaud Zerbo. Pour lui, le droit à l'image se définit comme « le droit pour une personne représentée au moyen d'un art ou d'une technique de s'opposer à la reproduction et à la publication de son image.

L'autorisation donnée par une personne de publier son image ne vaut pas pour une autre revue. Il est interdit dans ce cas d'extraire des films, des images, pour une utilisation commerciale ». Une personne ayant passé un contrat publicitaire, par exemple, avec Celtel au Burkina Faso peut poursuivre en justice cette entreprise de tétéphonie mobile si son image se retrouve hors des limites territoriales du Burkina.

La loi a suffisamment évolué aujourd'hui et le droit à l'image consiste, selon l'article 22 de la loi que « chacun a droit au respect de sa vie privée » et le suivant, l'article  23 sanctionne les photographies de personnes prises par téléobjectif à leur insu ainsi que les montages photographiques ». Le journal Bendré cité plus haut, a justement été interpellé dans l'affaire de photos de François Compaoré et Norbert Zongo aux termes de cette loi et pour cette raison.

Après tout, le discours sur le droit à l'image est très sensible au Burkina comme ailleurs en Afrique.

Dans la pratique du droit, certains faits et jurisprudences ont permis à la notion de droit à l'image d'évoluer, entre le 18e et le 20e siècle, notamment en une loi qui n'a pas eu trop de mal à être intégrée au Code pénal français (notamment dans ses nouveaux articles 226 -1 à 226 - 9). Au Burkina Faso également, qui s'inspire généralement du droit français, cette loi a été bien introduite dans nos textes.

Il faut ajouter que le code civil français a bien inspiré celui du Burkina, disposant que « toute personne, quelle que sa notoriété, a droit au respect de sa vie privée ». Ce que du reste le Code burkinabé précise à travers l'article 18 du Code de l'Information en ces termes : « Aucune publication spécialisée ou d'information générale ne doit comporter ni illustration, ni récit, ni information ou insertion qui porte atteinte à la vie privée du citoyen ou contraire à la morale publique, aux bonnes mours et à l'éthique civique ou faire l'apologie du racisme et du tribalisme. Ces publications ne doivent, en outre, ne comporter aucune publicité ou annonce susceptible de favoriser la délinquance juvénile ou la dépravation des mours ».

Pour le législateur burkinabé, « est puni d'un emprisonnement de deux mots mois à un an et d'une amende de 50.000 à 100.000 F FCA ou l'une de ces deux peines seulement, quiconque aura volontairement porté atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui en (alinéa) : fixant ou transmettrant, au moyen d'appareil quelconque, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu public sans le consentement de celle-ci etc. Lorsque les actes énoncés ci-dessous auront été accomplis au cours d'une réunion au vu et au su de ses participants, le consentement de ceux-ci sera présumé ».

En ce qui concerne le sens et la portée du droit à l'image, il y a lieu de relever son caractère original, autonome, s'exprimant par le pouvoir de s'opposer à la réalisation et à la reproduction de cette image. Ce droit, en principe, est absolu.

Cependant, une personne peut céder son image moyennant une rémunération. En raison du caractère patrimonial, il peut être transmissible aux héritiers. Aux Etats-Unis d'Amérique, par exemple, la loi reconnaît aux héritiers, un droit d'exploitation de l'image au profit de leurs ayants droit pendant 50 ans, après le décès de leurs auteurs. Cette dimension du droit à l'image intègre la patrimonialité du droit à l'image.

En outre, il existe une autre dimension, dite ex patrimoniale. Cet aspect, relatif au caractère moral et strictement personnel de son auteur, lui permet d'exiger d'un tiers, le respect de son image autant qu'elle constitue un élément de sa personnalité. Toute personne a sur son image un droit exclusif et l'utilisation ou la diffusion de celle-ci, sans autorisation constitue une violation de ce droit de la personnalité », soutient le directeur à la communication et aux relations publiques de la société de téléphonie mobile Celtel, Ferdinand Héma.

Il fait remarquer deux niveaux : d'abord dans la sphère intime de la personne, le cas des personnes photographiées à leur insu dans les lieux privés ; ensuite, le cas des personnes photographiées par des paparazzi intempestifs dans un lieu accessible au public.

Ensuite, dans la révélation de la vie privée ou, des éléments intimes de la personne (photos de nus prises licitement par des fiancés ou des conjoints et divulguées par la suite sans autorisation express de la personne représentée.

En conclusion, entre droit de l'image et droit à l'information, le fossé est réellement mince : l'autonomisation du droit à l'image constitue une avancée significative au plan juridique dans la protection des traits essentiels de la personnalité humaine qui peuvent être bafoués à travers une publication malsaine de l'image, inversement, une certaine fétichisation de l'image peut compromettre dangereusement le droit à l'information, si précieuse à l'avancée démocratique et au progrès tout court.

AIB - 23 juillet 2008
ABT/SVY

Actualités-Communication - Burkina


Afrique-Agriculture-Menaces
Gestion des besoins alimentaires en Afrique de l'Ouest : Une crise pour commencer, une autre en attente
Par Aimé Mouor Kambiré

Ouagadougou, 16 juil. (AIB) - Echaudés par une crise alimentaire régionale qui s'avère mondiale, les pays d'Afrique de l'Ouest se sont lancés dans de vastes campagnes de production céréalière qui risquent de se répercuter durement sur les paysans, les cibles de ces campagnes. La vie chère due au déficit alimentaire risque d'aboutir à une autre vie chère due à la surproduction, mais cette fois, beaucoup plus au sein des paysans.

La Grande offensive pour l'alimentation, la nourriture et l'abondance (GOANA) au Sénégal, le plan d'urgence alimentaire au Burkina, partout dans cette partie du monde, les gouvernements veulent produire davantage, convaincus de perdre la bataille mais pas la guerre, dans cette crise alimentaire.

La bataille perdue, la conscience sauve

Rien n'a pu résoudre dans l'immédiat la flambée des prix qui secoue les pays d'Afrique de l'Ouest, les plus pauvres du monde. Les mesures de défiscalisation sur les importations des denrées de première nécessité (riz, maïs et lait), se sont révélées vaines. Les excédents céréaliers annoncés ont fondus ou non pas été retrouvés. Les stocks de sécurité prévus dans les situations pareilles ont été servis à « des prix sociaux », tel un verre d'eau dans un incendie en savane. Les prix ont poursuivi leur progression, passant du simple au double en moins de cinq mois.

Les populations burkinabè ont été les premières à manifester, violemment, dans les principales villes du pays, manifestations qui ont abouti à des procès et à des condamnations. Dans cette contrée, les prix ont subi une variation de 51 à 142 pour cent. Certains pays de la sous-région, à l'exemple de la Côte d'Ivoire et du Sénégal, se sont mis dans la danse. Puis, s'en est suivie la résignation généralisée.

La seule chose qui a apaisé les populations est sans doute le fait que la crise soit générale et que ce n'est pas la faute aux gouvernements. Les syndicats burkinabé, qui avaient promis de durcir leur lutte si le gouvernement n'apportait pas de solutions concrètes à la situation, se sont avisés, «au vu de la nature du phénomène qui n'est pas uniquement propre au seul Burkina », selon l'expression des députés.

Le gouvernement burkinabè estime avoir réagit promptement avec des mesures qui ont servi d'exemple à d'autres pays. Ces mesures se résument en la suppression des taxes douanières sur l'importation des céréales (riz, maïs, mil), du lait et du sel, ainsi que la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée concernant certains produits locaux. Certaines vieilles doléances syndicales ont trouvé satisfaction ; par exemple, l'élargissement des bénéficiaires des prix sociaux de l'eau et de l'électricité à un plus grand nombre.

Mais rien de tout cela n'a fait baisser les prix. Le Premier ministre burkinabé, Tertius Zongo reprend qu'il n'a pas été bien compris, parce que selon lui, ces mesures sont destinées à éviter le pire, mais pas à rabaisser le coût de la vie. A la même occasion, il annonce une forte production céréalière de 4 millions de tonnes pour la saison agricole en cours. La crise est finie, dissoute dans le phénomène mondial et l'espoir remplace la réalité du moment.

Une production de crise au risque de « l'effet oignon »

Pour un besoin national estimé à 2,875 millions de tonnes de céréales l'an passé, le Burkina Faso compte produire 4 millions de tonnes pour la saison 2008-2009. Il doublera ainsi sa production de riz.

Au Sénégal, l'un des pays ayant vécu la vie chère à travers des manifestions, la GOANA , dont l'objectif est « à très court terme », vise une production de 4,5 millions de tonnes de céréales, sans inclure 3 millions de tonnes de manioc. 4,5 millions de tonnes, c'est aussi la quantité de céréales qui est attendue au Mali, avec un surplus de près de 900 mille tonnes. Le programme d'urgence mise en place en Côte d'Ivoire prévoit à la fin de la campagne 2008, une production nationale minimale de 205 mille tonnes, rien que pour le riz blanchi.

Partout en Afrique de l'Ouest, l'on pense à une forte production. Tout est mis en ouvre pour en arriver là. Les gouvernements investissent des sommes importantes pour la disponibilité des intrants, des outils techniques et technologiques et pour l'encadrement des producteurs. 50 milliards de francs CFA pour le Burkina Faso, 45 milliards de francs pour le Sénégal. Au Mali, c'est encore mieux : 95,2 milliards de francs CFA au compte de l'Initiative Riz. Tout comme au Burkina, les pluies seront provoquées autant que de possibilité et de besoin.

Rien ne sera négligé. Le ministre malien de l'Agriculture, Tiémoko Sangaré a annoncé au début de la campagne la production de 7,8 millions de fumure organique pour enrichir 1,5 millions d'hectares. En outre, 15 milles jeunes ruraux sont installés dans les plaines rizicoles du pays. Son homologue du Pays des hommes intègres promet des récompenses en millions, si les encadreurs agricoles aident à la réussite du pari gouvernemental. Les membres du gouvernement burkinabé sont invités à produire eux aussi. Un contrôle de leurs champs est demandé par le chef du gouvernement.

Toutes ces ambitions politiques devraient pouvoir bénéficier d'un soutien divin. Les experts ont annoncé en effet une bonne pluviométrie pour la sous-région, y compris les pays du Sahel. Il se trouve aussi que les paysans, face à la baisse du prix du coton, ont marqué un désintérêt pour la filière cotonnière, en dépit des campagnes d'encouragement. La production cotonnière a diminué de près de la moitié ces deux dernières années au Burkina Faso, jusqu'alors premier producteur du coton sur le continent. Elle est redescendue à 360 milles tonnes en 2007-2008, après avoir atteint la barre des 700 milles tonnes (2005-2006).

Il est alors fort probable que les prévisions sur la production céréalière soient dépassées au regard des appuis divers dont bénéficient les producteurs et des conditions favorables. Certains producteurs n'ont pas hésité à contracter des prêts chez des usuriers locaux ou dans les caisses populaires pour répondre au souhait du gouvernement, qui est aussi le leur.

Mais cette forte production, une fois réussie posera un autre problème, celui de son utilité. La source financière des paysans reste néanmoins le coton, qui n'atteindra certainement pas les productions précédentes et ne leur apportera plus les espèces sonnantes et trébuchantes. Or le secteur céréalier n'est pas organisé comme celui du coton. Se posera alors la question de l'écoulement des produits.

Ces dernières années, des paysans burkinabé se sont lancés dans de vastes productions d'oignon, qui avait toujours été fortement demandé au Ghana. Les Ghanéens se sont aussi mis à produire au même moment. Ce qui a entraîné une mévente de l'oignon au Burkina. C'est ce qui menace d'arriver aux paysans avec cette forte production annoncée et soutenue plus que jamais.

Les consommations internes sous-régionales ne sont pas garanties. Le riz local n'est pas apprécié des consommateurs alors que les experts affirment qu'il est d'une qualité excellente. Le riz produit dans la vallée du Sourou au Burkina Faso ne trouve pas facilement preneur malgré sa promotion dans les grands centres urbains.

Au-delà de la faiblesse des marchés intérieurs, le marché sous-régional sera saturé, chacun ayant décidé de produire. « Toute l'Afrique, aujourd'hui, est convaincue qu'il faut mettre en place des structures pour améliorer la production céréalière », a affirmé le président malien, Amadou Toumani Touré.

Quand au marché international, il laisse peut de place aux céréales africaines qui d'habitude, ne suffisent pas pour les besoins locaux. En plus, la crise alimentaire étant mondiale, chaque gouvernement « agricole » a pris des mesures pour augmenter sa production. Il est évident que les pays de la sous-région auront des difficultés d'écoulement de leur surplus céréalier. Alors ils se retrouveront pris dans l'effet oignon. Et cela est sans compter la production des cultures de contre-saison, fortement encouragée dans les pays du Sahel ces derières années.

De la vie chère urbaine à la vie chère rurale

La pluviométrie est capricieuse pour les agriculteurs sahéliens, tantôt déficitaire, tantôt abondante et serrée sur une courte période. Les politiques ne le sont pas moins. Aujourd'hui, c'est la culture vivrière avec les céréales. Hier, c'était la culture de rente, avec le coton. Cette dernière a commencé par habituer les paysans à l'argent. Sa diminution due à la production céréalière va entraîner un manque à gagner financier. Or le marché des céréales n'est pas structuré à l'interne et n'existe pas pour eux et pour l'heure à l'international.

Le gouvernement burkinabé a indiqué qu'il va « enlever les productions après les récoltes ». Se pose la question du prix, du stockage, mais surtout de la commercialisation. A l'inverse du coton africain intéressé par l'Europe, mais surtout par l'Asie, aucun opérateur n'attend les céréales africaines. Qu'à cela ne tienne, en entendant que le Burkina vienne à respecter ses engagements et que les autres gouvernements de la sous-région en fassent autant, on se demande à qui va-t-on vendre ces productions.

Or, sans moyens financiers pour les besoins élémentaires, les paysans devront brader leur récolte à des preneurs non évidents. Les recettes ainsi glanées devront aider à faire face à la montée des prix qui, selon l'effet cliquet, ne redescendront jamais aux niveaux initiaux. Le coût de vie ira alors en se renchérissant dans les villages.

La question sera commune aux paysans céréaliers de la sous-région. Elle pourra même être générale dans le monde. Ce qui soulage la conscience. Sauf que la production pourra être payée et brûlée ailleurs, pour maintenir les coûts. Mais tout de même, avec une forte production agricole, la sous-région aura résolu un problème devenu urgent, l'autosuffisance alimentaire, sur le dos des paysans ballottés entre des choix politiques instables . Après, elle pourra penser aux aspects économiques. Le président Toumani Touré n'avait-il pas rappelé au Japon que ventre affamé n'a point d'oreille. Au finish, on en aura pour les oreilles. Les paysans pourront comprendre après, ou jamais.

AIB - 16 juillet 2008
AMK/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Burkina-Bâtiments-Matériaux locaux
Bâtir à moindre coût avec des briques en latérite, une société burkinabè en fait son crédo
Par Ollo Romaric Hien

Ouagadougou, 07 juil. (AIB) - Mettre en valeur les matériaux locaux dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, tel est le credo de Pierres naturelles, une société de droits burkinabè qui met à la disposition des particuliers, des ONG, des entreprises et des pouvoirs publics, des briques en latérite pour la construction des bâtiments et des immeubles.

Bâtir un dispensaire, une maternité, construire sa maison, bâtir un immeuble pour les affaires ou élever simplement sa petite épicerie pour sa femme au quartier est devenu une chimère. L'argent manque et les prix des matériaux de construction : ciment, fer à béton, etc. vont de pic en pic. Il faut se saigner pour disposer d'un chez soi, fonctionnaire ou non.

C'est pour faire face à ces angoisses et dans le but de mettre en valeur les matériaux de chez nous que la société de droits burkinabè Pierres naturelles s'investit depuis quelques années à la fabrication de briques en latérite. Moins chères, efficaces, disponibles, protectrices de l'environnement, les briques latéritiques, labellisées par la société productrice Blocs latéritiques taillés (BLT) permettent de construire des maisons qui ont un confort de vie incomparable. Rien à voir avec les briques en parpaing dont les effets nuisibles sur l'environnement sont avérés.

C'est en 2007 que de jeunes cadres burkinabè diplômés en génie civil se sont lancés dans «l'aventure». Leur objectif premier, valoriser les matériaux de construction locaux et aider surtout les Burkinabè à vivre dans le confort en utilisant simplement des matériaux de construction que l'on trouve sur place. Ils créent alors la société Pierres naturelles, une petite PME capable de produire jusqu'à cinq mille briques par jour. Une production journalière qui pourrait être portée à neuf milles briques, quand entrera en chantier, le second site de Pabré.

En attendant, c'est à Yimdi, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Ouagadougou, qu'une vingtaine d'ouvriers s'activent chaque jour, à l'aide d'une machine appelée débiteuse, à sortir des briques latéritiques du sol. Ici, point de place pour l'amateurisme et l'exploitation artisanale des briques latéritiques. La taille manuelle des briques avec de gros marteaux et autres pioches a fait place aux vrombissements de machines. Le modernisme a pris place et s'installe solidement. "Nous utilisons la latérite parce que c'est le matériau le plus disponible", indique le directeur général de la société Pierres naturelles, Soter Rayaissé. Bien connue dans la zone intertropicale d'Afrique, la latérite est une roche que l'on rencontre partout au Burkina en saison humide comme en saison sèche.

Environ 80% du territoire national est recouvert de cette roche. "Ce n'est pas un matériau nouveau mais un matériau qui a été de tous les temps utilisés par les populations africaines", rappelle cet ingénieur en génie civil spécialisé en hydraulique.

Les briques en latérite ont été surtout mises en valeur par les missionnaires blancs en Afrique qui les ont utilisées pour bâtir églises, écoles et dispensaires. Des briques latéritiques extraites de façon artisanale ont été, en effet utilisées pour bâtir églises et écoles dans les régions du Sud-Ouest (Diébougou, Dano, Dissine) et de l'Ouest (Toussiana, Banfora).

Mais bien avant eux, au 9è siècle, les pierres latéritiques ont été utilisées pour l'édification de temples hindouistes et bouddhistes en Asie. La robustesse des BLT et leurs performances thermiques incomparables par rapport aux briques en parpaing font d'elles des matériaux de construction très efficaces.

C'est par contre un matériau de construction rare et recherché en Europe. La brique en latérite se distingue également des autres briques par son coût abordable et surtout sa disponibilité. D'un coût unitaire de 200 FCFA, la brique en latérite est nettement moins chère que celle en ciment de même dimension dont l'unité vaut jusqu'à 350 FCFA. Une construction en bloc latéritique taillé permet de réduire le coût de la climatisation ou de la ventilation de 50%.

Autre avantage, le crépissage du bâtiment. Selon M. Rayaissé et plusieurs clients de Pierres naturelles, on peut faire des économies en choisissant de ne pas crépir l'intérieur et l'extérieur de la maison. Dans ce cas, les économies réalisées sont de 550 FCFA par brique latéritique. Au total, la construction en briques latéritiques permet de réduire les coûts de 20%. Une étude réalisée par la Coopération suisse au Burkina Faso indique que la construction d'une école de cinq classes, bureau et magasin compris en briques latéritiques coûtent moins de 26 millions FCFA contre plus de 27 millions FCFA pour les briques en terre compressée (BTC) et plus de 31 millions FCFA pour les briques faites en ciment.

"Nos briques sont des matériaux à forte inertie thermique. Ce sont des briques pleines avec une caractéristique bioclimatique qui fait qu'on peut faire des économies sur la climatisation, la ventilation mais aussi sur des choses qu'on ne peut pas mesurer : la qualité et le confort de vie", explique M. Rayaissé.

"Notre ambition est de réduire toujours et toujours le coût de la construction et de répondre au désir légitime de chaque citoyen de disposer d'un chez soi, avec le maximum de confort thermique possible", souligne M. Rayaissé. Depuis 2007, Pierres Naturelles extrait des briques de plusieurs dimensions: 40 cmx20x15 ou 40cmx20x20 ou encore 40cmx10x20 destinées à la construction des maisons d'habitation, des dispensaires, des écoles, des immeubles ou même dans les travaux publics tels que la construction de bordures de ponts, ou de barrages. En avril 2007, elle a fourni 30.000 briques à une société des BTP (bâtiments et travaux publics) pour la construction du mur qui longe le pont Kadiogo à Goughin, quartier Est de Ouagadougou. La rareté des ressources en eau au Burkina milite également pour le choix de l'utilisation des pierres taillées.

Le constat que l'on fait, c'est qu'à Ouagadougou comme à Bobo Dioulasso, l'eau potable destinée à la consommation humaine et animale sert aussi à la construction des bâtiments. Et pourtant, cette denrée n'est pas toujours disponible suffisamment et en tout temps. Pierres Naturelles espère que de plus en plus de gens vont utiliser les briques latéritiques taillées pour bâtir leur habitat afin d'économiser les ressources en eau pour leurs besoins de consommation et pour les générations à venir.

"On utilise l'eau potable pour construire dans les villes au Burkina alors qu'on en a besoin pour boire. Avec les briques en pierre latéritique, on économie 50% d'eau parce qu'elles n'ont pas besoin d'être arrosées comme les briques faites en ciment par exemple. Dès que les briques en latérite sont taillées, elles sont prêtes pour être utilisées", explique le directeur général de la société Pierres naturelles, ajoutant que les briques latéritiques préservent énormément l'environnement parce qu'elles n'émettent pas trop de CO2 (gaz carbonique) par rapport aux cimenteries.

Pierres naturelles a pu convaincre certains architectes, entreprises en BTP et les autorités à choisir des matériaux adéquats ou naturels pour la construction de bâtiments privés et publics. Dans le cadre du programme gouvernemental de construction de 10.000 logements sociaux, deux cents habitats seront construits à base de briques latéritiques.

"C'est déjà une avancée parce qu'il y a un document qui a été élaboré là-dessus par les autorités", se félicite M. Rayaissé. "On veut sortir des stéréotypes, on ne veut pas entrer dans des concepts carrés définis par certaines pensées. C'est naturel de construire avec les produits qu'on trouve sur place car il faut que l'habitat soit adapté au climat, or, la meilleure manière d'avoir des habitats adaptés au climat c'est de prendre les matériaux sur place", soutient M. Rayaissé. Pierres Naturelles compte maintenant se décentraliser pour s'installer dans les chefs-lieux des treize régions administratives du Burkina afin d'accompagner les pouvoirs publics et les partenaires dans la construction d'écoles, de dispensaires, de mairies dans les communes rurales et urbaines. "Il faut que nous soyons le plus prêt possible des centres de construction pour minimiser les coûts des transports et aider les autorités à réussir le développement local" du pays, précise cet homme qui croit que l'avenir du continent africain se trouve dans la valorisation des matériaux locaux.

"Avec la flambée du prix du pétrole, du fer à béton, du ciment., il est évident que pour des raisons de balance commerciale, tous les pays vont développer des initiatives pour utiliser les matériaux disponibles sur leur territoire pour assurer leur développement", indique cet ingénieur qui a longtemps prêté et continue de prêter son expertise au-delà des frontières de son pays.

AIB - 07 juillet 2008
RH/SVY

 



Projet EcoSan-UE2
Des urines et autres fèces pour l'accroissement de la production agricole
Par Onésime Aké Loba Lankoandé

Kourittenga, 02 juil. (AIB) - La province du Kourittenga bénéficie de la mise en ouvre d'un projet pilote d'assainissement écologique (EcoSan-UE2) par l'utilisation d'excrétas humains hygiénisés. Les activités dudit projet, initié par le Centre régional pour l'eau potable et l'assainissement (CREPA) ont été officiellement lancées le jeudi 26 juin 2008 à Koupéla par le conseiller technique du ministre de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, M. Kassim Traoré, en présence des partenaires financiers dont l'Union européenne, les coopérations suédoise, suisse et danoise.

Nos urines et autres fèces ont des vertus écologiques. Elles sont riches en nutriments (azote, phosphore et potassium) nécessaires aux spéculations telles que le maïs, sorgho, mil, tomate, aubergine, poivron, concombre, choux, coton, manioc igname etc. Ce sont les conclusions auxquelles a abouti une recherche menée par le CREPA dans dix pays d'Afrique de l'Ouest. Fort de ces résultats, en 2006, le CREPA, bénéficiant d'un premier financement de 970 millions par ses partenaires, met en ouvre une première expérience d'assainissement écologique dans quatre grands secteurs maraîchers de la ville de Ouagadougou par l'utilisation des excrétas hygiénisés comme fertilisants.

Les résultats de cette expérience pilote séduisent les partenaires techniques et financiers tels l'Union européenne, l'Institut de l'environnement et des recherches agricoles (INERA), l'Office national de l'eau et de l'assainissement (ONEA), le ministère de l'Agriculture qui s'engagent à accompagner le CREPA dans cette belle aventure de l'amélioration de la productivité agricole par l'utilisation des excrétas humains hygiénisés comme fertilisants. Le lancement de ce deuxième programme écologique EcoSan_UE2 dans la province du Kourittenga est donc la pleine démonstration que « nos excrétas ne sont pas des déchets mais plutôt des ressources ».

Un projet qui emballe plus d'un .

Ce deuxième programme, intitulé « projet d'amélioration de la productivité agricole par l'utilisation des excrétas humains hygiénisés comme fertilisants dans 30 villages du Kourittenga », doté d'une enveloppe de 986 millions 249 mille 060 (986 249 060 Fcfa) francs est financé à 90% par l'Union européenne et à 10% par le CREPA. Le choix du Kourittenga n'est pas un fait du hasard. Et pour cause. Selon les statistiques, le Kourittenga est une des provinces représentatives des situations de toutes les provinces du Plateau central burkinabé en terme de démographie (302.893 habitants -INSD 2005) et de densité (89 habitants /Km2), de fort degré de pressions sur la ressource sol, la faiblesse de la productivité agricole avec l'agriculture comme première activité économique occupant 85% de la population. EcoSan-UE2 a une durée de 36 mois et va toucher trente (30) villages.

L'un des résultats probants attendus de ce programme est sans conteste l'augmentation de la production agricole dans la province d'au moins 30% et l'amélioration de la qualité agronomique des sols par l'utilisation des fèces et des urines hygiénisés comme fertilisants. Les habitants des 30 villages bénéficieront également de 1050 ouvrages d'assainissement adéquats. Autres avantages du projet, ce sont les campagnes de sensibilisation sur l'assainissement écologique et les techniques de conservation des sols.

La vision du CREPA à l'horizon 2010 est de toucher un million de personnes en Afrique de l'Ouest et du Centre par ce concept. La cérémonie de lancement a servi de cadre au CREPA pour présenter des échantillons des latrines et urinoirs EcoSan au public qui, séance tenante, les ont adoptés en y défilant pour faire leur besoin. A la tribune, les différents intervenants ont salué à sa juste valeur l'action du CREPA. Pour le maire de la commune de Koupéla, Simplice Dambré, le « projet d'amélioration de la productivité agricole par l'utilisation des excrétas humains hygiénisés comme fertilisants dans 30 villages du Kourittenga » est salutaire.

Coupler assainissement et production. 

Il a invité les 30 villages à s'approprier le projet afin que toute la province en bénéficie. Le représentant de l'Union européenne, M. Stéphane Meertz a salué la crédibilité de l'expertise du CREPA. Pour lui, c'est un bon investissement qu'a fait l'Union européenne en accompagnant le CREPA. Le projet EcoSan-UE2 répond au souci du gouvernement d'ouvrer à réduire les effets néfastes de la dégradation continuelle des terres et des aléas climatiques, à enrayer les contraintes de production qui contribuent à des rendements agricoles souvent médiocres et à des déficits céréaliers du fait de l'accès limité des intrants et autres, a déclaré le représentant du ministre en charge de l'agriculture et conseiller technique, M. Kassim Traoré.

Pour lui, le défi est grand et il impose un nécessaire changement de mentalité chez les populations afin que désormais, les fèces et urines ne soient plus regardées avec dédain mais plutôt comme des produits susceptibles d'améliorer la production agricole et d'aider à lutter contre la pauvreté. Avant de déclarer officiellement lancées les activités du « projet d'amélioration de la productivité agricole par l'utilisation des excrétas humains hygiénisés comme fertilisants dans 30 villages du Kourittenga, il a, au nom du ministre, remercié l'Union européenne, les coopérations suisse, suédoise et danoise pour leur généreuse contribution.

AIB - 02 juillet 2008
OAL/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Assemblée générale des sociétés d'Etat
Discours conciliant du Premier ministre Tertius Zongo à l'endroit des administrateurs
Par Aimé Mouor Kambiré

Ouagadougou, 26 juin (AIB) - Devenus nerveux face à des réaménagements obligatoires pour trouver le juste équilibre et devant l'obligation de faire des progrès en dépit des répercussions directes de la crise énergétique et mondiale, les administrateurs des sociétés d'Etat ont de quoi retrouver le moral après l'intervention du Premier ministre, Tertius Zongo au cours de la 16è Assemblée générale des sociétés d'Etat, ce jeudi à Ouagadougou.

Les 14 sociétés d'Etat ont atteint un chiffre d'affaires de 432,25 milliards pour l'exercice 2007 (avec 11,40% de hausse). Et malgré une régression de leur contribution au budget de l'Etat de 2,73% par rapport aux données précédentes, leurs administrateurs ont été élevés par M. Zongo à la hauteur d'hommes « d'honneur » et de « responsabilité », faisant montre d'une « grande capacité d'imagination et d'anticipation ».

Après une année à la tête du gouvernement, Tertius Zongo est présenté comme pragmatique, volontariste, prêt à tirer les oreilles. Mais à l'endroit des responsables des sociétés d'Etat, le Premier ministre a adopté le ton de la situation.

« Au nom de son excellence Monsieur le président du Faso », le chef du gouvernement a adressé des « félicitations bien méritées » à l'ensemble des administrateurs, sans oublier le « dévouement au travail » et les « efforts soutenus » de tout le personnel de ces sociétés d'Etat.

En entendant les épreuves individuelles lors de la présentation des états, cas par cas, les administrateurs ont eu d'entrée de jeu, un ouf de soulagement au cours de ce qui constitue désormais un examen.

Même les sociétés déficitaires, le Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB) et la Société de patrimoine de l'abattoir frigorifique de Ouagadougou (SOPAO), bénéficient d'une situation atténuante. Sans les rudoyer, tout au moins dans son discours, M. Zongo leur a simplement demandé de redoubler d'effort.

Il sait lui aussi que les entreprises de l'Etat, suite aux différentes crises qui affectent le pays, sont confrontées à « des ajustements drastiques » au même moment qu'elles doivent répondre à des revendications internes pressantes. Les syndicats demandent par exemple la baisse du prix des produits d'au moins 3 sociétés, exerçant dans les domaines de l'eau, de l'électricité et des hydrocarbures.

Qu'à cela ne tienne, le Premier ministre demande de maintenir le cap de l'amélioration continue des performances. Il donne quelques pistes, en préconisant le renforcement des capacités du personnel et l'emploi des innovations technologiques, le tout appliqué selon les règles modernes de gestion.

Ancien ministre de l'Economie et des Finances, le chef du gouvernement reste aussi très regardant sur les charges du personnel qui sont passées de 25,5 milliards en 2006 à 28,8 milliards en 2007. Son conseil sur la question se résume à l'utilisation optimale des ressources disponibles et à l'amélioration de la qualité des ressources humaines de manière à les rendre plus productives.

L'épreuve des établissements publics de l'Etat est attendue en juillet prochain. Les directeurs généraux et les présidents de conseil d'administration ne peuvent rêver mieux qu'un tel discours du chef du gouvernement dans ce contexte de climat social tendu.

AIB - 26 juin 2008
AMK/SVY

Actualités-Economie - Burkina


Feature
Le banditisme, un phénomène grandissant auquel s'attaque les autorités burkinabè
Par Boureima Lankoandé

Ouagadougou 19 juin (AIB) - Au Burkina Faso, l'insécurité constitue un problème que vivent les populations au quotidien. Le phénomène est plus sensible sur les axes routiers et la quasi- totalité des régions du pays sont exposées aux bandits de grands chemins qui opèrent de jour comme de nuit.

Cette situation ne laisse personne indifférente puisque au-delà du faite que les délinquants et les bandits dépouillent les voyageurs des leurs biens au cours des braquages, ils endeuillent certaines familles parfois. Un état de fait ne promeut ni le développement économique ou social du pays, ni l'épanouissement des populations.

Créé pour lutter contre le grand banditisme sous toutes ses formes et surtout contre l'insécurité sur les axes routiers, le Centre national de veille et d'alerte (CNVA) ouvre à coordonner les interventions ponctuelles des forces de sécurité dans une zone où un cas de braquage est signalé. Le CNVA est permanemment accessible à travers un numéro vert (1010) dans toute partie du territoire couvert par le réseau de téléphonie mobile ou fixe.

Une fois alerté, le centre, composé de 12 personnes (6 gendarmes et autant de policiers) avise le poste de police ou la brigade de gendarmerie la plus proche du lieu indiqué de l'attaque pour une intervention immédiate.

Selon le chef du CNVA, l'adjudant-chef major Nataniel Della, «123 attaques à main armée ont été perpétrées du 1 er janvier au 15 juin 2008 sur les différents axes routiers» . Sur 7 683 appels reçus sur le 1010 pendant la même période, 509 étaient relatifs à des attaques à main armée dont 111 ont effectivement donné lieu à une intervention des forces de police ou de gendarmerie.

En la matière, la région de l'Est bât le record avec 29 appels sur les 123 de la période indiquée ; une chose qui s'explique en partie par le fait que cette région est une région où le commerce de bétail est très développé. Ensuite vient le Centre Nord avec 22 attaques à main armée.

Du nord au sud en passant par le centre, l'ouest, toutes les parties du Burkina Faso sont touchées à des degrés divers par le banditisme, le braquages sur les routes. Pour la période du 1 er janvier au 15 juin 2008, seule la région des Cascades sur les 13 que compte le pays n'a pas enregistré d'attaques à main armée, selon les statistiques du CNVA.

«Le 1010 peut être aussi utilisé pour renseigner les forces de l'ordre sur d'autres formes de délinquances comme les escroqueries et les détournements» , a ajouté M. Della, qui a surtout invité les populations à avoir la culture du renseignement en matière de banditisme et à s'impliquer activement dans la lutte contre l'insécurité.

Il a salué les citoyens de bonne foi qui, par leur appel et leurs renseignements, participent à la lutte contre le banditisme. Toutefois, le centre déplore les fausses alertes qui ont été tout aussi nombreuses et vont croissantes au bout du 1010. Sans être découragé par celles-ci, le centre promet saisir l'Autorité de régulation des télécommunications (ARTEL) pour identifier les faux fuyants.

Le banditisme et la délinquance sont aussi perceptibles en dehors des axes. Certains villages, secteurs ou quartiers des grandes villes constituent à des moments précis des zones d'opération des délinquants de toutes sortes.

Le long du canal de l'Université de Ouagadougou, le pont de Anna-Yélé, le barrage de Tanghin à Ouagadougou dans le Kadiogo (Centre), le village de Kodjéna dans la Gnagna (Est), le site aurifère de Déou dans l'Oudalan (Sahel), les quartiers Yéguéré, Colma, Sarfalao dans le Houet (Hauts Bassins) sont, entre autres, cités en exemple.

La collaboration des populations se révèle être d'une importance indispensable dans l'aboutissement de la lutte contre le fléau à tous les niveaux.

AIB - 19 juin 2008
BL/SVY

Actualités-Société - Burkina


Feature
Burkina : la culture maraîchère, une alternative pour conjurer la rareté des pluies et la flambée des prix des céréales
Par Romaric HIEN

Ouagadougou, 29 mai 2008 (AIB) - Parce qu'elle procure plus de ressources financières que la production céréalière, la culture maraîchère, qui ne nécessite pas non plus d'énormes quantité d'eau, ni de grandes surfaces agricoles apparaît de plus en plus comme une alternative pour certains agriculteurs burkinabè, surtout ceux situés aux abords des barrages hydrauliques et des grands centres urbains comme Ouagadougou.

A l'image de Souleymane Yalpougoudou du village de Ouèguelga dans la commune rurale de Tanghin-Dassouri ( 25 km à l'Ouest de Ouagadougou), de nombreux producteurs agricoles s'adonnent de plus en plus à la culture de légumes (oignons, choux, courgette, gombo, poivron, persil, ail, carotte, fraise, épinard, céléri, piment, etc).

"C'est la sécheresse de 73 qui m'a fait changé ainsi. A l'époque, la saison pluvieuse a été tellement catastrophique que nous avons mangé des feuilles d'arbre ici. Les pluies n'ont pas été bonnes et les récoltes ont été médiocres. Pour conjurer ces caprices naturelles, j'avais avec l'aide de mes compagnons du village creusé ce puits pour cultiver des légumes", a expliqué M. Yalpougoudou, 63 ans, faisant sortir de l'eau à l'aide d'un puisard. Avec l'eau du puits traditionnel profond de 20 mètres , M. Yalpougoudou et ses cinq enfants de l'époque, (aujourd'hui dix-huit) avaient non seulement de l'eau pour boire mais aussi dès octobre, avant même la fin de la saison agricole, il avait emblavé autour de sa concession, trois champs d'un demi hectare chacun pour produire "essentiellement" des légumes.

"Ça m'a rapporté beaucoup d'argent à l'époque", se souvient-t-il, un léger sourire aux lèves. Après une longue pause, il précise : "25.000 FCFA non dévalués, c'était beaucoup à l'époque", dit-il avant de poursuivre: "J'ai déjà gagné en quatre mois, ce que je n'avais jamais obtenu en quatre ans avec les grandes superficies agricoles" faites de mil, de sorgho, de niébé et de maïs. En effet, avec ces légumes vendus à ses clientes venues de Ouagadougou, M. Yalpougoudou a engrangé près de 400 000 francs CFA cette année. Ce que son premier fils, Abdou ne peut pas gagner avec sa production céréalière issue de quatre hectares de culture. De plus, estime-t-il, la culture maraîchère est jugée moins pénible. "Avec mon âge, je me rends compte que ça fait un peu de repos aussi. Le champ est à la maison, je ne fais pas de longues distances. On n'a pas besoin de beaucoup d'eau car, l'eau d'ici vient de la nappe souterraine", indique-t-il.

Pays pauvre et enclavé, le Burkina Faso fait partie des pays les moins arrosés avec seulement 1.500 millimètres d'eau par an. La région de Ouagadougou n'en reçoit guère plus de 700 millimètres annuellement.

Pratiquée à la fin de la saison hivernale entre octobre et mai, pour les intermittents, toute l'année pour les professionnels, la culture maraîchère est jugée "très" rentable par les autorités agricoles.

"D'après nos calculs, un maraîcheculteur peut gagner jusqu'à 200 000 FCFA au demi hectare par mois", indique la directrice de l'agriculture de la région du Centre au ministère de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, Mme Jeanne Zongo.

Comme M. Yalpougoudou, de nombreux autres habitants de Tanghin-Dassouri et de Komki-Ipala, deux communes à l'Ouest de la capitale ont opté pour la culture maraîchère même si certains comme Boukary Ouédraogo, ou même le fils aîné Abdou, 29 ans, plus prudents, ne comptent pas abandonner la production céréalière pour les légumineuses. "C'est vrai, ça permet de gagner beaucoup d'argent et d'acheter les céréales pour nourrir sa famille. Mais imagine si tout le monde faisait autant; il n'y aurait plus de céréales sur le marché ou, il y en aura mais les prix seront hors de portée", remarque Abdou, ajoutant qu'à la maison, il se complète avec son géniteur. "Imagine par exemple, l'année où on enregistre une mauvaise pluviométrie comme ça a été le cas l'année dernière, on aura de l'argent mais pas de céréales à acheter ou même que l'argent ne suffira plus pour payer la quantité de maïs ou de mil que l'on voudrait", renchérit son copain Boukary, visiblement fier d'avoir réussi une démonstration qui reflète la réalité du marché céréalier actuellement.

AIB - 16 juin 2008
RH/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Feature
Burkina : difficile de satisfaire à la demande de semences agricoles
Par Romaric HIEN

Ouagadougou, 28 mai 2008 (AIB) - Les semenciers agricoles ne pourront pas satisfaire à la demande en semences cette année au Burkina Faso alors que la saison agricole, qui a débuté en avril-mai, s'annonce difficile pour des milliers de producteurs pauvres frappés par diverses intempéries la saison écoulée.

Malgré la très forte augmentation de la production semencière qui est passée de 2.000 tonnes en 2006-2007, à près de 5.000 tonnes en 2007-2008, l'Union nationale des producteurs semenciers du Burkina Faso estime qu'il y aura une rupture de semences pour la saison agricole en cours.

Suite aux mauvaises récoltes enregistrées l'année dernière par de nombreux agriculteurs du fait des effets combinés de l'installation tardive et de l'arrêt précoce des pluies, des inondations, de la destruction des greniers, des milliers de producteurs ne disposent plus de semences pour entamer la saison agricole 2008-2009. Selon le Comité national de secours d'urgence (CONASUR), environ 19.285 ménages ont été victimes des inondations. En outre, plusieurs milliers de superficies emblavées ont été détruites par les eaux ainsi que des centaines de greniers, selon le ministère en charge de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques.

Par ailleurs, la plupart des producteurs frappés par les intempéries n'ont plus assez de ressources pour acquérir sur le marché les semences dont les prix ont flambé.

"Il y a des demandeurs (de semences agricoles) qui ne seront pas satisfaits cette année". D'ici fin juin, nous serons en rupture de stocks", a indiqué le président de l'Union, El Hadj Mahamoudou Ouédraogo.

La Banque mondiale a acheté pour cinq millions de dollars US 3.500 tonnes de semences pour les redistribuer à quelques 140.000 producteurs qui ont fait de mauvaises récoltes l'année dernière ou qui ont tout perdu du fait des inondations et qui n'ont pas non plus les moyens pour s'acheter des semences afin d'entamer la saison agricole, a indiqué son directeur des opérations pour le Burkina Ishac Diwan.

D'autres partenaires multilatéraux telle que la FAO (Organisation des Nations unies pour l'agriculture) ont commandé pour 500 tonnes de semences, tout comme des ONG comme le Catholic relief services, l'Organisation catholique pour le développement économique et social (OCADES) ou encore le CISV (une ONG italienne) pour environ 200 tonnes chacune.

"Nous attendons environ 200 à 300 tonnes de semences issues de la culture de contre-saison pour satisfaire à toute la demande", a ajouté M. Ouédraogo.

Le gouvernement burkinabè a lui aussi prévu de distribuer des semences agricoles à prix social aux paysans dans les 302 communes rurales du pays. Ainsi, le sac de semences améliorées sera vendu 1.000 FCFA à chaque paysan, l'objectif étant de produire 4 millions de tonnes à la fin de la campagne agricole 2008-2009. Près de 16 milliards de FCFA seront ainsi débloqués pour l'achat des engrais, des semences améliorées, des pesticides et pour l'appui-conseil des agriculteurs. Le riz recevra une attention particulière car, 7 milliards de FCFA seront consacrés à ce secteur pour la production de 260.000 tonnes représentant 60% des besoins de consommation nationale.

Pour M. Ouédraogo, les semenciers ont été "pénalisés par les yo-yo" de la saison pluviale l'année dernière. "Les pluies sont venues tard vers fin juin et en septembre, il n'avait plus aucune goutte d'eau tombée du ciel. Il nous a donc été impossible de produire la quantité de semences que nous avions prévue", conclut le président des semenciers du Burkina.

Malgré la flambée des prix des céréales, les semenciers ont maintenu le prix de vente à 500FCFA le kilogramme "après d'instances négociations avec les autorités et surtout la garantie que la totalité serait enlevée".

"Comme les partenaires nous ont rassuré qu'ils payeraient la totalité de nos semences, c'est pourquoi nous avons maintenu les prix inchangés", a déclaré Rasmané B. Zongo, président des semenciers de la région du Centre-Ouest.

L'objectif de produire 10.000 tonnes de maïs, de riz, de niébé, d'arachide, de soja, de sésame, de mil et de sorgho n'ayant pas été atteint l'année dernière du fait des "caprices pluviométriques", les 800 membres de l'Association des semenciers burkinabè ont remis ça pour la saison agricole 2008-2009, avec l'espoir que, cette fois-ci, la nature leur sera beaucoup plus clémente que la dernière fois.

AIB - 11 juin 2008


Burkina-Mali-Touaregs-rébellion
Au Burkina Faso, le désarroi de Touaregs ayant fui les combats au Mali
Par Romaric HIEN

Ouagadougou 04 juin 2008 (AIB) - Allongé sur un lit de fortune, Ali Mohamed Ag Ibrahim, vieil homme de 72 ans, se demande comment il a pu atteindre Ouagadougou, lui qui n'a plus ses jambes de 20 ans. «Nous sommes dans les vestiaires.on dit que ce sont les footballeurs qui dorment ici, alors je suis un bon athlète», lâche-t-il dans un rire qui laisse apparaître des dents bien blanches. «Nos vies maintenant sont sauves, c'est çà l'essentiel», ajoute le vieillard, cette fois-ci avec une voix peu audible.

Après trois jours de voyage à dos de chameau, M. Ag Ibrahim est arrivé comme plusieurs dizaines de ses compatriotes avec sa famille de six personnes dans la capitale burkinabè, fuyant les combats qui se déroulent au nord du Mali dans la région de Kidal. Ils sont au total 239 qui dorment dans les vestiaires de ce stade réquisitionnés par le département des Affaires étrangères pour la Commission nationale des réfugiés (CONAREF).

«Je suis venu ici avec ma femme il y a un an lors des premières attaques des rebelles en 2007. J'ai vécu la guerre en 1993 et quand les coups de feux ont éclaté, je suis parti en me disant : «  ça-là,  ça ne va pas se terminer tout de suite. J'ai eu raison», déclare Issa Ag Agalass, 41 ans.

Arrivé depuis près d'un an, il sert d'intermédiaire entre les autorités et ses compatriotes majoritairement analphabètes. Selon le coordonnateur de la CONAREF , M. Der Kogda, 329 Touaregs sont réfugiées à Ouagadougou où les autorités s'activent à aménager un site d'accueil à Saag Niongo, dans la banlieue nord-ouest de la ville. Mais avant, il faut définir leur statut : réfugiés ou demandeurs d'asile, comme les nomme les autorités burkinabè.


 «Ils ne sont pas d'abord des réfugiés, ce sont des demandeurs d'asile pour le moment», explique Paul Ido, agent chargé du recensement à la CONAREF , distribuant aux maris et aux femmes, des documents dits «A qui de droit». Selon lui, ce document sur lequel est apposé une photo d'identité sert à identifier chaque adulte et facilite la distribution des aides.

Il va également servir aux entretiens pour déterminer le statut de chacun, explique-t-il. Un comité réunissant en effet les départements des affaires étrangères, de la sécurité, de la défense, le HCR, la Croix rouge déterminera dans les jours prochains le statut de près d'un millier de personnes dont 329 enregistrées à Ouagadougou et 594 à Djibo dans la province du Soum au nord.

Mais pour le jeune Mohamed Alher Ag Abou qui se considère déjà comme un réfugié, la plupart viennent de la région de Tombouctou, de Gossi, de Gao et de Kidal. Beaucoup d'autres sont partis se réfugier en Algérie, en Mauritanie ou encore en Libye, indique-t-il. «Ceux qui viennent au Burkina sont ceux qui sont proches de la frontière. Koro est proche de Ouahigouya, Boni est proche de Djibo et Gao est proche de Gorom Gorom. C'est par ces frontières que les gens entrent par petits groupes de trois, quatre ou cinq pour ne pas se faire prendre par les autorités. En remontant vers le Nord, il y a des entrées en Libye, en Algérie et en Mauritanie», explique-t-il.

 «Il n'y a pas de combat à Tombouctou. Mais les gens fuient parce qu'ils ont peur car ils ont vu ce qui est arrivé dans les années 1990 et ne veulent plus que ça leur arrive». A 27 ans, Ag Abou rappelle d'ailleurs qu'enfant, ses parents et lui s'étaient déjà réfugiés au Burkina en 1993. «J'ai fait mon enfance ici. J'étais à l'école du camp des réfugiés de 1993 à 1997 avant qu'on nous rapatrie au Mali», rappelle-t-il.

Logé dans neuf salles du stade, ils sont dix, vingt, trente voire quarante, femmes, enfants et maris à dormir ensemble. Toujours anxieux, vieillards et femmes restent enfermés dans leurs dortoirs pendant que des dizaines d'enfants s'amusent à côté de la principale porte d'entrée du stade en compagnie de quelques parents dont beaucoup se font enregistrer dans «A qui de droit».

Issa Ag Agalass qui connaît désormais la ville, sert de guide aux visiteurs. «Ici, c'est la salle des hommes célibataires. Ils sont au moins une dizaine qui l'occupent», explique-il montrant une pièce avec une douzaine de lits et une vingtaine de matelas sales. Ça et là, on entend les cris des bébés, pendant que d'autres enfants s'amusent le long des couloirs des vestiaires, regardant, les yeux hagards, les visiteurs. Ag Agalass indique la salle 055 : «Il y a sept familles ici», plus loin à la salle 058, neuf familles sont logées. Une famille peut compter jusqu'à six personnes au moins. Tous dorment sur des lits offerts par la CONAREF. La Croix rouge burkinabè a donné des effets d'habillement, des moustiquaires, des nattes, des sceaux, etc. et Médecins sans frontières (MSF) s'occupe des conseils d'hygiène et du soin des malades.  

Trois repas leur sont servis par jour. «On mange le matin à 6h30, ensuite à midi et le soir à 18heures». Café, pain avec beurre, riz, spaghettis, macaroni, igname constituent le menu des repas servis. Une alimentation différente des habitudes des Touaregs qui préfèrent le lait etle thé.

«Nous les Touaregs, on aime le lait, la viande séchée ou fumée et le thé ; quand il n'y en a pas on est malade surtout les vieux et les enfants. Ils ne peuvent pas manger tous les jours le riz, le spaghetti.», déplore Issa Ag Agalass.

Mais pour le jeune Mohamed Alher Ag Abou, «quand vous êtes dans une situation comme le nôtre, vous n'avez pas le choix ; c'est quand tu es à l'aise que tu choisis».

Comme plusieurs de ses camarades, Ag Abou, qui est encore célibataire se demande quand la guerre va finir pour qu'il retourne poursuivre son métier d'artisan et rencontrer sa petite amie restée à Boni.

«C'est dommage. Nous on aime notre pays, dès qu'il y a la paix on va y retourner mais au Mali, aujourd'hui, il y a la paix, demain il y a la guerre, après demain il y a la paix, le lendemain encore c'est la guerre. Ça fait peur».

AIB - 04 juin 2008
RH/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Feature
Lutte contre la crise alimentaire : La tradition culturale africaine n'a pas dit son dernier mot
Par Aimé Mouor Kambiré

Ouagadougou, 04 juin (AIB) - Alors que les chefs d'Etat et de gouvernement se sont réunis à Rome pour plancher sur les options politiques agricoles et le financement de l'aide alimentaire dans cette situation de crise alimentaire généralisée, les techniques culturales traditionnelles africaines sont vues par des acteurs de terrain comme une alternative du point de vue de leurs résultats.

Le zaï, le cordon pierreux, les demi-lunes, les banquettes, envisagés dans la lutte contre la désertification, se présentent aujourd'hui comme des techniques d'adaptation aux changements climatiques, mais aussi des solutions à moyens termes à la crise alimentaire.

La technique du zaï consiste à creuser dans les champs de petits trous enrichis au fumier ou au compost et à y mettre les semis. Les demi-lunes sont une technique similaire au zaï, mais le trou en demi-cercle, est plus élargi et reçoit un grand nombre de pieds, contrairement au zaï. Quand au cordon pierreux, il s'agit d'une diguette de pierres placée sur des courbes de niveaux.

Leurs utilisations au Burkina Faso et au Niger ont montré des résultats jugés satisfaisants par les chercheurs et les producteurs.

La technique du zaï utilisée à Ziga, un village du Burkina, a produit un taux de rentabilité de 125,4% pour le sorgho et 91,6% pour le mil, sans compter les résidus et l'ensemble de la biomasse, selon une évaluation faite par l'Institut national de recherches agronomiques (INERA) et déposée lundi 2 juin dernier au CILSS (Comité permanent inter-Etat de lutte contre la sécheresse dans le Sahel).

Sur l'ensemble du Plateau mossi, le taux de rentabilité estimable est évalué à 31% pour le Sorgho et 24% pour le mil, selon le Dr Souleymane Ouédraogo, chercheur à l'INERA.

Le zaï appelé « tassa » au Niger, a un taux de rentabilité de 39 à 82% selon les régions, 37% pour les demi-lunes, et 31% pour la régénération naturelle assistée, c'est-à-dire pour ce qui concerne les arbres et les herbacés dans ces milieux entretenus.

Au Niger, le cordon pierreux a permis une régénération du couvert végétal, plus important dans les villages cibles, au sud du pays qu'au nord du Nigeria, pourtant plus arrosé. Mahamane Lawarnou, un écologue forestier et enseignant à l'université de Niamey explique qu'à l'aide du cordon pierreux, en vingt ans d'effort, 200 millions d'arbres ont vu le jour à raison de 20 à 150 arbres par hectare. « 15 à 40 espèces qui avaient disparues, ont réapparu », a-t-il dit.

« Partout le phénomène est spectaculaire et là où il n'existe pas d'arbres il y a vingt ans, de véritables formations anthropiques se sont installées. Le Niger reverdit ! », s'est réjoui le CILSS.

A ces résultats, s'ajoutent d'autres avantages difficiles à évaluer en termes économiques, selon M Souleymane Ouédraogo de l'INERA. Il s'agit essentiellement de la réduction de l'exode rural, trois fois moins que dans les villages sans aménagements novateurs de terres et l'enrichissement de la biodiversité.

Le président en exercice du CILSS, le président mauritanien Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdoullahi, avait affirmé en avril dernier à la 22ème journée du CILSS que « ces résultats, montrent qu'il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres arides et conforte notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification »

Les paysans adhèrent à leurs pratiques remises au goût du jour, mais attendent du soutien

Le cordon pierreux est une vielle pratique utilisée par les paysans sur les terres en pente ou quelquefois pour délimiter des champs. Le zaï quant à lui, était utilisé sur des terrains plats recevant peu de pluie. Aujourd'hui, les paysans ne se font pas conter l'intérêt de ces pratiques remises au goût du jour.

« Le zaï permet à la plante de résister à deux semaines de sécheresse », explique Mathieu Ouédraogo, un représentant des paysans. Il sait aussi que le cordon pierreux ralentit l'érosion hydrique, arrête les débris et les graines d'herbacés et d'arbres transportées par les eaux, ce qui, selon lui, permet d'assister à la naissance d'une haie vive le long du cordon pierreux en l'espace d'une année.

« Il y a d'autres pratiques traditionnelles et si on les regarde de près, on peut les améliorer avec les scientifiques pour les mettre au profit des adaptations contre la désertification », souligne M. Ouédraogo.

Mais le premier handicap à la généralisation de ces techniques culturales reste le manque de moyens. L'aménagement du cordon pierreux sur un terrain d'un hectare coûte 77 000 francs CFA, selon le Programme national de gestion des terroirs (PNGT), 155 000 francs selon le Programme spécial de conservation des eaux et des sols (CES/AGF). La technique du zaï sur la même superficie nécessite 723 000 francs.

« Sauf à les utiliser dans des champs collectifs, il est difficile pour un paysan de mobiliser autant d'argent pour aménager son champ privé », reconnaît le CILSS. En plus, les paysans sont sous-équipés et accèdent difficilement aux crédits agricoles.

Le soutien des Etats reste faible. 5% d'aide publique au développement sont investis dans l'agriculture et ils sont rares les Etats qui, en négociation avec les partenaires au développement, hissent le secteur agricole au rang des priorités de l'heure. « L'agriculture mérite autant d'intérêt que d'autres types d'investissement », soutient le Dr Edwige Botoni, experte en gestion des ressources naturelles au CILSS.

Le CILSS au devant d'un plaidoyer pour la promotion de ces pratiques

Le CILSS, créé en 1973 pour faire face au déficit alimentaire et contrer les effets de la sécheresse dans le Sahel, se voit plus que jamais interpellé dans cette situation de crise alimentaire. Des manifestations contre la faim ont éclaté au Burkina et au Sénégal, deux de ses membres. Outre ces pays, la Guinée-Bissau , la Mauritanie et le Tchad, d'autres pays couverts par le Cilss, sont considérés par la FAO comme pays en situation de crise alimentaire, alors que ni la situation actuelle ni les prévisions climatologiques n'incitent à l'optimisme.

Le niveau des productions céréalières de la présente campagne, rehaussé des stocks résiduels, ne permet pas de satisfaire les besoins céréaliers des quelque 50 millions d'habitants du Sahel jusqu'aux prochaines récoltes. Les pays membres du CILSS accusent un déficit céréalier de 913 100 tonnes.

« Les populations vulnérables du Sahel peinent déjà à faire face au cycle périodique de sécheresse, d'invasions de criquets pèlerins, d'épidémies et de pénuries alimentaires. L'envol des prix des denrées alimentaires de base aggrave encore leur situation nutritionnelle et pourrait déclencher une catastrophe humanitaire », s'est inquiété Louis Michel, commissaire européen chargé du développement et de l'aide humanitaire.

Par ailleurs, les modèles d'études climatologiques prédisent le maintien des catastrophes naturelles dans les prochaines années dans le Sahel et mêmes dans les pays plus arrosés. Si le volume des précipitations est prévu pour rester égal à celui des années antérieures, la durée de la saison hivernale devrait se réduire et les précipitations « concentrées sur une courte période ».

Les conséquences d'un tel changement, selon Mme Botoni, est la perturbation du cycle de maturation des cultures, des difficultés d'approvisionnement en eau, des érosions hydriques accentuées dans un contexte où les causes et les conséquences s'entretiennent.

Les responsables du CILSS entendent mener des actions de plaidoyer pour une sécurité alimentaire dans leur zone d'action, en passant par la promotion des pratiques culturales qui ont fait leur preuve en tant que techniques d'adaptation aux changements climatiques.

Pour être plus convaincant auprès de leurs partenaires, ils ont lancé des « études Sahel » au Niger, puis au Burkina, au Mali et au Sénégal, afin de prouver qu'il est économiquement rentable d'investir dans la gestion durable des terres.

Devant l'urgence de la crise alimentaire, il a invité la presse étrangère et locale pour un voyage au Burkina Faso et au Niger, sur les sites où sont appliqués le zaï, le cordon pierreux, les demi-lunes.

AIB - 04 juin 2008
AMK/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Feature
L'éducation des filles, la solution contre la féminisation du sida
Par Aimé Mouor Kambiré

Ouagadougou, 2 mai (AIB) - La scolarisation pour les jeunes filles réduit grandement leur vulnérabilité au Vih-Sida, tout en leur procurant des possibilités pour leur indépendance, leur réussite économique et sociale.

L'éducation est reconnue comme un facteur essentiel du développement intégral. La Conférence internationale sur les soins de santé primaires et les systèmes de santé en Afrique, tenue du 28 au 30 avril derniers reconnaît en premier lieu « les liens étroits » qui existent entre l'éducation, la santé, la gouvernance, l'environnement, la paix et la sécurité.

Dans les domaines spécifiques de la santé, l'éducation s'avère efficace, notamment dans la lutte contre le sida qui frappe beaucoup plus les femmes que les hommes, en Afrique, tout comme au Burkina, le deuxième pays reconnu officiellement comme le plus touché par le VIH-Sida en Afrique de l'Ouest.

« Le sida au visage féminin », est une réalité au Burkina Faso. Sur 150 000 personnes vivant avec le VIH/Sida, 80 000 sont des filles et des femmes.

Des études menées dans sept pays d'Afrique, dont le Burkina et le Mali, montrent que les filles bénéficiant d'une éducation secondaire ou supérieure ont au moins cinq fois plus de chance de maîtriser complètement la question de la sexualité et du sida.

Les filles qui sont non scolarisées ou précocement déscolarisées entrent très vite dans la vie sexuelle, via les mariages forcés, quelque fois, la prostitution, pour défaut d'emplois et d'encadrement et les agressions sexuelles des tuteurs ou des employeurs. Tandis que celles qui atteignent l'enseignement supérieur connaissent un début tardif de l'activité sexuelle ou tout le moins la pratiquent peu, parce que absorbées par les études.

Pour l'ONU/Sida, l'éducation prolongée accroît l'autonomie des jeunes filles et les munit du savoir-faire et du savoir-vivre nécessaires pour leur permettre de choisir le moment de leur mariage et de leur grossesse. Elle leur permet « d'éviter de se livrer au commerce du sexe et à d'autres comportements risqués », souligne l'organisme onusien.

« L'éducation est l'arme la plus puissante que l'on puisse utiliser pour changer le monde. C'est aussi une arme dont le monde ne saurait se passer dans la lutte contre le sida », a affirmé Nelson Mandela, ancien président de l'Afrique du Sud, le deuxième pays qui abrite le plus de séropositifs dans le monde ; 5 millions de personnes concernées.

La simple présence assidue à l'école primaire soustrait considérablement les filles à d'éventuelles situations de risque de contamination au VIH. Selon la Coalition mondiale sur les femmes et le sida, une initiative de l'ONU/Sida, « si chaque enfant avait accès à l'enseignement primaire et pouvait aller jusqu'au bout de sa scolarité, au moins 7 millions de nouveaux cas d'infection à VIH seraient évités sur une décennie »

L'éducation a une valeur protectrice pour tous les enfants, mais particulièrement pour les filles qui gagnent en indépendance chaque année d'étude supplémentaire. Elles se retrouvent ainsi bien informées et plus éveillées pour gérer leur vie sexuelle d'une part et gagner leur vie, ce qui les éloigne des tentations et des soumissions sexuelles diverses.

Hausse du taux de la scolarisation des filles et baisse de l'emprise du sida au Burkina

Le taux de scolarisation au Burkina a progressé de 15% en 1980, 31¨% en 1996 à 36% en 2000. Les données de 2006 font état de 55% de taux de scolarisation pour les filles contre 62% au plan national.

Ces efforts inscrits dans une politique d'égalité des chances et de promotion de la jeune fille ont été accrus dans le cadre des objectifs du développement pour le millénaire. A travers le pays, de nombreuses initiatives et des projets sont lancés pour accélérer la scolarisation des enfants de façon générale et celle des filles en particulier.

L'augmentation de la scolarisation coïncide avec une nette atténuation de la violence du sida sur la population. Le taux de prévalence du VIH -Sida est en baisse considérable au Burkina. Il a atteint le pic de 7,14% en 1997 pour redescendre à 2% en 2006.

Mais l'éducation ne résout pas tout et les pays durement frappés par le sida ne sont pas ceux dans lesquels les filles sont les moins instruites. A titre comparatif, la Côte d'Ivoire abrite le plus grand nombre de séropositifs en Afrique de l'Ouest alors que son taux d'éducation pour les filles est plus élevé que celui du Niger ou du Burkina.

On parle alors des pesanteurs socioculturelles et des mauvaises habitudes. « Partout où vous voyez de la violence, qu'elle soit physique, psychologique ou sexuelle, vous verrez aussi le sida », souligne Violeta Ross de la Corporation internationale financière (CIF) de Bolivie.

Au Burkina, les femmes atteintes par le VIH représentent 53,3% de l'ensemble des victimes. Ce qui explique ce pourcentage, selon le ministère de la Promotion de la femme, est au-delà de la vulnérabilité biologique de la femme vis-à-vis du VIH, liée à «  sa situation socioéconomique défavorable et les pesanteurs culturelles ».

La féminisation du sida se trouve ainsi induite d'un ensemble de facteurs conjugués et l'éducation apparaît comme une solution non seulement contre le VIH -Sida, mais aussi contre les autres maladies des pauvres et contre simplement la pauvreté maladive.

AIB - 03 mai 2008
AMK/SVY

Actualités-Education - Burkina


Feature

Petite irrigation villageoise : Une alternative pour la sécurité alimentaire dans une région déficitaire
Par Loro Rigobert Malo

 Kongoussi, 23 avr (AIB) - A Darigma, village situé à 11 km au nord de Kongoussi, un champ de maïs de 6,88 hectares est au stade de la montaison. Les 172 exploitants attendent 20,64 tonnes de récolte et plus de  8 millions de Francs CFA de résultat brut d'exploitation.

La région du Centre-nord vit un déficit céréalier chronique estimé à 26.000 tonnes cette année. Les perspectives en matière de culture de contre-saison sont plutôt bonnes.

Une visite guidée de la direction régionale de l'agriculture, de l'hydraulique et des ressources halieutiques du Centre-nord le mardi 15 avril 2008, a permis d'apprécier la contribution réelle de la production de contre-saison à la lutte contre l'insécurité alimentaire dans les contrés du Lac Bam.

Les réalisations de la petite irrigation villageoise dans la province incitent à le dire. A Bargo, dans la commune de Zimtenga, un groupe de 110 femmes soutenues exploitent une superficie de 6 hectares . Elles ont développé une pratique culturale locale en associant le maïs et la tomate, deux spéculations qui semblent ne pas se gêner et qui au contraire permettent une double production. Ainsi, plus de 4 tonnes de maïs et 90 tonnes de tomate sont attendues pour une valeur monétaire d'environ 21 millions de francs CFA.

Dans la même commune,  un autre groupe de femmes expérimente l'arachide comme culture de contre saison. La variété SH 470 P en production sur 6 hectares devrait permettre de récolter 12 tonnes d'arachides et de dégager 3.318.000 F CFA de bénéfice au profit des 120 femmes exploitantes.

La situation est aussi reluisante dans le village de Zimtenga. Comme à Bargo et à Battanga, les exploitants sont des femmes au nombre 60. Trois (03) tonnes de niébé et plus d'un million de francs CFA de revenus sont attendus de cette exploitation de 3 hectares .

Dans cette contrée, les autorités coutumières mettent la main à la pâte pour donner l'exemple. Le Datenga Naaba a une grande expérience dans ce domaine et exploite présentement 100 hectares dont 40 ha en oignons, 40ha en haricot vert et 20 ha en tomate.

L'autosuffisance alimentaire et la lutte contre la pauvreté peuvent bien emprunter cette voie dans la province du Kongoussi. Les populations font confiance à l'irrigation villageoise. « La petite irrigation villageoise nourrit très bien son homme », a affirmé le chef coutumier du Datenga. « Les hommes et les femmes qui s'y donnent gagnent leur vie », a renchérit Jean Marie Ouédraogo, membre de l'équipe de la visite guidée.

Selon le chef de mission du ministère de l'agriculture, de l'hydraulique et des ressources halieutiques, M. Aimé Séverin Kima, « au Bam, tout comme dans les régions déjà visitées, la campagne se porte bien. Les productions prévisionnelles nous laissent croire que nous sommes à un niveau où il n'y a plus d'inquiétudes à se faire ».

Pour la présente campagne, la province du Bam a mis en valeur 2485 hectares de cultures maraîchères et 141 hectares de cultures céréalières.

Le directeur régional de l'agriculture Sampana Karfo suppose que si les producteurs utilisaient les semences améliorées et pratiquaient le système associé, le Centre-nord pouvait en deux campagnes résorber son déficit céréalier chronique et parvenir à une autosuffisance alimentaire. « Nous pouvons bouter l'insécurité alimentaire hors de la région si nous nous organisons davantage », a-t-il insisté.

Les producteurs maraîchers de la province réalisent chaque année en moyenne 1,5 milliards de francs CFA de résultat brut d'exploitation. Cette année, ils projettent produire environ 24 000 tonnes de récoltes ce qui va procurer à l'ensemble des producteurs plus de 2 milliards de francs CFA de recettes.

La petite irrigation villageoise est en application depuis 2002 au Bam. Mais les producteurs sont confrontés à des difficultés.

L'acquisition des outils de travail, le matériel d'irrigation constituent la première des difficultés des maraîchers. La motopompe et ses accessoires coûtent en moyenne 1,5 millions de francs CFA. Même subventionnés, ils s'acquièrent autour de 600.000 F CFA à Kongoussi. Ils ne sont donc pas encore accessibles à tous les paysans qui en plus de cela, doivent payer le petit matériel et aménager les parcelles. A cela s'ajoute le problème de disponibilité et de coût des intrants.

D'autres producteurs ne maîtrisent pas les exigences des semences améliorées et les pratiques culturales qui leur sont conseillées. « J'ai des difficultés pour avoir les intrants spécifiques à certaines cultures comme le haricot vert. Et quand j'en trouve, ils sont très chers », a dit le Datenga Naaba qu'on dit « rodé » dans ce domaine de maraîchage.

Mais la plus grosse difficulté reste la commercialisation. « Il n'y a pas de marché », ont regretté plusieurs producteurs rencontrés. « Au niveau de l'oignon par exemple, l'an passé, en fin décembre on vendait le sac de 120 kg à 35.000 F CFA. Cette année, le même sac est actuellement à 6 500 F CFA. Ce qui ne permet pas au producteur de rentrer dans ses dépenses », a confié le Datenga Naaba.

Ces difficultés freinent l'élan de la petite irrigation villageoise. Selon les statistiques de la direction provinciale de l'agriculture, de l'hydraulique et des ressources halieutiques, seulement de 20% des potentialités de la province en la matière, sont exploitées.

Le lac Bam, long de 42 km , le lac Boukou de Bourzanga et 21 autres retenues d'eau ont une capacité cumulée de 66 millions de m3 d'eau et offrent 10.300 hectares de terres aménageables. Les 6 200 exploitants en saison sèche aménagent en moyenne 2 000 hectares .

AIB - 23 avril 2008
LRM/SVY

Actualités-Agriculture - Burkina


Burkina Faso-Alimentation
L'alimentation de rue, un outil de développement et un problème à résoudre
Par Moumouni Yaméogo

Ouagadougou 15 arv. (AIB) - Manger dans la rue fait partie de plus en plus des habitants des Ouagalais. « La hausse du prix des hydrocarbures et le phénomène de la vie chère ont amené les citadins à adopter un nouveau comportement pour minimiser les coûts » explique la présidente du collectif des associations des restauratrices et transformatrices des produits locaux au Burkina Faso, Mme

Rasmata Kabré à l'occasion de la première journée consacrée à la promotion de l'alimentation de rue. « Et puis il est souvent moins onéreux de s'acheter à manger au bord de la rue que de vouloir préparer » a-t-elle poursuivi. Ainsi le secteur de l'alimentation de rue connaît un « véritable boum » à Ouagadougou.

Dans la capitale du Burkina Faso, selon l'ONG ASMADE (Association songui manégré aide au développement), plus de 1 500 femmes évoluent dans le secteur de l'alimentation de rue.

Selon la secrétaire exécutive de l'ONG ASMADE Mme Juliette Compaoré, l'alimentation de rue regroupe tous les aliments que nous rencontrons en dehors de la maison ou des restaurants classiques. Ainsi les kiosques, les grilleurs de viande, les marchands ambulants ou semi-ambulants de fruits, les restaurants par terre » se trouvent dans le vocable de l'alimentation de rue.

A Ouagadougou, ce secteur est à 80% féminin. Cette population élevée de femmes dans le secteur selon Mme Ramata Kabré découle du niveau de pauvreté des femmes, du retard ou de la non-scolarisation de ces dernières et les pesanteurs sociaux qui déterminent souvent la faible participation des femmes à la vie économique.

Et pourtant « ce secteur d'activité économique fait vivre les populations car il contribue non seulement à leur alimentation mais parce qu'elle génère des revenus aux prestataires de services qui sont soit des femmes, soit des hommes, soit des jeunes » a soutenu la secrétaire générale du ministère de la Promotion de la femme Mme Jocelyne Vokouma lors de la journée de promotion de l'alimentation de rue.

Selon l'ONG ASMADE qui soutient 1 500 restauratrices dans la ville de Ouagadougou, ces femmes voient leurs revenus augmentés. Ainsi de 3 à 4 kilogrammes par jour.

En terme de bénéfice, chacune des 1 500 femmes soutenues par ASMADE réalise 10 000 à 20 000 F CFA de bénéfice journalier. Et chaque femme emploie en moyenne 3 à 4 personnes, luttant ainsi contre le chômage. De par leur activité les femmes de la « petite industrie agroalimentaire » soutiennent les charges domestiques. Elles payent souvent la scolarité des enfants.

« Elles participent à la construction de l'économie nationale » a martelé la secrétaire exécutive de l'ONG ASMADE, Mme Juliette Compaoré.

« La consolidation du développement de la restauration de rue peut entre autre contribuer à réduire la pauvreté des femmes en leur procurant des revenus monétaires » a reconnu la secrétaire générale du ministère de la Promotion de la Femme. Ce qui rentre dans les priorités du plan d'action nationale pour la promotion de la femme. « Qui peut se targuer de ne jamais manger dehors ?Pour la santé des populations, veillons à la qualité de ces aliments vendus sur la voie publique », le thème de la première journée de plaidoyer en faveur de l'alimentation de rue est évocateur. Car même si le secteur est croissant, il faut reconnaître que « des risques sanitaires existent et nous devons travailler avec les acteurs du secteur pour relever le nouveau de l'hygiène » a indiqué Mme Jocelyne Vokouma.

« L'occupation anarchique des espaces publics, l'insalubrité des lieux de vente et de préparation des produits, l'insuffisance même des produits, les toxi-infections alimentaires sont des problèmes aux quels les vendeurs et les consommateurs sont confrontés et exposés » a expliqué Mme Juliette Compaoré.

Pour minimiser ces risques, les 1 500 restauratrices sous l'égide de l'ONG ASMADE travaillent avec la direction de l'hygiène et de la santé, le laboratoire national de la santé publique et la ligue des consommateurs. C'est ainsi que les 1 500 femmes ont bénéficié des formations en hygiène, en gestion marketing. Elles ont également bénéficié de tables d'exposition, des emballages spécifiques pour mieux conserver les aliments et des blouses. L'ONG ASMADE à travers un projet appuyé par l'Union européenne a permis aux femmes de se rendre au Bénin, au Sénégal et au Mali pour s'imprégner de l'expérience de leurs consours en matière de l'alimentation de rue. Elles ont également bénéficié des crédits pour booster leurs activités.

Quant l'occupation de la place publique, Mme Juliette Compaoré dit avoir entrepris des démarches auprès des différents arrondissements pour plaider en faveur des restauratrices. Mais à ce jour une place leur a été accordée à Tanghin.

Pour Mme Compaoré le combat pour l'hygiène est un combat qui engage et les consommateurs et les vendeurs. Il faut que les consommateurs soient de plus en plus actifs et réagir aux manquements d'hygiène constatée dans l'alimentation de la rue.

Le secteur de l'alimentation de rue peut-être le secteur de développement si tout le monde engage sa promotion surtout qu'elle intéresse les femmes et « aider les femmes à sortir de la pauvreté c'est aider les nations à sortir de la pauvreté » a clamé Mme Ramata Kabré.

AIB - 16 Avril 2008
RH/SVY

Actualités-Economie - Burkina


Feature

L'urbanisation dans certains quartiers de Ouagadougou fait des mécontents
Par Boureima Lankoandé

Ouagadougou 9 avril (AIB) - La ville de Ouagadougou ne cesse de s'étendre et les maisons s'érigent dans les nouveaux secteurs qui sont en perpétuelle construction. Depuis quelques temps les constructions sont presque permanentes dans certaines zones.

L'urbanisation est toujours utile et même nécessaire. Pour une ville comme Ouagadougou, à très grande affluence et point de convergence des principales transactions commerciales et politiques, elle demeure incontournable.

La vitesse d'extension de la capitale est très remarquable. Les gens s'affairent chacun à se faire un logis selon ses moyens ou sa convenance. Des maisons de taille variée, des maisons d'habitation, de commerce divers, il en existe.

Au secteur 27, la construction cause beaucoup de désagréments à certains habitants et usagers des voies qui traversent le quartier. L'espace public est souvent mal occupé, le matériel de construction (sable, gravillon, gravier, briques, cailloux, bois, fer) est déposé sur la route (les 6 mètres ) gênant la circulation et constituant un danger pour les enfants qui s'y amusent.

M. Evariste Sanou, étudiant habitant le secteur : «Il y a des gens qui confectionnent des briques sur la route là-bas. Avant c'était des briques en banco et maintenant ce sont des briques en ciment étalées sur une partie de la voie». 

Cette situation prendra le temps nécessaire à la finition de l'ouvre entamée. En fonction des moyens dont dispose le propriétaire et du temps matériel des ouvriers, les usagers de ces voies publiques sont amenés à trouver des astuces pour se frayer un passage et se rendre au service ou rentrer chez eux. Les gens s'en plaignent assez surtout du temps que cela dure.

M. Augustin Komondi, Assistant de police usager de la route : «Sur la route qui mène vers la voie principale il y a le propriétaire d'une concession qui a construit une sorte de terrasse entamant la route devant la cour. Le passage ainsi réduit rend la circulation sur cette route difficile. Lorsque deux voitures se rencontrent à ce niveau, il faut nécessairement qu'une cède le passage à l'autre. Et là on perd le temps inutilement.»  

La situation n'est pas du tout enviable, et peut durer trois mois, un an et même plus parce qu'il y a des gens qui suspendent les travaux pour diverses raisons. Mais au lieu de dégager le passage, ils se fient à leur volonté et leurs caprices.

La voie publique est également devenue le lieu où certaines familles, personnes déversent les ordures ménagères, et canalisent ou versent les eaux usées. La praticabilité des routes ainsi atteintes devient petite au grand dam des usagers.

M. Evariste Sanou, étudiant habitant le secteur  «Là-bas à côté de la villa, une voiture est tous les jours lavée et l'eau ruisselle et stagne comme une mare sur le passage. Par moment il se dégage des odeurs de toute sorte du fait que le coin est permanemment mouillé par des eaux la plupart du temps sales. Ce sont des actions anti développement puisque la situation perdure.»

Au-delà de cet aspect, il y a des désagréments inhérents à la situation à savoir les intoxications (les odeurs et les maladies diverses) dont elle pourrait être la cause. Ses eaux sales peuvent servir de gîtes pour les moustiques et également dégrader la route. Ce sont des cas qui altèrent le bon voisinage. «Dans ce quartier ici il y a des moustiques à tout moment de l'année à cause des saletés permanentes» , ajoute M. Sanou.

La bonne entente et la bonne collaboration pourraient être préservées si ces gens-là recueillaient les eaux de lessives, de vaisselle dans des puits perdus et collectaient les déchets dans des bacs à ordures préalablement installés au sein de leur concession. Les solutions à ce problème sont diverses et à protée de main.

La route est un espace public ; elle n'appartient à personne. Il est alors important de ne pas en abuser l'exploitation, mais de le dégager et le maintenir propre au bénéfice de tous.

AIB - 09-04-08
RH/SVY

Actualités-Environnement - Burkina


Convergences des différentes forces sociales dans la promotion des Droits de l'homme au Burkina 
Par François Kaboré

Koudougou, 02 avril (AIB) - Au Burkina, les organisations de défense de droits de l'homme dénoncent souvent la violation des droits des citoyens en indexant les autorités gouvernementales, mais en général dans les réflexions, autorités gouvernementales, coutumières et société civile s'attendent pour rechercher les solutions.

A la commémoration le 31 mars à Koudougou, de la journée du souvenir de la promotion des droits humains et de la démocratie, sous la conduite du ministère de la Promotion des Droits Humains (MPDH), le gouvernement, le Mouvement burkinabè des droits de l'homme et des peuples (MBDHP) et les dépositaires des valeurs coutumières y ont pris une part active.

La journée célébrée sous le thème : « jeunesse et culture de la paix » a connu la participation de nombreux public, composé des directeurs régionaux et provinciaux, de chefs de services et bien d'autres citoyens désirant cerner davantage le sens du pardon. Ils ont suivi avec intérêt la projection du film documentaire intitulé « semer les droits humains : état de la démocratie et des droits humains au Burkina Faso » (77 minutes), conçu par le MPDH et réalisé en 2005.

Le film fait la genèse et la mise en place des institutions démocratiques au Burkina Faso. Il montre en outre le processus d'adoption de la constitution du 11 juin 1991, le contenu de la constitution, les premières élections et la mise en place des institutions républicaines.

L'évolution de la démocratie et des droits humains, l'état des lieux de la démocratie et des droits humains, les perspectives pour ce qui concerne les grands défis en matière de promotion et de protection des droits humains sont autant de préoccupations abordées par le film.

Le film a suscité beaucoup de questions auxquelles le ministre Salamata Sawadogo et ses proches collaborateurs ont apporté des éclaircissements. Dans la soirée, le ministre Sawadogo, en compagnie des autres membres du gouvernement et des autorités de la place se sont déportés au Lycée provincial de Koudougou. Elle a animée une conférence sur le thème : « Civisme et tolérance en milieu scolaire ».

Le public jeune, scolarisé ou non, ciblé dans le thème, a répondu massivement à l'appel du MPDH si bien que la grande salle s'est révélée petite en cette circonstance.

La fraude aux examens, le banditisme, les casses auxquels la jeunesse est impliquée, sont condamnés unanimement par la classe politique, les associations de défense des droits humains et les autorités coutumières et religieuses. La dernière réprobation du genre, fait suite aux violentes manifestations contre la vie chère, muées en casses et pillages de biens publics et privés à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso.

Les différentes forces sociales ont dénoncé ces actions et ces gaspillages menés par des groupuscules de jeunes.

A l'occasion de la journée du souvenir, le Moogho Naaba, chef des mossi, a envoyé au ministre de la Promotion des Droits Humains deux poèmes  sur le pardon et la paix. La lecture de ces deux poèmes a été faite par deux Samo, parents à plaisanterie de mossi, sur « exigence » du ministre Sawadogo.

La commémoration de cette journée du souvenir de la promotion des droits humains et de la démocratie concorde avec les engagements pris par le Président du Faso le 30 mars 2001, lors de la journée nationale de pardon.  A la suite et depuis 2003, le MPDH a institué la journée du souvenir.

Les villes de Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Kaya, Manga et Bogandé ont déjà abrité la commémoration de la journée du souvenir qui d'une manière générale est commémorée  sous le signe de la promotion, de la protection et de l'enracinement des droits et libertés fondamentaux. Selon le ministre Salamata Sawadogo, l'objectif général de la commémoration de cette journée est la consolidation de la paix et du dialogue social dans notre pays.

Le gouverneur de la région du centre ouest M. Baworo Seydou Sanou pour sa part a félicité le MPDH pour le choix de la ville de Koudougou, chef lieu de la région, pour cette commémoration.

Il a souhaité que la présente édition de la journée du souvenir ajoute « un plus » à l'action déjà entreprise par le ministère de Salamata Sawadogo pour la promotion des droits humains au Burkina Faso.

De hautes personnalités de notre  pays notamment le Médiateur du Faso madame Amina Ouédraogo, le ministre de la Jeunesse et de l'Emploi Justin Koutaba, le ministre de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation madame Odile Bonkoungou et le ministre de la Fonction publique et de le reforme de l'Etat Seydou Bouda étaient présentes à Koudougou pour la circonstance.

AIB - 02 avril 2008
FK/SVY

Actualités-Politique - Burkina


Burkina-Eau-Assainissement
Eau potable et Assainissement au Burkina, des perspectives heureuses pour le Burkina
Par Jean Philippe Tougouma

Ouagadougou, 26 mars (AIB) - A l'horizon 2015, plus de 90% de burkinabè pourraient avoir accès à l'eau potable. Le programme national d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement en a fait une priorité. Lancé le 21 mars dernier, ce programme de près de 600 milliards de F CFA sera une aubaine s'il venait à termes.

Le Burkina Faso, pays sahélien connaît actuellement une disparité dans l'accès à l'eau potable notamment entre quartiers ou hameaux d'un même village ou entre communes d'une même région. Si ce n'est entre les régions entre elles. C'est donc pour corriger cette situation, que le gouvernement burkinabè a lancé le programme national d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement (PN-AEPA).

L'objectif majeur est de passer de 60% de la proportion de la population qui a accès à l'eau potable à plus de 90% en 2015, tout en renforçant les infrastructures d'assainissement à 57%.

« C'est une volonté politique du chef de l'Etat Blaise Compaoré (qui vise) à améliorer la couverture des besoins en eau potable et d'assainissement pour toutes les couches de la population bourkinabè » a déclaré l'ancien ministre burkinabè en charge de l'Eau M. Salif Diallo.

Selon lui, l'objectif de la mise ouvre du PN-AEPA est de « transférer progressivement aux communes et aux régions, la maîtrise d'ouvrages des actions de développement et des gestions d'infrastructures. Il s'agit de « responsabiliser les communautés à la base ».

Ainsi au plan des réalisations en milieu rural, le PN-AEPA prévoit 17 290 nouveaux points d'eau moderne et 520 adductions d'eau potable simplifiées pour la composante eau potable. Pour la composante d'assainissement il est prévu 395 000 latrines familiales dans les 45 provinces que le compte le Burkina et 12 300 blocs de latrines publiques dans les écoles, centres de santé, gares routières, marchés et lieux de culte.

Alors qu'en milieu urbain, le programme prévoit 92 nouveaux forages à grand débit ; 4 stations de pompage et traitement d'eau de surface. Près de 3000 kilomètres d'extension de réseau, 30 nouveaux châteaux d'eau, 180 000 nouveaux branchements particulier et plus de 1000 bornes fontaines devraient voir le jour d'ici la fin de programme.

Toujours en milieu urbain, le volet assainissement portera sur l'élaboration et la mise en ouvre de 32 plans stratégiques d'assainissement, la construction dans les centres urbains de 222 000 latrines familiales, de 900 blocs de latrines au niveau des marchés et gares routières, de même qu'au niveau des écoles.

Il est également prévu la desserte de 32 000 personnes supplémentaires par branchement aux réseaux d'assainissement collectif des villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Alors qu'en matière d'assainissement « eaux usées et excrétas », ce sont au total 617 000 latrines familiales et 13 000 blocs de latrines publiques qui seront réalisées à travers tout le Burkina.

A termes, c'est la réduction de la distance entre deux points d'eau d'au moins un kilomètre qui est visée avec les ratios d'accès de 300 habitants par forages et de 600 habitants par borne fontaine.

Le Premier ministre burkinabè M. Tertius Zongo a personnellement « pris part au lancement de ce « vaste » programme d'un coût précis de 543,7 milliards de F CFA dont 251,7 milliards F CFA soit la moitié à titre de contribution des bailleurs de fonds.

AIB - 26 mars 2008
JPT

Actualités-Social-Burkina


15 Octobre 1987, 20 ans après Thomas Sankara
Par Augustin Bandé

Ouagadougou, 15 oct. (AIB) - Une nouvelle symbolique, assez importante tout de même, se mène dans tous les horizons du Burkina depuis un certain temps à l'occasion de la célébration du 20 e anniversaire de la mort tragique de Thomas Sankara et de l'accession au pouvoir du président Blaise Compaoré. La querelle laisse des souvenirs amers pour certains et heureux pour d'autres, plongeant l'opinion nationale dans un pré carré de réactions dont les conséquences pour l'heure, ne sont pas bien connues.

Beaucoup d'observateurs de la scène politique du Burkina continuent de se demander 20 ans après les événements tragiques du 15 octobre 1987, s'il s'agit d'une victoire de l'amitié sur la mort ou la renaissance en démocratie d'un peuple. Il y a apparemment, à entendre les protagonistes de cet anniversaire, des passions vives, des démonstrations de forces en préparation depuis le 10 octobre, avec un semblant de défense du pouvoir et de bagarre pour la mémoire.

Thomas Sankara pour ses fidèles était une forte dimension romantique pour son pays.

Selon des responsables politiques et des partisans de l'idéal sankariste, le président défunt avait une forte dimension romantique pour ce qu'il voulait pour son pays, en même temps qu'un sens aigu de la morale et de l'intégrité. Le président Sankara, déclare son ami d'enfance et ancien ministre de la Fonction Publique , Fidèle Toé dans le quotidien Sidwaya du 9 octobre dernier, « avait vidé ses tripes », puisqu'il aurait avoué selon ses propos que le président du Conseil National de la Révolution , Thomas Sankara n'avait aucun problème avec les chefs historiques de la révolution, particulièrement Blaise Compaoré. Mais ça reste des mots, des situations qu'il faut avoir vécu.

Octobre 1987/octobre 2007 et les fidèles de Thomas Sankara attendent le véritable changement prôné par Blaise Compaoré. Certes des observateurs avertis de la scène politique burkinabè savaient quelques mois avant le 15 octobre 1987, qu'une crise était là et secouait le trust des organisations de gauche qui constituait le Conseil National de la Révolution. Pour eux, Thomas Sankara n'incarnait aucune brutalité à l'endroit de son peuple et ne comprennent pas l'avènement d'une rectification pour rendre sa révolution plus civilisée. C'est pourquoi, ses partisans, pour la plupart estiment qu'avec le recul, on peut comprendre que tout cela participait d'une logique qui consistait à tuer non seulement physiquement l'homme, mais aussi et surtout le mythe. Mais quand sonnera l'heure de vérité pour les Sankaristes ?

Depuis l'arrivée au pouvoir de Blaise, on a progressé en démocratie et en progrès socio-économique.

Pour Emile Kaboré, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports de Blaise Compaoré, cité par Sidwaya, « le processus démocratique burkinabè est à saluer ». Il sous-entend que la démocratie, comme l'a dit un penseur, n'est pas un bon système de gouvernement. Mais reconnaît-il, elle reste tout de même le meilleur des systèmes de gouvernement au monde. C'est ce que pensent les partisans du camp présidentiel actuel. Les fidèles à Blaise Compaoré dans leurs déclaration reconnaissent que le dénouement de la crise interne au sein du CNR ne devait pas être tragique, mais estiment que c'était un passage obligé, parce que beaucoup considère qu'un processus de démocratisation, comme celui entamé depuis le 15 octobre 1987, quelqu'il soit, a ses propres contradictions. Blaise Compaoré le jure par tous les toits, il n'est pas directement responsable de la mort tragique de Thomas Sankara, mais il l'assume, avec ses conséquences historiques.

Beaucoup de burkinabè croyaient à la révolution, mais n'ont pas compris ce qui s'est passé le 15 octobre.

Il n'est pas aisé de comprendre un accident de l'histoire, comme la disparition tragique du président du CNR. C'est d'ailleurs des choses qui arrivent dans toutes les révolutions. Il faut seulement prendre avec philosophie ces tristes événements. Aussi des burkinabè sont soucieux de l'avènement d'un régime dont les responsables sont élus à travers des urnes, il y en a qui veulent comprendre les circonstances de la mort de Thomas Sankara.

Le Burkina est un pays de jeune démocratie et beaucoup d'efforts restent à faire pour la rendre forte de crédible. Toute manifestation qui participe de l'éveil des consciences populaires pour une meilleure prise en compte de ce qui reste à faire pour améliorer le processus démocratique doit être saluée. Si les personnes sont en mesure d'exprimer leur mécontentement ou leur opposition par rapport à telles ou telles choses, c'est peut être le signe que le processus démocratique actuel peut avancer. Mais seulement, il faudrait songer assez régulièrement à s'arrêter pour analyser la conduite du processus, afin d'évaluer ses forces et ses faiblesses, ce qui ne devrait pas être l'affaire des seuls dirigeants, des institutions, mais celles de tous les burkinabè.

AIB - 26 mars 2008
AB/JPT

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